Le financement, l'Everest des entrepreneurs immigrants

Stoyan Napoleonof, Daniel  Pérez, Valentin Vargas Pérez, Carlos... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Stoyan Napoleonof, Daniel  Pérez, Valentin Vargas Pérez, Carlos Chaux et Marie Billamboz racontent les péripéties qu'ils ont dû traverser pour se lancer en affaires.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Si vous êtes immigrant et que vous vous présentez dans une institution financière pour un prêt, vous aurez toutes les misères du monde, parce que vous n'avez pas d'historique de crédit, pas de maison ou de biens importants. Mais vous aurez probablement un prêt à la consommation.

Comme immigrant, si vous voulez vous lancer en affaires, ce sera plus difficile encore. Et si votre projet est d'ouvrir un restaurant, la possibilité de partir les mains vides se situe entre 99,9 et 100 %.

Quatre restaurateurs de la région de Québec ont raconté au Soleil combien il était difficile de faire sa place dans le monde des affaires, de trouver des associés pour le développement de la compagnie. C'est encore plus vrai dans le monde de la restauration lorsque l'on est un nouvel arrivant.

Sans le dire ouvertement, ces nouveaux immigrants se sentent exclus non seulement du monde des affaires, mais des réseaux de contacts qui permettraient une meilleure intégration à la vie active.

Les personnes rencontrées par Le Soleil disent toutes qu'elles n'ont pas choisi le Canada et le Québec pour se faire vivre par l'État, mais travailler dur et contribuer à la vitalité économique de la région. Ils songent même à créer une association des immigrants en affaires, une forme de chambre de commerce, pour rétablir l'équilibre des forces et favoriser l'éclosion d'un réseau de contacts. Ou encore, faire revivre une ancienne coopérative de travailleurs pour aider au démarrage de nouvelles entreprises.

Aide financière

Le financement, c'est le nerf de la guerre. Pour Marie Billamboz, Carlos Chaux, Valentin Vargas Pérez, Daniel Pérez et Stoyan Napoleonov, le financement par les institutions bancaires s'est avéré aussi complexe que gravir l'Everest en espadrilles.

La base du financement a été en argent comptant, par de maigres économies, un peu d'aide de la famille, pendant les démarches avec le CLD, la Banque de développement du Canada, le Fonds d'emprunt Québec, spécialiste du microcrédit, et d'autres institutions.

«Nous n'avons pas d'historique de crédit comme les Québécois nés ici. En général, le Québécois possède une maison, d'autres biens, un réseau bien établi, le lancement en affaires peut commencer sur une base plus solide, ce que les immigrants n'ont pas», disent-ils d'une même voix.

L'autre irritant, dans le monde de la restauration, c'est la montagne de paperasse et de démarches avec le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ). Ne connaissant pas les règles, ils ont tout à apprendre. Il leur arrive souvent de se buter à des portes closes.

Porte verrouillée

«Parfois, j'avais besoin d'un renseignement rapide. Je me suis rendu au MAPAQ. La porte était verrouillée, et une note disait de passer par le site Web. Ça serait bien de parler avec quelqu'un qui nous aiderait à comprendre les menus détails», martèle Carlos Chaux qui veut se conformer aux us et coutumes de son pays d'adoption.

Et il n'y a pas que le MAPAQ, mais aussi les règlements municipaux et tout ce qui a trait aux deux ministères du Revenu (Ottawa et Québec). La montagne de paperasse et les nombreuses démarches sont des labyrinthes où les nouveaux venus se perdent rapidement lorsqu'ils sont laissés à eux-mêmes.

«Nos finances ne nous permettent pas d'embaucher des conseillers pour les subventions, des avocats ou d'autres spécialistes, les frais sont trop élevés et les démarches, trop longues», raconte Stoyan Napoleonov. «Nous n'avons pas le choix de faire tout nous-mêmes» avec les risques d'erreurs que cela comporte, sans oublier la barrière de la langue.

Détermination et ténacité sans bornes pour faire leur place

La paperasse et les tracasseries font partie du quotidien du monde des affaires; une sorte de passage obligé tant que l'allègement réglementaire n'aura pas mis un frein à la machine à nourrir le monstre gouvernemental.

Pour les restaurateurs immigrants et nouveaux arrivants au Québec, pour la plupart comme Marie Billamboz, Carlos Chaux, Valentin Vargas Pérez, Daniel Pérez et Stoyan Napoleonov, cela ressemble aux 12 travaux d'Hercule où un péril n'attend pas l'autre.

Valentin Vargas Pérez, propriétaire du restaurant Le Mexicain... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 3.0

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Valentin Vargas Pérez, propriétaire du restaurant Le Mexicain

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Pour Valentin Vargas Pérez, qui tient un restaurant mexicain et une petite épicerie dans le secteur de Charlesbourg, il aura fallu près de quatre ans pour obtenir un permis d'alcool et un procès pour obtenir gain de cause. Un trou dans la loi, à cause de l'épicerie dans les mêmes lieux, ne pouvait être comblé par une décision d'un fonctionnaire qui, dans le doute, s'est abstenu. Il a fallu qu'un juge fasse la part des choses.

Pire, alors qu'il a toutes les autorisations du MAPAQ depuis quelques années, un bon matin, en voyant l'affiche du restaurant, une dame l'accuse de travailler en restauration dans l'illégalité, affirme que les permis et autorisations affichés au mur sont des faux. Elle fait ni un ni deux, appelle à son bureau au MAPAQ et exige la présence immédiate au restaurant de la rue de l'Oise. Pourtant tout est en règle. Harcèlement, racisme ou discrimination, l'homme d'affaires n'en sait rien, mais il est complètement abasourdi par cette charge à fond de train.

Carlos Chaux, du Café Carlos, dans Limoilou... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 4.0

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Carlos Chaux, du Café Carlos, dans Limoilou

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Carlos Chaux, du Café Carlos à Limoilou, veut faire du pain à base de fromage comme en Colombie, mais les inspecteurs du MAPAQ l'obligent à utiliser des produits québécois. Un kilo de fromage importé lui coûterait 3,50 $, mais le fromage québécois vaut 11 $ le kilo. «J'ai téléphoné à de nombreuses fois à la Commission canadienne du lait, sans jamais recevoir un retour d'appel», avoue-t-il avec tristesse. Comment faire pour respecter une tradition colombienne qui ne mettra pas la santé des clients en danger? Il ne le sait toujours pas.

Québécois craintifs

Marie Billamboz, de la KEBABerie Izgara ... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 5.0

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Marie Billamboz, de la KEBABerie Izgara

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Marie Billamboz, de la KEBABerie Izgara, de Limoilou, croit que les Québécois sont craintifs devant la nourriture exotique. «Ils sont rares, ceux qui osent entrer et poser des questions. Nous devons sortir dans la rue, faire des séances de dégustations pour que les gens puissent apprécier.» C'est dur pour l'ego de la femme d'affaires qui tente de s'intégrer dans le quartier où elle a choisi de vivre.

«Nous sommes comme des animaux dans un zoo», illustre-t-elle. «Les passants regardent par la fenêtre pour voir ce qui se passe, mais ne franchissent pas le seuil.»

L'artisan charcutier Stoyan Napoleonov, copropriétaire du Poulet Portugais... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 6.0

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L'artisan charcutier Stoyan Napoleonov, copropriétaire du Poulet Portugais

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L'artisan charcutier Stoyan Napoleonov a ouvert son restaurant de Poulet portugais rue Saint-Jean à la force de ses bras, de ceux de sa femme et de ses parents venus de Bulgarie pour lui donner un coup de main. Il tient les deux commerces à bout de bras. Les clients commencent à venir plus régulièrement. Pourtant, il cherche désespérément un associé pour ouvrir un second restaurant et faire connaître ce que beaucoup de touristes québécois ont apprécié dans leurs séjours dans la péninsule ibérique (Espagne et Portugal).

«Chaque fois que j'avançais d'un pas dans mes entreprises, j'avais l'impression que quelqu'un arrivait par l'arrière pour me frapper dans les jambes et m'empêcher d'avancer. Ça fait mal», réagit M. Napoleonov.

La langue, la paperasse, les normes de celui-ci ou de celui-là, les tracas, les incompréhensions n'ont pourtant pas réussi à saper le moral de ces entrepreneurs et de nombreux autres immigrants dans le même cas. Tous parlent de la détermination qui les anime, de la ténacité quasi sans limites dont ils doivent s'armer, même en ayant deux emplois pour boucler le budget.

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