Le secteur bancaire européen fait face aux périls du Brexit

Les banques anglaises se faisaient particulièrement malmener lundi... (AFP, Daniel Leal-Olivas)

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Les banques anglaises se faisaient particulièrement malmener lundi à la Bourse de Londres, RBS cédant plus de 18 %, Barclays 16 %, Lloyds 9 % peu après 13h.

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Mehdi Cherifia
Agence France-Presse
Paris

Le choc du résultat du référendum britannique passé, le secteur bancaire européen se prépare désormais à affronter les conséquences de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE), dont il est la première place financière.

«Ce fut un choc pour tout le monde, car personne ne s'y attendait vraiment. Mais il faut faire la distinction entre les banques du continent qui opèrent à Londres et celles qui opèrent depuis Londres sur le continent», a expliqué à l'AFP David Benamou, directeur des investissements de la société de gestion Axiom AI.

En l'occurrence, les premières devraient avoir moins de difficultés à surmonter les effets d'un Brexit: tant que le processus de sortie du Royaume-Uni n'est pas arrivé à son terme, elles peuvent en effet continuer à exercer leurs activités - souvent de banque de financement et d'investissement - à Londres.

«Ensuite, elles pourraient faire simplement le choix de rapatrier leurs équipes dans leur pays d'origine. Par exemple, il ne serait pas insensé de voir BNP Paribas déplacer ses équipes londoniennes à Paris», a anticipé un analyste du secteur bancaire européen ne souhaitant pas être identifié.

L'avenir risque de se révéler plus compliqué pour les établissements basés à la City ayant des clients dans le reste de l'Union européenne. Jusqu'ici, ils possèdent un passeport européen leur permettant d'accéder au marché continental sans restriction. Mais la sortie de l'UE les privera de ce précieux sésame, et pourrait les contraindre à chercher une solution de repli.

Les banques anglaises se faisaient particulièrement malmener lundi à la Bourse de Londres, RBS cédant plus de 18 %, Barclays 16 %, Lloyds 9 % peu après 13h.

Cet écueil concernera aussi bien les banques britanniques que les banques américaines qui ont choisi d'installer à Londres leur siège européen. Pour le contourner, le Royaume-Uni aura à négocier le maintien du passeport pour ces banques, mais l'issue des discussions reste incertaine.

«La France et l'Allemagne n'auront pas d'intérêt à céder dans la négociation qui s'annonce, car elles pourraient en profiter pour récupérer des emplois sur leur territoire», selon l'analyste.

Déjà, en février, le patron de HSBC, Douglas Flint, avait estimé qu'elle pourrait déplacer un millier d'emplois de Londres à Paris en cas de Brexit. Et selon une source interne de Morgan Stanley, 1000 salariés sur les 6000 que la banque américaine emploie au Royaume-Uni pourraient être déplacés sur le continent.

«Un monde plus multipolaire»

Le divorce à venir fait également naître des interrogations sur le devenir des institutions européennes situées à Londres, au premier rang desquelles figure l'Autorité bancaire européenne (EBA), l'un des piliers de la régulation financière en Europe.

Dans un entretien publié avant le référendum du 23 juin, son président Andrea Enria avait jugé qu'un départ de l'Union européenne du Royaume-Uni pousserait l'EBA à déménager dans une autre capitale européenne.

L'Autorité bancaire européenne, qui est l'un des moteurs de la transposition en Europe des règles prudentielles du secteur édictées par le Comité de Bâle, a simplement indiqué lundi dans une communiqué que toute décision sur sa localisation se prendrait à un niveau européen, et qu'elle continuait à opérer depuis Londres pour le moment.

«C'est tout un équilibre qu'il faut repenser. Il a fallu du temps à Londres pour devenir une place financière de premier plan. Il faudra aussi du temps pour qu'elle se déconcentre au profit d'autres places en Europe», selon David Benamou.

«Je crois qu'on peut envisager à 5-10 ans un monde plus multipolaire avec un rééquilibrage entre une ou peut-être deux places en zone euro et une place britannique qui jouera son rôle», a abondé pour sa part Frédéric Oudéa, directeur général de Société Générale et président de la Fédération bancaire française.

Les marchés boursiers matraqués

Les retombées du Brexit continuaient lundi à dévaster les places boursières de la planète.

L'issue inattendue du vote référendaire de jeudi, qui a vu les Britanniques décider de claquer la porte de l'Union européenne, avait anéanti 2100 milliards $US en capitalisation boursière pendant la seule journée de vendredi, de Hong Kong à Londres en passant par New York.

À New York, la moyenne Dow Jones a perdu 178 points ou 1 % dès l'ouverture. L'indice S&P500 a perdu 20 points ou 1 %. L'indice Nasdaq a cédé 50 points ou 1,1 %.

Le FTSE 100 britannique perdait 1,3 % de sa valeur lundi, tandis que le DAX allemand et le CAC français reculaient tous les deux de 1,3 %.

Les transactions sur les titres de deux des plus grandes banques du Royaume-Uni - la Banque Royale d'Écosse et Barclay's - ont été temporairement (et automatiquement) suspendues quand l'action a perdu au moins 8 % de sa valeur. En milieu de journée lundi, le titre de la Banque Royale d'Écosse s'effondrait de 14,6 %, et celui de la Barclay's plongeait de 10 %. Les transactions ont repris après une pause de cinq minutes.

La livre sterling est tombée à son niveau le plus bas des 31 dernières années face au dollar américain, à environ 1,31 $US.

Le ministre britannique des Finances, George Osborne, a prévenu lundi que l'économie du Royaume-Uni est aussi solide qu'on pourrait le souhaiter pour affronter l'incertitude engendrée par le résultat du référendum - même si un sondage révèle que plusieurs entreprises envisagent maintenant de quitter le pays.

S'exprimant publiquement pour la première fois depuis le vote de jeudi, M. Osborne a assuré que l'économie britannique est nettement plus solide qu'elle ne l'était au début de la crise financière de 2008. Il a ensuite reconnu que les prochains jours seront difficiles.

M. Osborne s'est engagé à ne pas imposer un nouveau budget d'austérité, même s'il avait prévenu pendant la campagne référendaire qu'il devrait le faire en cas de victoire du camp «partir». Il a dit que le prochain budget sera la responsabilité du successeur du premier ministre David Cameron, qui a annoncé sa démission.

M. Osborne a enfin dit avoir collaboré étroitement avec le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mark Carney, avec ses homologues des autres pays et avec les grandes institutions financières au cours des derniers jours.

«Nous sommes prêts pour toutes les éventualités», a-t-il dit.  Avec AP

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