L'après-dragons de deux entreprises de la région de Québec

Il n'y aurait qu'une poignée de jeunes pousses... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Il n'y aurait qu'une poignée de jeunes pousses qui ont réussi à bâtir un partenariat d'affaires avec les investisseurs chevronnés de l'émission Dans l'oeil du dragon. Valérie Doran, fondatrice et pdg de Bulle Bijouterie pour mamans, fait partie d'une vingtaine de privilégiés.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Près de 300 entrepreneurs ont défilé sur le plateau de l'émission Dans l'oeil du dragon de Radio-Canada au cours des cinq dernières saisons.

Rares ont été ceux - à peine une centaine - qui ont retenu l'attention d'un dragon, ces millionnaires à la recherche de jeunes pousses à fort potentiel de croissance pour y investir une maigre partie de leur fortune et éventuellement en tirer un profit.

Parmi eux, deux entreprises de la région de Québec : Bulle Bijouterie pour mamans et Ratomic Lab et son application mobile CycleMap.

La première a retenu l'attention de Danièle Henkel. Un marché de 50 000 $ en contrepartie de 33 % des parts de l'entreprise de Lévis spécialisée dans la fabrication de bijoux en silicone de qualité alimentaire portés par maman et que les bambins peuvent mâchouiller en toute sécurité.

Les dragons Serge Beauchemin et Mitch Garber, eux, ont vu le potentiel de l'application mobile permettant aux cyclistes de dénicher des parcours un peu partout sur la planète. Olivier Carbonneau et David Boudreault ont accepté l'offre du duo Beauchemin et Garber : 150 000 $ en retour d'une participation de 40 % dans l'actionnariat de leur jeune compagnie.

Les vraies affaires

C'est à la fin du générique de chaque émission que les vraies affaires commencent pour les entrepreneurs et les dragons.

Ces derniers passent au peigne fin le modèle d'affaires des entreprises. Ils scrutent à la loupe les livres comptables. Ils questionnent et requestionnent ceux et celles pour lesquels ils ont eu un coup de foudre après une courte présentation télévisuelle d'une dizaine de minutes.

La majorité des affaires conclues devant les caméras ne se réaliseront pas.

«Les dragons nous ont dit que nous n'étions pas suffisamment avancés au plan de la R et D et que nous ne connaissions pas suffisamment le profil de nos utilisateurs pour qu'ils investissent dans CycleMap», expose David Boudreault.

Peu d'appelés et peu d'élus

Dans les faits, il n'y aurait qu'une poignée de jeunes pousses qui ont réussi à bâtir un partenariat d'affaires avec les investisseurs chevronnés de l'émission.

Valérie Doran fait partie d'une vingtaine de privilégiés.

Et il a fallu un an à la fondatrice de Bulle Bijouterie pour mamans pour conclure une entente en bonne et due forme avec Danièle Henkel et l'équipe d'investisseurs qui l'accompagne.

«Les étapes sont longues et complexes. C'est de la négociation. Il faut s'entendre sur toutes les clauses du partenariat d'affaires. Pour nous, c'est maintenant réglé! Pour les trois prochaines années, notre chemin est tracé. Nous allons accroître nos points de vente au Canada anglais et en Europe en 2016 et 2017 et aux États-Unis en 2018», explique Mme Doran, une ancienne conseillère en gestion des ressources humaines au gouvernement du Québec qui a tout quitté pour vivre sa passion d'entrepreneure. 

«Sa» dragonne, Valérie l'a rencontré à de nombreuses reprises. «Elle connaît bien mon entreprise, mes chiffres. Ses questions sont toujours précises et pertinentes. Elle m'aide énormément à avancer. Son réseau de contacts est vaste. Que ce soit en matière d'immobilier, de chaîne d'approvisionnement, de fiscalité ou d'exportation, il y a toujours quelqu'un dans l'entourage de Danièle Henkel qui peut m'aider.»

La pdg de Bulle Bijouterie pour mamans avoue qu'elle est aujourd'hui une entrepreneure «tout aussi passionnée et rigoureuse, mais encore mieux structurée». Plus confiante, la jeune mère de deux enfants a aussi appris à déléguer. 

L'entreprise fait aujourd'hui travailler six personnes sans compter une vingtaine de bijoutières. Elle fait aussi appel à des employés de la société V.I.A., une entreprise d'intégration et d'adaptation de Lévis qui embauche des personnes présentant des limitations fonctionnelles, pour la fabrication de bijoux et accessoires.

Au moment de son passage à l'émission, Valérie Doran n'avait qu'une seule employée et huit bijoutières.

Et dire que Valérie Doran avait peur de se «planter»...

«Ma crainte, c'était de me planter. De faire rire de moi. De ne pas être intéressante.»

Son passage à l'émission Dans l'oeil du dragon, Valérie Doran l'a préparé dans le moindre détail avec l'aide de sa mentore, Dany Gilbert, et d'une coach.

«Pour vendre mes produits, je suis la meilleure, mais pour me vendre, comme entrepreneure, c'est une autre chose», confie la jeune femme de 34 ans dont l'entreprise connaissait un certain succès auprès des mamans avant les dragons. En affaires depuis près d'un an, elle voyait ses ventes grimper mensuellement à un rythme de 20 %.

En guise de préparation, elle a visionné à quelques reprises des épisodes des émissions. Elle s'est entretenue avec d'anciens participants. Elle a fait des recherches méticuleuses sur chacun des dragons.

Une fois le test passé et après la bise «historique» avec Danièle Henkel, voilà qu'une nouvelle crainte frappe l'esprit de Valérie Doran.

«Ai-je suffisamment de produits en inventaire pour répondre aux demandes des consommateurs? Je savais que l'émission allait constituer un levier énorme. Rarement une entreprise peut bénéficier d'une publicité aussi grande. Le soir de la diffusion de l'émission, il n'y avait pas de hockey et le temps était pluvieux à l'extérieur. Il devait y avoir 1,5 million de téléspectateurs.»

Six mois de stock vendu en trois semaines

Initialement, son stock de bijoux et d'accessoires devait être suffisant pour six mois. Tout a été vendu en l'espace de trois semaines!

«Quatre mois après le passage à l'émission au printemps 2015, j'avais dépassé mes objectifs de vente pour l'année entière.» Son chiffre d'affaires a quadruplé par rapport à l'année précédente.

Ses points de vente dans les commerces spécialisés comme Clément ou Mère Hélène ont poussé comme des champignons. D'une soixantaine il y a 12 mois, Bulle Bijouterie pour mamans en a maintenant près de 200.  Gilbert Leduc

Pour en savoir davantage : www.bullebijouterie.com

Se faire «brasser» et relever la tête

Olivier Rousseau, David Boudreault, Olivier Carbonneau, Simon Bédard... (Le Soleil, Pascal Ratthé) - image 4.0

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Olivier Rousseau, David Boudreault, Olivier Carbonneau, Simon Bédard et Vincent Gingras, de Ratomic Lab

Le Soleil, Pascal Ratthé

«Est-ce que je suis déçu de ne pas avoir conclu une entente avec les dragons?»

David Boudreault se permet quelques secondes de réflexion.

«Non. Je ne suis pas déçu. Je ne considère pas ça comme un échec. Moi, c'est pour ça que je suis entrepreneur. J'aime me faire pousser dans les câbles.»

Les fondateurs de Ratomic Lab, David Boudreault et Olivier Carbonneau, se sont fait «brasser» par Serge Beauchemin et Mitch Garber dans les mois qui ont suivi leur participation à l'émission Dans l'oeil du dragon

Après avoir accepté, en ondes, de les aider à faire grandir l'application mobile CycleMap en leur versant 150 000 $ en échange de 40 % de l'actionnariat de la compagnie, les deux dragons ont finalement décidé de lâcher prise.

Pas encore mature

Pour eux, CycleMap n'était pas encore un produit mature, notamment sur le plan technologique. Pas suffisamment, du moins, pour se démarquer de la concurrence. Les outils qui proposent des parcours aux amateurs de vélo pullulent. 

Et l'application n'était disponible, à l'époque, que sur l'App Store d'Apple. Plus de 50 000 personnes dans 75 pays différents l'avaient téléchargée.

«Le capital de risque n'investit pas dans la R et D. C'est trop tôt. C'est à toi de faire en sorte que ta trouvaille technologique ne ressemblera à rien d'autre sur le marché et qu'elle se retrouvera sur toutes les plateformes. Web et Android dans le cas de CycleMap. Après, les financiers accepteront de parler avec toi», explique David Boudreault. 

Le message des dragons a été compris.

L'entreprise a notamment recruté une ressource spécialisée pour développer un système d'itinéraires personnalisé intelligent permettant aux cyclistes de choisir des parcours véritablement adaptés à leurs besoins, notamment des boucles.

Dans sa phase «post-Dans l'oeil du dragon» Ratomic Lab a aussi mis le paquet sur l'élaboration de mesures de rétention de ses utilisateurs et sur la mise en place d'une stratégie de marketing de contenu.

Peu présente sur les réseaux sociaux, CycleMap peut maintenant compter sur 22 000 adeptes sur Twitter, Facebook, Instagram et Pinterest. Ainsi, le nombre d'utilisateurs actifs a augmenté de 100 % par rapport à l'an dernier.

Quant au nombre de téléchargements, il a triplé depuis le passage à la télévision pour atteindre 165 000. Et le nombre de sessions de consultation a dépassé le million.

«Nous avons un diamant brut entre les mains. Il nous reste à le tailler», explique David Boudreault en ajoutant que l'entreprise avait fait grimper ses effectifs de trois à sept depuis le face-à-face avec les dragons.

Et les revenus, eux, continuent d'augmenter. «Pas assez à notre goût, mais ils sont en croissance», note David Boudreault qui, dans les prochains mois, prendra le bâton du pèlerin pour aller présenter CycleMap aux financiers nord-américains.

Pour en savoir plus : https://web.cyclemapapp.com

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