L'épargne qui transforme des vies au Sénégal

Pierre Markowski, ancien directeur du bureau de Dakar... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Pierre Markowski, ancien directeur du bureau de Dakar et consultant pour Développement international Desjardins (DID) et Malick Seye, actuel directeur du bureau régional de DID à Dakar

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Avoir un compte d'épargne et pouvoir obtenir du microcrédit, ça ne change pas seulement la vie de l'épargnant, mais aussi celle de la famille et même du village tout entier.

«Ça rayonne dans la vie des gens», raconte Malick Seye, actuel directeur du bureau régional de Développement international Desjardins (DID) à Dakar, au Sénégal. «La personne peut avoir un petit commerce et un fonds de roulement pour les opérations avec le microcrédit. Mais le plus important, c'est l'effet sur la famille, sur la santé et l'éducation. La famille aura de l'argent pour mieux s'alimenter, payer les médicaments si un enfant est malade. Et les enfants auront ce qu'il faut pour aller à l'école.»

Pierre Markowski, ancien directeur du bureau de Dakar et consultant pour DID, ajoute : «Si la personne ouvre un compte et qu'elle économise 50 $, elle pourra avoir un prêt de 500 $. La moyenne des prêts varie entre 500 $ et 1000 $. Si cela semble bien peu ici, pour les Sénégalais, c'est énorme étant donné que le revenu annuel moyen est d'environ 1300 $.»

Rencontrés lors d'une semaine de réunion au sommet à Lévis de tous les responsables de bureaux et de projets à l'étranger de DID, Malick Seye et Pierre Markowski parlent de tout le travail à faire pour éduquer les gens à l'épargne, car ça ne fait pas partie des habitudes des gens.

Une récente étude auprès de 3000 adultes a démontré que seulement 13 % des gens possédaient un compte dans une institution financière. Le réseau informel d'épargne ou de crédit est plus fort que le réseau institutionnel.

«Dans les villages de l'Afrique de l'Ouest, souligne Malick Seye, des gens se regroupent dans une forme d'association. Ils achèteront du bétail, des instruments, de la tôle pour les toits, du ciment dans un système informel d'épargne et d'investissement que l'on appelle tontine. Par contre pour le crédit, ils ne peuvent pas faire affaire avec les banques et ils doivent passer par les usuriers avec des taux d'intérêt de 10 % par mois.»

Groupes d'éducation

Contrairement à ce qui se passe au Québec où les jeunes sont invités dès le primaire à participer à des caisses scolaires. En Afrique et en particulier au Sénégal, le niveau d'éducation est faible et les enfants comme les adultes n'ont jamais été sensibilisés à l'importance de l'épargne.

Dans cet esprit, DID a mis sur pied des groupes d'éducation dans les villages pour donner des formations sur mesure avec l'aide d'animatrices sénégalaises. Souvent, il y a formation de petit groupe et il devient possible d'ouvrir une caisse tout en aidant les personnes à s'ouvrir un compte.

Si le modèle retenu est celui de Desjardins, avec les parts sociales pour les comptes, les comités de crédit et de surveillance, le conseil d'administration élu et une fédération des différentes caisses, c'est la couleur locale qui prime. Tous les employés seront sénégalais. DID et ses équipes d'experts font du transfert de connaissance et de technologie, mais c'est la population qui se prend en main.

Le réseau PAMECAS créé en 1995 est complètement autonome maintenant, mais le modèle Desjardins est toujours appliqué, d'autant plus que la crédibilité qui y est attachée permet de faire naître la confiance dans la population.

Ce modèle Desjardins a fait sa place entre autres dans les pays comme le Mali, le Togo, le Burkina Faso, la Guinée-Conakry et à Madagascar.

Malgré le manque de connaissances financières de la population sénégalaise, on compte un million de membres dans les caisses du réseau, réseau qui est le plus étendu sur le territoire. Les banques sont concentrées à Dakar et les grandes villes. Elles sont utilisées par les gens riches. Les banques n'ont pas d'intérêt pour les régions, les petits commerçants, les artisans et les cultivateurs. Elle ne pratique pas le microcrédit.

La révolution économique par le cellulaire

La prochaine révolution dans le système financier en Afrique passe par le téléphone cellulaire, affirme Pierre Markowski, consultant pour Développement international Desjardins (DID).

«Le petit commerçant au lieu de perdre deux heures sur la route et deux autres heures pour ses transactions à la caisse, il pourra faire les dépôts et les paiements avec son téléphone cellulaire», illustre M. Markowski. «Actuellement, il perd une demi-journée de travail et des revenus. Il pourra tout faire de chez lui.»

Ajoutant que c'est déjà commencé au Kenya, il soutient par contre qu'en Afrique de l'Ouest l'implantation est plus lente à cause du cadre réglementaire qui doit être adopté dans chacun des pays. Il faut savoir où va l'argent.

De plus, il faut que les systèmes de monétisation des fournisseurs de services cellulaires soient compatibles avec le réseau informatique des caisses et des banques. La révolution numérique frappe à la porte. Il faudra encore un peu de temps, mais ce changement majeur ouvrira des perspectives d'épargne pour plus de gens encore puisque 90 % de la population utilise un téléphone cellulaire.

La malnutrition

Par ailleurs, le bureau de DID à Dakar planche sur un autre projet d'envergure avec une ONG canadienne, IM pour Initiative pour les micronutriments de manière à conjurer la malnutrition chronique dans deux régions sénégalaises.

Le Projet intégré de nutrition dans les régions de Kédougou et Kolda (PINKK) vise à accroître la sécurité nutritionnelle de 165 000 femmes et jeunes enfants.

À cause de son expertise dans le domaine des finances avec son modèle de caisse populaire, DID travaillera à stimuler l'émergence de groupes de femmes et de petites entreprises engagées dans la production et la transformation d'aliments riches en micronutriments tout en facilitant l'accès aux services financiers et non financiers.

On parle de 50 000 femmes enceintes et allaitantes, de 115 000 enfants de moins de 5 ans, dont 60000 sont âgés de 0 à 23 mois et 30 000 ménages, en particulier agricoles, dans des milieux où la pauvreté est extrême.

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