Le débat sur le pétrole fait fausse route

Le véritable problème reste la consommation de pétrole,... (Photothèque Le Soleil, Caroline Grégoire)

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Le véritable problème reste la consommation de pétrole, pas son transport ou son exploitation, selon un expert des questions énergétiques des HEC.

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(Montréal) Exploiter ou non le pétrole québécois? Construire ou non un nouveau pipeline? Malgré toute l'encre qu'elles ont fait couler, ce sont là des questions «très marginales», estime l'expert des questions énergétiques des HEC, Pierre-Olivier Pineau, pour qui le noeud du problème reste la consommation de pétrole, et non son transport ou son exploitation. En fait, dit-il, un éventuel pétrole québécois pourrait même se révéler «plus responsable» que celui d'autres sources, à cause du système de plafonnement et d'échange contraignant dont la Belle Province s'est dotée.

«Il y a de réels enjeux dans ces débats-là, mais ils prennent des proportions phénoménales dans l'imaginaire public, comme si ça nous enchaînait dans la consommation de pétrole, alors que nous nous enchaînons déjà à cette consommation en achetant toujours des voitures. [...] On a l'impression que s'opposer à un pipeline ou à la production de pétrole va nous amener vers la transition énergétique, mais ce n'est pas le cas du tout. Parce que même si on «gagnait» ces batailles-là, ça n'aurait aucune conséquence sur la consommation de pétrole», a analysé M. Pineau en marge d'une présentation au congrès de l'Acfas, qui réunit des milliers de chercheurs à l'UQAM cette semaine.

D'après des données qu'il a présentées, les ventes d'essence et de diesel au Québec ont augmenté tout au long des années 90 avant de se stabiliser vers le milieu des années 2000 - uniquement parce que les véhicules sont de plus en plus efficaces, d'un point de vue énergétique, parce que, autrement, leur nombre augmente.

Il se vend autour de 750 millions de litres d'essence et 400 millions de litres de diesel par mois au Québec, des chiffres qui sont «au mieux stagnant et ça, c'est très préoccupant», déplore M. Pineau, parce que les transports sont de loin la principale source de gaz à effet de serre au Québec, représentant41 % du total.

Le nerf de la guerre

C'est cette consommation qui est le «nerf de la guerre», juge-t-il, et «quant à moi tous les efforts qu'on met à s'opposer à un projet sont des efforts qu'on ne met pas à s'attaquer au véritable problème».

Le passage de l'éventuel oléoduc Énergie Est, qui doit acheminer du pétrole de l'Alberta vers l'Atlantique en traversant le Québec, de même que l'idée d'exploiter le gaz naturel ou le pétrole présents dans le sous-sol québécois sont souvent décrits par les groupes environnementaux comme des projets qui entrent en contradiction directe avec l'objectif de réduire les émissions de GES. Mais le spécialiste des questions énergétiques ne s'en émeut guère.

«Nous avons des pipelines depuis des décennies, et on les gère plutôt bien au Québec», dit-il.

«Personnellement, ajoute-t-il, je ne veux pas vraiment qu'on produise notre pétrole au Québec, mais je n'y suis pas opposé non plus. Si c'est rentable et qu'on le fait bien... Et on a un gouvernement qui semble très engagé dans une étude et la mise en place de conditions extrêmement serrées. Notre cadre réglementaire, il est déjà plus contraignant qu'ailleurs, ne serait-ce qu'à cause du marché du carbone.»

Celui-ci, rappelons-le, lie le Québec et la Californie depuis 2013 (et bientôt l'Ontario), imposant un plafond de GES que chaque grande entreprise peut émettre, plafond qui diminue d'année en année. Il s'agit essentiellement de «permis de polluer» que les compagnies peuvent vendre, si elles ont suffisamment réduit leurs émissions pour en avoir en trop, ou acheter si elles en manquent.

«Et rien que ça, ce serait un argument pour produire au Québec parce que comme on a un marché du carbone, notre pétrole serait plus responsable qu'un pétrole produit en dehors d'un marché du carbone, parce qu'on prendrait en compte les émissions de GES», dit M. Pineau.

«Chaque année, 15 milliards $ sont dépensés par les ménages québécois pour l'achat de véhicules, c'est ça, la vraie problématique.»

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