Du perron d'église à La Ruche

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Une fois par mois, une dizaine d'ambassadeurs de La Ruche se réunissent pour mettre au défi des promoteurs du bien-fondé de leur projet et de leur stratégie pour attirer les contributions des citoyens.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Pour expliquer à son grand-père ce que ça mangeait en hiver une plateforme de financement participatif de proximité comme La Ruche, Jean-Sébastien Noël lui présenta l'exemple du perron d'église.

«À la fin de la messe, dans le temps, les paroissiens se retrouvaient sur le perron de l'église pour échanger. L'un mentionne aux autres qu'il va construire un moulin à scie. Spontanément, deux ou trois voisins offrent leur aide», raconte le cofondateur et responsable de La Ruche.

«Les technologies Web et les réseaux sociaux ont remplacé le perron d'église, et le financement participatif de proximité offre aujourd'hui une passerelle entre le citoyen qui a un moulin à scie à construire et ceux qui veulent l'aider à le faire.»

Quand Josée Masson, la fondatrice de Deuil-Jeunesse, un organisme qui vient en aide aux jeunes éprouvés par le décès d'un proche, a voulu réaliser son rêve d'acquérir une maison pour offrir des services à sa clientèle, elle a joint la population par l'entremise de La Ruche.

Elle avait besoin de 75 000 $ en vue de l'achat d'une résidence valant plus de 400 000 $. Près de 400 contributeurs ont porté attention à son message et lui ont versé un peu plus de 80 000 $.  

Depuis bientôt un an, Deuil-Jeunesse a pignon sur rue dans Charlesbourg.

Sauver SABSA

Jean-Sébastien Noël ne peut s'empêcher de faire un rapprochement avec la campagne en cours pour sauver la clinique de proximité de soins infirmiers SABSA. Une campagne de 250 000 $ - la plus importante de la jeune histoire de La Ruche - qui prendra fin le 31 mai. Au dernier décompte, 324 contributeurs avaient fait des dons totalisant près de 36 000 $.

«Nous, à La Ruche, nous croyons à ce nouveau modèle de soins novateurs pour les personnes délaissées par le système. Maintenant, il s'agit de voir si la population y croit également.»

Et si c'est le cas, à la fin de la campagne, les politiciens devront saisir le message.

«En permettant aux citoyens de s'exprimer en appuyant un projet ou une cause par un don en espèces sonnantes et trébuchantes, une plateforme de sociofinancement offre une opportunité unique pour les instances gouvernementales d'orienter les politiques publiques en fonction des réelles attentes de la population. À mon avis, il n'y a pas de meilleur sondage ou étude de marché.»

Le Québec s'approprie La Ruche

La Ruche a maintenant un peu plus de deux ans. Elle s'apprête à essaimer un peu partout au Québec. La première destination : Montréal.

«Ce n'est pas La Ruche qui s'en va à Montréal, c'est plutôt Montréal qui s'approprie La Ruche», prend soin de signaler Jean-Sébastien Noël.

Les discussions avec la Ville de Montréal et une institution financière vont bon train. Le réseau des 80 ambassadeurs qui accompagneront les promoteurs et qui évalueront la pertinence des projets qui se retrouveront sur la plateforme de sociofinancement est fin prêt.

À la fin de 2017, prévoit M. Noël, au moins sept régions se seront approprié La Ruche.

«Ça fait déjà quelque temps que l'on nous tire la manche pour que nous exportions notre concept. Nous n'étions pas prêts. Aujourd'hui, nous le sommes.»

Le grand manitou de La Ruche l'avoue : les résultats ont dépassé toutes les attentes.

«Nous avons toujours pratiquement 10 campagnes en marche simultanément. Pour un marché de la taille de Québec, c'est beaucoup.»

Le succès de La Ruche repose sur les partenaires financiers et les bâtisseurs de la première heure ainsi que de ses 60 ambassadeurs. En plus d'être les gardiens de l'intégrité de la plateforme, ces personnalités de la région de Québec veillent sur les promoteurs et leur projet.

Une fois par mois, une dizaine d'entre eux se réunissent pour mettre au défi des promoteurs du bien-fondé de leur projet et de leur stratégie pour attirer les contributions des citoyens.

Le Soleil a assisté à l'une des cellules mensuelles de La Ruche. Les ambassadeurs ne font pas de quartier aux promoteurs. Ils «charcutent» leur projet. Pas pour le démolir. Pour l'enrichir.

«Je ne sais pas ce que j'aurais donné pour pouvoir bénéficier de cette formule au moment où je me lançais en affaires», a glissé à l'oreille du Soleil, Charles Auger, l'ancien propriétaire du cinéma IMAX des Galeries de la Capitale et aujourd'hui l'un des associés de Dominique Brown dans Chocolats Favoris. «Le nombre d'erreurs que j'aurais pu éviter.»

Ce soir-là, Charles Auger arrivait directement de Montréal pour participer aux travaux de la cellule. «J'aime ça. C'est stimulant d'entendre tous ces gens qui ont plein d'idées en tête.» 

«Nous ne sommes pas des dragons», explique Jean-Sébastien Noël en référence à l'émission Dans l'oeil du dragon, dans laquelle des promoteurs tentent de convaincre des vedettes du monde des affaires d'investir dans leur compagnie. «Dans le financement participatif de proximité, le dragon, c'est la population.»

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Jean-Sébastien Noël

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Comment ça fonctionne?

  1. Le promoteur inscrit son projet sur la plateforme de sociofinancement au www.laruchequebec.com. Que ce soit pour le démarrage d'une entreprise, pour la participation à une compétition sportive ou la réalisation d'une production culturelle. 
  2. Avant de l'inscrire en bonne et due forme, le promoteur peut, s'il le désire, aller présenter son projet devant des ambassadeurs de La Ruche. Ils sont une soixantaine. Des personnalités de la région de Québec venant de tous les horizons et qui ont bâti un riche réseau de contacts. Les ambassadeurs passeront le projet au crible et conseilleront le promoteur sur les meilleures façons de piquer l'intérêt d'éventuels donateurs. 
  3. L'inscription sur La Ruche doit être accompagnée d'une vidéo et d'un texte présentant le promoteur et le projet.
  4. Le promoteur détermine le montant des fonds dont il a besoin, la durée de la campagne de financement et les différentes récompenses qui seront accordées aux donateurs.
  5. Pour recevoir les dons versés, le promoteur doit avoir recueilli, dans les délais établis, le montant prévu pour la réalisation de son projet. Si la campagne de financement n'a pas atteint son objectif, les dons ne seront pas facturés.  

Définition

Le financement participatif (sociofinancement ou crowdfunding), c'est l'association d'un grand nombre de personnes investissant un petit montant d'argent pour permettre à des promoteurs de trouver les fonds demandés pour la réalisation de leur projet. Le financement participatif se fait sans l'aide des acteurs traditionnels du financement. Citant un relevé du Crowdfunding Centre, Forbes rapportait, en janvier, que les sommes investies par les contributeurs à des campagnes de sociofinancement à travers le monde s'élevaient à 834,5 millions $ en 2015. Une poussée de croissance de 20 % par rapport à l'année précédente. 

Griendel Brasserie Artisanale: objectif fracassé!

Les proprios de la brasserie Griendel, Vincent Lamontagne,... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 5.0

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Les proprios de la brasserie Griendel, Vincent Lamontagne, Alexandre Gaumond, Olivier Savary et Martin Parot, ont réussi à trouver 20 490 $, bien au-delà de leur objectif de 15000$. 

Le Soleil, Yan Doublet

Avant d'aller cogner à la porte de La Ruche, le quatuor du Griendel avait fait ses devoirs.

Avec leur argent personnel, le coup de pouce d'actionnaires et un prêt de Desjardins, Martin Parrot, Vincent Lamontagne, Alexandre Gaumond et Olivier Savary avaient réussi à engranger un peu plus d'un demi-million de dollars.

Les gars pouvaient enfin réaliser le projet qu'ils caressaient depuis l'automne 2013, soit l'ouverture d'un «brouepub» de quartier dans Saint-Sauveur.

Ils avaient une autre idée en tête pour Griendel Brasserie Artisanale : brasser leurs bières sur place.

Dans leurs goussets, ils avaient encore des billets verts pour financer une grande partie des coûts de fabrication d'un équipement de brassage. Restait un «petit» 15 000 $ à trouver.

Par l'entremise de La Ruche, les gars du Griendel ont dépassé leur objectif. Pas moins de 373 contributeurs ont mis la main dans leur poche pour faire tomber du ciel 20 490 $.

«L'objectif a été atteint alors qu'il restait trois semaines avant la fin de notre campagne de financement de trois mois», explique Olivier Savary. «Les contributeurs ne nous ont pas lâchés jusqu'à la fin. Sommes-nous surpris de tout ça? Non, parce que nous sommes suivis par plus de 2000 personnes sur Facebook. Oui, parce que nous sommes étonnés de voir que des gens que nous ne connaissons ni d'Ève ni d'Adam ont cru en nous et en notre projet.»

Avant de lancer leur campagne de sociofinancement, les promoteurs ont «affronté» les ambassadeurs de La Ruche à l'occasion d'une «cellule» mensuelle.

«Nous avons pu faire valider certains points, notamment à l'égard de l'objectif de financement, de la durée de la campagne et de la pertinence de notre vidéo de présentation. Nous avons retenu des conseils. Nous en avons mis d'autres de côté.»

Les ambassadeurs ont notamment refilé des recommandations aux jeunes promoteurs sur la question des récompenses offertes aux donateurs. «Ils nous ont suggéré d'offrir des récompenses incitant les contributeurs à fréquenter notre "brouepub".»

Par exemple, 79 personnes qui ont mis 35 $ sur la table pour Griendel ont eu droit à un repas et à une consommation «sur le bras» à l'occasion de leur première visite. 

Nina Pizza Napolitaine: comme à la loterie

Pénélope Lachapelle et Lucie Nadeau, de Nina Pizza... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 7.0

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Pénélope Lachapelle et Lucie Nadeau, de Nina Pizza Napolitaine, demandaient 5000 $ pour compléter l'installation de la cheminée du four à bois acheté à Naples. Elles ont obtenu 8695 $ à la fin de leur campagne de financement. 

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Il n'aura fallu que 24 heures aux filles de Nina Pizza Napolitaine, Pénélope Lachapelle et Lucie Nadeau, pour atteindre leur objectif de financement.

«Ce jour-là, c'était comme si nous avions gagné à la loterie», raconte Pénélope. «Nous avions constamment le regard rivé sur le site de La Ruche et constations que les contributions ne cessaient de s'additionner.»

Les filles demandaient 5000 $ pour compléter l'installation de la cheminée du four à bois acheté à Naples et pouvoir ainsi ouvrir leur établissement. Une fois la campagne de financement terminée, elles avaient amassé 8695 $.

Cent un donateurs ont déplié entre 5 $ et 1000 $. À titre de récompense, le plus généreux d'entre eux a eu droit à une fête pour une dizaine de personnes à la grande table de Nina et à un cours pour apprendre les rudiments des techniques ancestrales de la pizza napolitaine.

Pénélope Lachapelle et Lucie Nadeau avaient trimé dur pour aller chercher du financement pour leur restaurant auprès du CLD, de la BDC, de Futurpreneur Canada et de Femmessor. «Du capital pour ouvrir un restaurant, il n'en pleut pas», fait valoir Pénélope.

Alors quand les complications entourant l'installation de la cheminée du four à pizza sont apparues, elles ont opté pour La Ruche. «Ça pressait. Nous n'avions pas le temps d'attendre.»

Les deux restauratrices sont allées directement sur la plateforme La Ruche sans passer par l'étude de la Cellule mensuelle réunissant des ambassadeurs de La Ruche.

«Ce qui a fait la différence, c'est que nous pouvions compter sur un bon réseau. Notre page Facebook était déjà activée, et plein de gens nous suivaient», explique Pénélope Lachapelle.

«Le recours au financement participatif a permis à des gens de nos familles, de nos entourages qui croyaient en nous et en notre projet de mettre des sous sur la table. Pas 10 000 $, mais 25 $ ou 100 $ pour avoir le plaisir, en contrepartie, de venir manger une pizza et boire une bouteille de vin à notre table.» 

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