Avant la prochaine crise, l'économie mondiale veut renforcer ses digues

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La patronne du FMI, Christine Lagarde

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Jeremy Tordjman
Agence France-Presse
Washington

«Brexit», volatilité financière, risques géopolitiques : les perspectives de l'économie mondiale s'assombrissent, alimentant un flot d'incertitudes autour des capacités de la planète à résister à une nouvelle crise.

Le débat a fait irruption à Washington où les ministres et banquiers centraux de 189 pays ont convergé cette semaine pour les réunions du FMI et de la Banque mondiale sur fond de coup de mou de la reprise sur le globe.

Depuis l'après-guerre, le filet de protection anti-crise sur le globe repose en grande partie sur le Fonds monétaire international qui accorde des prêts aux pays en difficulté en échange d'une cure d'assainissement de leurs finances publiques.

Encore récemment, l'Angola, frappé de plein fouet par la chute des cours du brut, le Suriname ou la Tunisie, déstabilisée par les menaces sécuritaires, sont venus frapper à la porte du Fonds pour demander un renflouement.

Mais ce système a ses failles, de l'aveu même du FMI. Les ressources accessibles aux pays sont limitées par de strictes règles et, surtout, le recours au Fonds reste souvent coûteux politiquement pour les gouvernements.

«Un filet de protection (...) inégal à travers le globe et l'embarras lié au fait de s'adresser au Fonds sont quelques-uns des défis qui doivent être surmontés», a reconnu jeudi la patronne du FMI Christine Lagarde.

En dépit de ses difficultés liés à la chute des prix du baril, le Nigeria a ainsi écarté cette semaine tout recours au FMI en assurant avoir ses propres remèdes pour soigner son économie.

«Le Fonds doit continuer à explorer davantage de mesures pour réduire le stigmate associé au fait d'utiliser ses mécanismes de prêts», a exhorté samedi la gouverneuse de la banque centrale de Malaisie, Zeti Akhtar Aziz.

En friche 

Le montant même des ressources du FMI pose question. Après des années de blocage américain, l'institution vient certes de voir ses ressources permanentes (quotes-part) doubler à quelque 660 milliards de dollars mais ce niveau pourrait s'avérer insuffisant en cas de nouvelle secousse mondiale.

«Le FMI doit examiner si ses ressources sont adéquates et si elles sont suffisantes pour immuniser l'économie mondiale contre le retour d'une crise financière», a mis en garde samedi le ministre indien des Finances Arun Jaitley.

Les besoins sont toutefois pressants, notamment pour les pays du sud dont les caisses sont plombées par l'effondrement des prix des matières premières.

La ministre de l'Economie du Burkina Faso, Rosine Coulibaly, a rappelé que 2 à 3 millions de personnes dans son pays dépendaient du coton pour vivre. «Vous pouvez vous imaginer ce que cela peut représenter au cas où le cours mondial n'est pas bon», a-t-elle dit samedi à Washington.

«Nous avons besoin de ressources qui soient accessibles et cela renvoie bien sûr à la question d'un FMI doté de ressources adéquates afin qu'il soit capable d'apporter les liquidités aux pays qui font face à des circonstances exceptionnelles», a résumé jeudi le ministre colombien des Finances, Mauricio Cárdenas, au nom du groupe des pays émergents et en développement du G24.

Pour s'assurer que la protection anti-crise soit «très efficace», a-t-il ajouté, de «nouvelles ressources» sont nécessaires.

Réunis vendredi à Washington, les ministres du G20 Finances ont dit soutenir les initiatives «pour renforcer le filet de sécurité mondial», mais les obstacles ne manquent pas.

Une augmentation des ressources du FMI passe par un long et fastidieux processus technique qui pourrait de nouveau se heurter aux élus américains républicains, traditionnellement hostiles aux institutions internationales.

Pour contourner ces difficultés, le FMI avait lancé en février l'idée de «nouveaux mécanismes de financement» destinés spécifiquement aux pays exportateurs de matières premières exposés aux chocs «extérieurs».

Mais ces pistes sont encore largement en friche alors que les nuages s'accumulent sur l'économie mondiale. «Nous avons besoin d'un filet de protection mondial solide (...) en terme de taille, d'accessibilité et de réactivité», a rappelé Mme Lagarde cette semaine.

Lagarde veut pousser les multinationales à la «transparence»

La patronne du FMI Christine Lagarde a estimé dimanche que pousser les multinationales à la «transparence» pourrait permettre de contrer les techniques d'évasion fiscale légales dont les pays pauvres «souffrent le plus».

«Cela doit être un sujet d'inquiétude majeur», a déclaré la dirigeante à Washington alors que l'onde de choc du scandale des «Panama Papers» continue de se propager.

«Ce qui pourrait être fait pour s'attaquer à ces problèmes c'est la transparence, la transparence sur les failles des législations (...), sur la localisation des activités des entreprises, la transparence sur le point de savoir où elles ont leurs différentes filiales et branches et où elles localisent leurs bénéfices», a-t-elle détaillé.

Le scandale des Panama Papers a indirectement remis en lumière les techniques utilisées par certaines grandes entreprises pour réduire leurs impôts en localisant artificiellement leurs bénéfices dans des territoires à faible fiscalité.

Selon Mme Lagarde, il y a à l'heure actuelle une «dynamique» qu'il faut «soutenir et qui doit être suivie par des résultats».

D'après la dirigeante, pousser les entreprises à la transparence pourrait être un premier pas vers de nouvelles réglementations.

«Si on commence avec ça (...), on pourrait mettre au point des propositions. Nous sommes tout à fait prêts, au FMI, à proposer des changements», a-t-elle assuré en clôture de la réunion de printemps du FMI et de la Banque mondiale.

Selon un récent rapport d'Oxfam, les cinquante plus grandes entreprises américaines, dont Apple, Wal-Mart ou General Electric, ont mis à l'abri quelque 1400 milliards de dollars entre 2008 et 2014 dans des paradis fiscaux afin de réduire leurs impôts.

Mme Lagarde a rappelé que les pays en développement étaient les principales victimes de ces techniques légales qui les privent de ressources vitales.

«Ce sont les moins bien équipés, ceux qui dépendent le plus des taxes sur les bénéfices (...) et ce sont eux qui souffrent le plus de l'incroyable créativité et inventivité des grandes multinationales» en matière de comptabilité, a-t-elle assuré.

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