Wall Street dorlote ses actionnaires

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Les rachats d'actions ont contribué pour 21 % à la hausse des capitalisations des entreprises en Bourse depuis 2009, estime S&P Dow Jones.

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Luc Olinga
Agence France-Presse
New York

Confrontées à une croissance mondiale anémique, les entreprises américaines ont trouvé un moyen controversé pour gonfler leurs bénéfices et choyer leurs actionnaires souvent au détriment des investissements et des emplois : les rachats d'actions.

Cette pratique légitimée en novembre 1982 par le gendarme de la Bourse américain, la SEC, sous l'administration Reagan s'est largement répandue depuis cinq ans sous la pression d'investisseurs activistes en quête de rapides retours sur investissement.

Quand une société rachète ses propres actions, elle réduit en fait le nombre de titres en circulation, ce qui augmente le dividende octroyé sur les actions restantes.

Par effet mécanique, ce procédé légal permet de maintenir ou de faire monter le cours du titre et d'augmenter de manière artificielle le bénéfice par action.

En 2014 et 2015, «au moins 20 % des 500 entreprises composant l'indice boursier S&P ont réduit d'au moins 4 % le nombre de leurs actions, et par conséquent augmenté leurs bénéfices par action d'au moins 4 %», a calculé Howard Silverblatt, analyste chez S&P Dow Jones Indices.

La croissance récente des bénéfices d'une grande majorité des groupes américains «ne peut pas être attribuée à leur performance mais plutôt à l'activité de rachat des actions», a conclu une étude menée par les chercheurs de l'Université de Chicago Daniel Bens, Franco Wong et Douglas Skinner.

Les 500 plus grosses entreprises cotées en Bourse aux États-Unis avaient consacré 27,5 % des 500 milliards de dollars de leurs bénéfices opérationnels aux rachats d'actions en 2009, selon S&P Dow Jones.

En 2015, cette proportion a plus que doublé : sur les 885,29 milliards de dollars de bénéfices engrangés en 2015, 572,5 milliards ont été redistribués aux actionnaires sous forme de rachats d'actions, soit 64,7 %, dopant les bénéfices par action de 3,22 % en moyenne.

Au quatrième trimestre, ces groupes ont même consacré 245,27 milliards en rachats d'actions et dividendes, bien plus que leurs profits opérationnels de 201,86 milliards.

Apple, sous la pression du milliardaire Carl Icahn, en a été très friand en y consacrant 37 milliards de dollars, suivi par Microsoft (17,85 milliards) et Qualcomm (11,63 milliards).

«Miettes» 

La saison des résultats du premier trimestre 2016, qui démarre la semaine prochaine, devrait, selon M. Silverblatt, confirmer cette tendance d'autant que les 500 grosses entreprises américaines sont assises sur 1300 milliards de dollars de trésorerie.

Certains groupes préfèrent profiter des taux d'intérêt bas, conséquence de la politique accommodante de la banque centrale (Fed), pour s'endetter afin de racheter leurs propres actions.

C'est le cas d'Apple qui a annoncé en février une émission obligataire de 12 milliards de dollars devant être consacrés aux rachats d'actions et aux dividendes, en dépit d'un trésor de guerre de plus de 200 milliards de dollars dont une grande partie logée à l'étranger.

Les marchés financiers semblent applaudir puisque les titres des 100 entreprises qui ont consacré une grosse partie de leur trésorerie en 2014 aux rachats de leurs actions ont progressé bien plus que ceux des groupes ayant investi dans des usines ou dans de nouveaux équipements, selon la banque Barclays.

Cette pratique est néanmoins de plus en plus critiquée par les politiques et des économistes qui regrettent que les entreprises ne créent pas plus d'emplois et de richesses, en investissant par exemple dans la recherche et de nouvelles usines.

Elle «soutire la valeur créée par les employés, les contribuables et d'autres», fustige William Lazonick, enseignant à l'université Lowell dans le Massachussetts.

Pour l'universitaire, les rachats d'actions traduisent l'absence de partage des bénéfices entre les actionnaires, les dirigeants et les salariés. Une partie de la rémunération des patrons comprend des actions et stock-options.

À cause de ces rachats, «il ne reste plus que des miettes pour les investissements dans les capacités de production et pour les hausses des salaires des employés», déplore le chercheur qui plaide pour leur suppression.

Hillary Clinton, la favorite à l'investiture démocrate pour la Maison Blanche, a promis des réformes, tandis que deux sénateurs démocrates dont Elizabeth Warren, la championne de l'aile gauche, ont demandé à la SEC d'ouvrir une enquête.

À Wall Street, la pratique provoque aussi des remous, certains se demandant si elle ne contribue pas à la flambée de la Bourse qui a atteint ses plus hauts il y a un peu plus d'un an.

Les rachats d'actions ont contribué pour 21 % à la hausse des capitalisations des entreprises en Bourse depuis 2009, estime S&P Dow Jones.

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