L'Allemagne place les femmes aux postes de direction à la vitesse de l'escargot

Fin 2015, les 200 plus grandes entreprises d'Allemagne comptaient... (AFP, Johannes Eisele)

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Fin 2015, les 200 plus grandes entreprises d'Allemagne comptaient 6 % de femmes dans leurs directoires, et un peu moins de 20 % dans leurs conseils de surveillance.

AFP, Johannes Eisele

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Romain Fonsegrives
Agence France-Presse
Francfort

«Si l'on me disait que j'ai ce poste car je suis une femme, j'en pleurerais». L'Allemagne oblige depuis début 2016 ses grandes entreprises à nommer des femmes à leur tête, un pis-aller tardif qui ne convainc pas les principales intéressées.

«La loi s'attaque seulement à la partie visible de l'iceberg, nous devons en faire plus que cela», lance à l'AFP Bélen Garijo, membre du directoire du laboratoire allemand Merck KGaA.

Cette Espagnole de 55 ans est la première femme à accéder à un tel poste au sein du groupe de Darmstadt (sud-ouest). Elle préfère parler compétences, aménagements du travail quotidien et des carrières, plutôt que quotas féminins.

«Une loi n'amène rien, les entreprises doivent comprendre, que la diversité est un avantage compétitif», renchérit Claudia Nemat, membre du directoire de Deutsche Telekom, «il nous faut des hommes, des femmes, de l'expérience internationale, des vieux et des plus jeunes...».

Merck et Deutsche Telekom font figure de pionniers dans un pays où le plafond de verre est tenace. Outre des femmes à des postes de direction, les deux groupes en ont aussi plus au conseil de surveillance que les 30 % demandés aux grandes entreprises depuis le 1er janvier 2016, en vertu d'une loi imposée par son partenaire de coalition social-démocrate à la chancelière conservatrice Angela Merkel.

Le texte oblige plus d'une centaine d'entreprises cotées en Bourse à se conformer aux 30 %. Si elles ne trouvent pas de femmes pour leur organe de contrôle, qui a la main sur les salaires et les conditions de travail, les sièges resteront vides.

«Course d'escargots»

En fixant des quotas, l'Allemagne a suivi les traces de la Norvège, pionnière en la matière, et de nombreux voisins comme la France, l'Espagne et les Pays-Bas.

Les grandes entreprises doivent également fixer des objectifs volontaires concernant la proportion de femmes dans leur direction - le directoire, cercle restreint autour du patron -, et rendre compte de leurs avancées. Cette obligation vaut aussi pour 3500 petites et moyennes entreprises (PME).

«Il y a du progrès, mais espérons que cela aille plus vite que la course d'escargots» actuelle en Allemagne, commente Elke Host, directrice de la recherche sur le genre à l'institut économique DIW, qui compile depuis dix ans un baromètre sur les femmes à la tête des 200 plus grandes entreprises d'Allemagne. Fin 2015, celles-ci comptaient 6 % de femmes dans leurs directoires, et un peu moins de 20 % dans leurs conseils de surveillance.

«La situation s'est un peu améliorée, mais très peu dans les directoires», résume Mme Host. On cherche en vain des femmes dans les cercles rapprochés du pouvoir chez Commerzbank, Volkswagen ou Beiersdorf, fabricant de la crème Nivea.

Si l'Allemagne continue au même rythme, la parité ne sera pas atteinte avant le siècle prochain pour les organes dirigeants, et pas avant 2040 dans les conseils de surveillance, calcule la chercheuse.

«Éduquer»

Et sans sanction prévue pour ceux qui ne remplissent pas leurs objectifs, la nouvelle loi pourrait s'avérer être un «tigre de papier», déplore Mme Host du DIW.

Mais les dirigeantes elles-mêmes rejettent l'idée de sanctions. «Éduquer est plus important que punir», pour Erica Mann, première femme à intégrer le directoire du laboratoire Bayer.

Cette Sud-Africaine a grandi avec la culture des quotas et concède qu'ils permettent «de prendre conscience d'un problème». Mais elle pointe aussi leurs effets pervers : «Personne ne veut être étiqueté comme une femme-quota».

«Ceux qui continuent à dire qu'ils ne trouvent pas de femmes pour occuper des postes à responsabilité ont un gros problème. Soit leur recrutement est inefficace, soit c'est une excuse», assène Mme Garijo chez Merck.

Mais les entreprises allemandes avaient déjà accepté en 2001 de se fixer volontairement des objectifs et «cela n'a tout simplement pas marché», rappelle Mme Host.

La faute selon elle à la culture de la femme au foyer héritée de l'Allemagne de l'Ouest, et qui structure encore l'économie.

«La réalité a changé, mais les têtes ont encore du chemin à faire», conclut-elle, en souhaitant aussi des politiques fiscale et familiale plus incitatives.

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