RONA «condamnée» depuis 2012

L'ex-pdg de RONA, Robert Dutton, est inquiet de... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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L'ex-pdg de RONA, Robert Dutton, est inquiet de l'impact que pourrait avoir cette transaction sur le secteur manufacturier de la quincaillerie au Québec, qui compte 33 000 emplois, et au Canada, 80 000 travailleurs.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Les deux principaux actionnaires de RONA en 2012, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) et Invesco Canada, avaient déjà pour objectif de vendre l'entreprise, affirme l'ancien président-directeur général de la compagnie, Robert Dutton.

Deux mois après l'annonce de la vente du fleuron québécois au géant américain Lowe's, M. Dutton qui a occupé la chaise de président de l'entreprise de 1992 à 2012, digère toujours mal cette transaction de 3,2 milliards $CAN. Il dit d'ailleurs être «indigné» par rapport à toute cette histoire.

RONA était «condamnée» à être vendue. «Je ne savais juste pas le jour, dit-il au bout du fil, ne cachant pas sa déception. Les actions étaient en ce sens. En septembre 2015, lorsqu'ils ont annoncé le rachat des magasins à grande surface des franchisés, pour moi, c'était un signal fort qu'ils se préparaient à la vente», poursuit-il.

Le début de la fin pour la compagnie québécoise est le 7 novembre 2012, estime M. Dutton. Le président de la CDPQ, Michael Sabia, débarque alors dans son bureau pour lui annoncer qu'il ne fait plus partie des plans. Le lendemain, le conseil d'administration le remercie. L'entreprise a alors un chiffre d'affaires au détail d'environ 6,2 milliards $.

Quelque temps auparavant, le conseil d'administration avait balayé du revers de la main la première offre de 1,8 milliard $ de Lowe's. Elle était qualifiée «d'hostile» par plusieurs.

«La Caisse de dépôt et placement du Québec, qui détenait 17 % des parts de RONA, et Invesco Canada (10 %) ont par la suite annoncé leur intention. Un nouveau président a été nommé et le conseil d'administration a été changé», raconte M. Dutton, qui a oeuvré chez RONA durant 35 ans. «Ce sont deux actionnaires qui voulaient vendre. Invesco avait appuyé l'offre en 2012», ajoute-t-il.

Dans un communiqué publié le 20 janvier 2013, on peut d'ailleurs lire que la Caisse de dépôt et placement du Québec et Invesco Canada Ltée appuieront les changements au sein du conseil. Robert Chevrier prend les rênes de la compagnie et huit nouveaux membres se joignent au conseil d'administration. Le message était clair, selon l'ancien pdg : «RONA était à vendre!»

«Fausses raisons»

Maintenant, les actionnaires se sont prononcés pour l'offre «très alléchante», concède celui qui est aujourd'hui professeur associé de l'École des dirigeants HEC Montréal. «Ce que je regrette, c'est qu'il n'y avait pas de bloc d'actionnaires pour s'assurer qu'il y avait la possibilité de continuer de développer l'entreprise. Depuis trois ans, tout son développement est arrêté. Contrairement au reste de l'histoire de RONA, nous n'avons pas décidé de nous battre», comme ce fut notamment le cas lors de l'arrivée de Canadian Tire et de Home Depot.

Selon M. Dutton, les raisons invoquées par la CDPQ pour justifier la vente de RONA sont fausses. Lors de l'annonce de la transaction, Michael Sabia avait notamment affirmé que la Caisse ne pouvait faire autrement. «Écoutez, c'est eux qui ont décidé de vendre RONA. Ils ont rendu la mariée plus belle. Ils ont simplifié le modèle d'affaires et ils ont livré la marchandise», déplore l'homme de 61 ans.

L'ancien pdg estime que l'entreprise aurait pu être sauvée en 2012. «Il y avait des partenaires stratégiques. Il y avait un travail de consultation. On a décidé d'arrêter tout en disant que la Caisse de dépôt avait une équipe pour faire face au défi...».

Scepticisme

Quant aux promesses faites par Lowe's lors de la vente, notamment le maintien du siège social des activités canadiennes à Boucherville, la conservation de la vaste majorité des postes et des diverses bannières, M. Dutton n'y croit pas. 

«L'expérience passée avec les autres entreprises comme Provigo et Alcan nous montre que cela ne s'est pas fait. Au cours des deux ou trois prochaines années, il va y avoir du spectacle. Mais je n'y crois pas. Il n'y a pas de fournisseurs québécois qui peuvent fournir tout le réseau de Lowe's, qui a déjà une partie très importante de sa quincaillerie qui est achetée en Asie. Arrêtons de prendre les gens pour des cons.»

M. Dutton est inquiet de l'impact que pourrait avoir cette transaction sur le secteur manufacturier de la quincaillerie au Québec, qui compte 33 000 emplois, et au Canada, 80 000 travailleurs. RONA possédait un important réseau de fournisseurs locaux, notamment en région. «Qu'est-ce qui va arriver avec les achats ici? Les employés?» demande-t-il.

À New York, le titre de Lowe's (NYSE : LOW) a clôturé mercredi à 76,09 $US, en hausse de 22 ¢US (ou 0,29 %).

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