Bernard Lamarre, pionnier de l'ingénierie québécois, s'éteint

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Bernard Lamarre a été associé à de nombreux projets qui ont contribué à faire rayonner le génie québécois à l'international.

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Julien Arsenault
La Presse Canadienne
Montréal

Bernard Lamarre, pionnier de l'ingénierie québécoise et ex-dirigeant de la firme Lavalin, dont le naufrage a mené à la création du géant SNC-Lavalin, est décédé mercredi à l'hôpital Notre-Dame, à l'âge de 84 ans.

Au cours de sa longue carrière, le nom de cet ingénieur, homme d'affaires et philanthrope né le 6 août 1931 a été associé à de nombreux projets qui ont contribué à faire rayonner le génie québécois à l'international et qui font toujours partie du paysage architectural québécois.

Cet homme originaire de Chicoutimi a notamment contribué à la réalisation du pont-tunnel Louis-Hyppolite Lafontaine, de l'échangeur Ville-Marie, du Complexe Desjardins ainsi que du Stade olympique.

Le déploiement d'importants projets d'infrastructures par le gouvernement libéral de Jean Lesage après son élection a grandement favorisé la croissance de la firme de génie - qui ne s'appelait pas encore Lavalin.

Dans une entrevue accordée à l'animateur de Radio-Canada Michel Désautel en 2004, M. Lamarre s'était souvenu que ce gouvernement ne s'était pas gêné pour faire appel au secteur privé.

«(Lesage avait) gardé un petit nombre d'ingénieurs très compétents, mais il avait donné de nombreux projets à l'externe», expliquait l'homme d'affaires.

M. Lamarre a également apporté sa contribution à l'aménagement hydroélectrique du complexe de la Baie James dans les années 1970, un contrat qui lance véritablement Lavalin.

Ce mégaprojet fait du même coup rayonner à l'étranger l'expertise québécoise en matière de construction de barrages ainsi que de transport d'électricité.

Diplômé de l'École Polytechnique en 1952, M. Lamarre complète aussi une maîtrise en sciences-génie de l'Université de Londres en 1955 avant de faire ses premiers pas chez Lalonde et Valois en 1958.

Il prend rapidement du galon en étant nommé ingénieur en chef dès 1958. Par la suite nommé directeur général de Lalonde, Valois, Lamarre, Valois et Associés, il accède en 1972 à la présidence de la firme, qui changera de nom pour adopter celui de Lavalin.

Sous la gouverne de M. Lamarre, l'entreprise ne se contente pas seulement de sa position au Québec. Par l'entremise d'acquisitions, elle étend ainsi ses activités dans le reste du Canada ainsi qu'à l'échelle internationale.

Cela permet à la firme québécoise d'obtenir des contrats dans plus de 50 pays, dont l'Algérie et l'Afrique du Sud. Au tournant des années 1980, Lavalin accélère la diversification de ses activités dans des secteurs comme la pétrochimie, le transport en commun ainsi que l'immobilier, une décision qui est loin d'être couronnée de succès.

Même si l'entreprise compte alors plus de 6000 employés et que son chiffre d'affaires atteint plus de 1 milliard $, les difficultés financières s'accumulent. La récession de 1990 ajoute également une pression supplémentaire.

Aux prises avec de sérieux problèmes de liquidités, Lavalin décide entre autres de se tourner vers le gouvernement du Québec afin de solliciter une aide financière. La Société de développement industriel du Québec ainsi qu'un consortium de sept banques s'entendent pour accorder une garantie de prêt de 20 millions $.

Néanmoins, la faillite de Lavalin - l'une des plus importantes dans l'histoire du Québec - se traduit par des pertes de 200 millions $ pour quelque 2300 créanciers, rapportent les médias en 1991.

À l'époque, de nombreux observateurs avaient attribué les déboires de Lavalin à sa participation dans l'entreprise pétrochimique Kemtec ainsi qu'à l'achat, en 1990, de deux avions Airbus et d'options d'achat pour huit autres appareils. Ces avions devaient être loués ou revendus, mais cela ne s'est pas produit. L'abandon de l'option d'achat avait coûté 50 millions $ à Lavalin.

«Là où on s'est trompé, c'est quand on se pensait plus fort que tous, notamment dans le domaine de la pétrochimie, confiait M. Lamarre dans son entrevue. Si c'était à recommencer nous ne serions pas allés là-dedans.»

À la suite d'intenses négociations, Lavalain est avalée à l'été 1991 par SNC - qui a vu le jour en 1911 sous un autre nom - pour former SNC-Lavalin (TSX:SNC), l'une des plus importantes firmes de génie-conseil au monde.

Jusqu'en 1999, Bernard Lamarre demeurera en tant que conseiller spécial au conseil d'administration de la multinationale québécoise.

Ingénierie, philanthropie et honneurs

De 1993 à 1997, il préside également l'Ordre des ingénieurs du Québec. Il est nommé président du conseil d'administration de l'École Polytechnique de Montréal en 2002 pour cinq ans en plus de diriger la Société du Vieux-Port de Montréal jusqu'en 2007.

Philanthrope influent, M. Lamarre avait occupé la présidence du Musée des beaux-arts de Montréal de 1983 à 1991. Il avait ensuite pris la tête du conseil d'administration en 1997 jusqu'en 2008, lorsqu'il avait décidé de ne pas solliciter de nouveau mandat

De plus, au terme du mariage entre Lavalin et SNC, en 1992, la collection Lavalin, qui comptait alors quelque 1300 oeuvres d'environ 500 artistes, avait été acquise par le Musée d'art contemporain de Montréal. Une exposition avait notamment eu lieu en 1994 afin de souligner cette acquisition.

La carrière de M. Lamarre a également été couronnée de plusieurs distinctions honorifiques. Nommé Officier de l'Ordre national du Canada et Officier de l'Ordre national du Québec en 1985, il avait été élevé au rang de Grand Officier de l'Ordre national du Québec en 2013.

Il s'est aussi vu octroyer de nombreux doctorats honorifiques notamment par l'Université de Montréal, l'Université McGill, l'Université de Sherbrooke, Waterloo University et Queen's University.

Son épouse, Louise Lalonde-Lamarre, est décédée en 2002. M. Lamarre laisse dans le deuil ses sept enfants.

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