Monique F. Leroux quitte Desjardins la tête haute

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Monique F. Leroux est devenue au fil du temps l'une des femmes les plus influentes du Canada, à la tête d'une équipe de près de 48 000 employés et 5000 dirigeants élus, avec un actif d'environ 250 milliards $.

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(Québec) «Je suis convaincue que Desjardins n'est pas dénaturée. Nous avons adapté notre organisation à la réalité d'aujourd'hui et de demain.»

Après huit ans comme présidente du Mouvement Desjardins, Monique F. Leroux dit mission accomplie. La maison est en ordre, les résultats financiers sont au rendez-vous, et la famille s'est agrandie de plus de 7000 personnes depuis 2008.

Le parcours n'a pas toujours été de tout repos pour la première femme en 116 ans à la tête du Mouvement Desjardins. Les premiers pas ont été plutôt difficiles, alors qu'elle a dû faire face à la crise financière de 2008 qui avait lourdement ébranlé le domaine bancaire international. Malgré les défis, la femme d'affaires n'a jamais baissé les bras et va quitter officiellement au mois d'avril son poste la tête haute, et ce, après deux mandats.

«Être un employeur de choix au Canada et avoir été capable de faire grandir notre base de membership, ce sont deux éléments de satisfaction, outre les résultats financiers, qu'on peut dire mission accomplie», indique Mme Leroux en entrevue avec Le Soleil. «Comme autres éléments de fierté, Desjardins a grandi et innové au cours des dernières années. Et, finalement, il y a aussi la dimension du développement durable», ajoute-t-elle avec le sourire. «Nous avons notamment pris un engagement clair de réduction de gaz à effet de serre.»

C'est le 15 mars 2008 que l'aventure a commencé à la tête du plus grand groupe financier coopératif au Canada pour celle qui rêvait d'être pianiste étant plus jeune. Malgré son talent et des années d'études au Conservatoire, elle a décidé de réorienter sa carrière. Une sage décision, si on regarde le parcours de celle qui avait été réélue par acclamation en janvier 2012. 

Nouveau défi

Elle est devenue au fil du temps l'une des femmes les plus influentes du Canada à la tête d'une équipe de près de 48 000 employés et 5000 dirigeants élus, avec un actif de quelque 250 milliards $. Et son aventure dans le domaine des coopératives se poursuit, puisqu'elle s'est récemment vu confier les rênes de l'Alliance coopérative internationale (ACI).

Outre veiller à la croissance financière de l'entreprise, durant son passage chez Desjardins, Mme Leroux a réalisé plusieurs de ses objectifs visant à aider les clients. 

En septembre 2010, l'entreprise a notamment lancé ses services mobiles, accessibles autant sur téléphone intelligent que sur tablette. Elle est aussi derrière le lancement de plusieurs programmes, notamment Coopmoi (2012), et l'ouverture d'un bureau de représentation à Paris, dans les locaux du Crédit Mutuel. Desjardins a élargi ainsi son offre d'accompagnement des entreprises canadiennes en Europe.

Le parcours chez Desjardins pour Mme Leroux n'a toutefois pas été sans égratignures. Plusieurs personnes, notamment l'ancien président du Mouvement Claude Béland, ont reproché à la présidente d'avoir dénaturé l'entreprise, que Desjardins avait perdu son âme. 

«Je crois que M. Béland au moment où il a lui-même été président a eu à porter de grands changements. Il a eu à l'époque ses détracteurs qui lui disaient que les changements qu'il apportait dénaturaient Desjardins. [...] Alphonse Desjardins était constamment à la recherche d'idées nouvelles qui pouvaient apporter une valeur ajoutée à ses membres. Moi, je dis que c'est ça, la vraie nature de Desjardins. Et je crois que dans une coopérative, l'entreprise ne nous appartient pas. C'est une entreprise collective. Toutes les décisions que j'ai eu à travailler ont été collectives. Qui je suis ou qui sont quelques personnes pour pouvoir prétendre que Desjardins doit être telle chose? Lorsqu'on croit au modèle coopératif, il faut en accepter la légitimité de la majorité», répond celle qui va publier un livre de 304 pages, Ma vie en Mouvement, le 6 avril. Mme Leroux y décrit notamment son passage chez Desjardins.

C'est le 19 mars prochain qu'on va connaître le prochain président du Mouvement. Trois candidats sont dans la course, soit Daniel Paillé, ancien chef du Bloc québécois, Guy Cormier, premier vice-président réseau des caisses et services aux particuliers, et Robert Ouellette, premier vice-président technologies et centre de services partagés.

«La table est bien mise pour la prochaine présidence pour pouvoir se saisir des grands défis de l'environnement et de les convertir en opportunités», affirme Mme Leroux. «Pour moi, ce que j'ai le plus aimé chez Desjardins, c'est le travail avec les gens», conclut-elle.

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Trois moment forts

 

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Monique F. Leroux a été élue à la tête du Mouvement Desjardins en mars 2008 puis réélue pour un deuxième et dernier mandat de quatre ans en 2012.

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

  • Le choc de 2008
En poste que depuis quelques semaines, Monique F. Leroux n'a pas oublié ses premiers moments à la tête du plus grand groupe financier coopératif au Canada. La situation économique était difficile. L'entreprise devait redresser ses finances. Plusieurs employés ont d'ailleurs dû être remerciés. «Il a fallu s'asseoir avec tous les dirigeants pour leur expliquer ce qu'il se passait et leur demander leur confiance, car nous avions une radiation importante à passer aux résultats. Il a fallu prendre une décision sur la gestion du capital», se remémore Mme Leroux. «Ç'a été un grand moment. C'est à ce moment-là que j'ai demandé aux dirigeants : "J'ai besoin de votre appui, votre confiance. J'ai besoin qu'on travaille ensemble." Nous avions échangé des informations très confidentielles. J'ai senti qu'on était ensemble», ajoute-t-elle.

  • Le premier congrès à la présidence en 2009
Les finances du Mouvement Desjardins étaient plus stables. Bien que difficiles, les efforts de 2008 avaient porté leurs fruits. «Maintenant, la question était : qu'est-ce qu'on veut faire ensemble?» affirme Mme Leroux. «Le congrès nous avait amenés à dire trois choses. La première, est-ce que nous sommes d'accord de regarder nos membres comme des membres Desjardins? Donc, pas juste comme un membre de caisse ou un client d'Assurances générales. Que le traitement soit le même partout.» Cette décision permet aujourd'hui, par exemple, à un membre d'une caisse de Sainte-Foy de communiquer avec une caisse de Charlesbourg et avoir le même service. La deuxième question soulevée lors du congrès était : «Est-ce que nous sommes d'accord tout le monde ensemble de dire qu'on se donne une vision de croissance à travers le Canada? Et que nous sommes d'accord de faire le cas échéant des partenariats?» indique la présidente. «Et la troisième question était : est-ce qu'on est d'accord de dire que la solidité financière du Mouvement Desjardins, c'est un impératif?» Le débat avait alors duré une journée et demie. «À partir de ce moment, nous avions les orientations et nous nous sommes donné un plan stratégique», explique Mme Leroux. L'entreprise a par la suite procédé notamment à l'acquisition de Western Financial Group (2010), la Financière MGI inc (2011), et de State Farm (2015).

  • Le congrès de 2013
Desjardins étudie alors la possibilité de se diriger vers une représentation égale du nombre d'hommes et de femmes dans son entreprise. «Ç'a été un très grand moment. Il y a eu beaucoup de débats et à la fin, nous avons eu un engagement volontaire de toutes les composantes de Desjardins de dire : "Nous visons la parité en se donnant plus ou moins un 10 %"», souligne fièrement Mme Leroux, qui soit dit en passant est la première femme de l'histoire du Mouvement Desjardins à occuper la chaise de présidente et chef de la direction. «Comme femme, je me suis dit, Desjardins, c'est quelque chose. Nous avons été la première grande entreprise canadienne à nous donner une orientation aussi claire», conclut-elle.

L'épineux dossier des ristournes

La présidente et chef de la direction du Mouvement des caisses Desjardins, Monique F. Leroux, ne le cache pas : son successeur va devoir réfléchir au sujet de l'avenir des ristournes aux membres.

«Cette question va certainement faire l'objet d'un congrès éventuel dans les prochaines années», dit Mme Leroux, ajoutant que le Mouvement Desjardins, durant la majorité des années de son histoire, «n'a jamais ristourné». «C'est devenu associé au succès de l'entreprise, et, très souvent, la ristourne est venue compenser une offre qui n'était pas toujours compétitive.»

Lors d'un congrès le 19 septembre dernier à Montréal, les délégués des caisses ont discuté pour une première fois de la possibilité d'abolir ou de transformer le système de ristournes aux membres. 

L'an dernier, Desjardins a versé 154 millions $ en ristournes à ses membres, une baisse de 23 % sur un an. Pour l'ensemble de l'exercice 2015, l'entreprise a déclaré des excédents de 1,96 milliard $, en progression de près de 23 % par rapport à ceux de 1,59 milliard $ dévoilés en 2014. Cette année-là, l'institution financière avait distribué 217 millions $ en ristournes à ses membres. 

«Si on regarde nos pairs coopératifs en Europe, avec qui j'ai eu l'occasion de faire des rencontres pour le Financial Stability Board, aucun de ces groupes-là ne ristourne», affirme Mme Leroux. «Et ils se sentent autant coopératifs.»

Depuis environ trois ans, Desjardins a multiplié les sondages de satisfaction et les études auprès de ses membres. Parmi les points étudiés, on trouve notamment l'importance des ristournes.

Selon les résultats obtenus, l'entreprise indique que la ristourne n'est pas l'élément principal qui ressort comme étant l'élément de distinction d'une coopérative. 

«Ce n'est pas l'élément que les gens recherchent le plus, surtout pas les jeunes, car dans notre système, ils n'ont pas de ristournes», stipule Mme Leroux. Desjardins estime que 80 % de ses membres reçoivent 50 $ ou moins par année.

Certaines caisses à travers la province ont déjà élaboré un plan pour distribuer autrement les ristournes, c'est notamment le cas de la caisse Desjardins de Lévis. 

«Au lieu de saupoudrer un peu partout, elles ont décidé de prendre un montant de ristournes et, en assemblée générale, de décider de deux, trois ou quatre actions concrètes dans la communauté pour laquelle elles vont faire une ristourne collective», explique Mme Leroux.

Et est-ce que cette nouvelle façon de faire pourrait s'appliquer à toutes les caisses au cours des prochaines années? «Possible», estime la femme d'affaires, ajoutant que Desjardins doit prioriser sa solidité financière. «La solidité passe par le capital. Et le capital, ça passe d'abord et avant tout par la réserve. [...] Plus on ristourne, moins on met à la réserve et moins on renforce le capital. C'est cet équilibre qu'on doit atteindre. [...] Je crois qu'on devrait regarder avec beaucoup d'ouverture cette notion de ristourne collective», conclut Mme Leroux.

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Sur les fermetures de guichets

Q Plusieurs guichets automatiques Desjardins (aujourd'hui 2080) et points de services (1118), notamment en région, ont fermé au cours des dernières années. Qu'en pensez-vous?

R Il a fallu ajuster notre réseau de distribution et c'est sûr que cette tendance va se poursuivre. La réalité des choses, c'est qu'à l'heure d'aujourd'hui, nous sommes toujours l'entreprise la plus présente sur l'ensemble du territoire du Québec. On a le plus grand nombre de guichets et de points de service. Nos parts de marché sont les plus importantes partout dans toutes les régions et nous sommes en croissance. On arrive à trouver un juste équilibre [...] En bout de piste, nous avons à gérer une entreprise de façon responsable et à long terme.

En chiffres

Transactions entre 2010 et 2015

• Baisse de 29 % des transactions aux guichets et aux points de services

• Hausse de 98 % des transactions numériques

Source: Desjardins

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