La Chine prête pour le libre-échange

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Le nouveau consul général de la République populaire de Chine à Montréal, Peng Jingtao, est en poste depuis la fin janvier.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) La Chine est prête à signer un accord de libre-échange avec le Canada, et avec tous les pays du monde, estime le nouveau consul général de la République populaire de Chine à Montréal, Peng Jingtao.

La notion d'ouverture sur le monde est plutôt récente dans l'esprit des Chinois, mais ces derniers commencent petit à petit à se faire à l'idée. «Il faut comprendre que la Chine est un pays en développement, et s'ouvrir sur le monde est plus difficile que pour les pays déjà développés», explique M. Peng, qui est en poste depuis la fin janvier.

Si les relations sino-canadiennes ont été ralenties par le passage des conservateurs à Ottawa, M. Peng est cependant sûr que l'arrivée au pouvoir de Justin Trudeau, dont le père a eu la «clairvoyance d'établir des relations diplomatiques avec la Chine en 1970», permettra l'établissement d'une nouvelle ère de coopération entre les deux nations. D'ailleurs, le prochain Sommet du G20, dont la Chine sera l'hôte, sera la première visite de Justin Trudeau au pays depuis son élection.

Cela dit, autant la Chine que le Canada pourraient profiter d'un accord de libre-échange. Selon M. Peng, «tous les produits canadiens de qualité ont une place sur le marché chinois», un marché de 1,4 milliard de personnes. Un peu à la blague, le consul général de la Chine raconte que Vitality Air, une compagnie albertaine qui vend de l'air embouteillé des montagnes de Banff, a fait fureur en Chine.

Les besoins de la Chine en matière de produits extérieurs sont tout de même bien réels. M. Peng estime qu'au cours des cinq prochaines années, la Chine importera l'équivalent de plus de 10 000 milliards $. Toutefois, si le Canada est le second importateur et exportateur en importance pour la Chine, la part de cette balance commerciale reste tout de même plutôt faible devant la grande taille du marché chinois.

D'ailleurs, M. Peng n'hésite pas à faire la comparaison avec l'Australie, qui, en 2014, a ratifié un accord de libre-échange avec la Chine, qui a mené à l'abolition des barrières tarifaires sur près de 95 % des biens industriels et de consommation. «Au départ, l'Australie avait peur d'ouvrir ses frontières aux produits chinois. Mais devant la taille du marché chinois, cet accord a été bénéfique pour toutes les entreprises australiennes dans le domaine des services, notamment chez celles qui assurent des soins aux personnes âgées», explique-t-il.

Si les grandes entreprises canadiennes, comme Bombardier, sont déjà présentes sur le marché chinois, M. Peng croit que ce sont les PME qui seraient les grandes gagnantes d'un accord de libre-échange. Elles doivent cependant être en mesure d'adapter leur capacité de production pour le marché chinois.

L'éducation, moteur de l'immigration chinoise

Le Canada est une destination de choix pour les Chinois expatriés : il s'agit du troisième groupe en importance au pays, après les autochtones et les Européens. En 2013, la diaspora chinoise comptait 1 million d'individus au Canada, dont 350 000 seulement dans la région de Vancouver.

En dépit des occasions d'affaires et du climat économique favorable, c'est d'abord et avant tout l'éducation qui motive les Chinois à venir s'établir au Canada, indique M. Peng. «Les familles chinoises accordent beaucoup d'importance à l'éducation, et le Canada possède l'un des meilleurs systèmes d'éducation au monde, avec plusieurs universités qui se classent dans les palmarès mondiaux», explique-t-il.

Et cela vient avec des avantages commerciaux. «Quand un enfant étudie à l'étranger, la famille va venir le rejoindre pour visiter au moins une fois par année. Et ils vont vouloir visiter», illustre-t-il.

L'environnement, «le problème de la Chine»

Si la croissance très rapide de la Chine a permis à de nombreux Chinois de sortir de la pauvreté, elle s'est cependant faite au détriment de l'environnement. 

«C'est un problème grave pour le gouvernement chinois. Notre croissance - la plus rapide de l'histoire de l'humanité - s'est faite trop vite, et ça a causé beaucoup de problèmes qui affectent la qualité de vie des Chinois», admet Peng Jingtao. En décembre dernier, la ville de Pékin a été complètement paralysée par le smog, qui vivait sa deuxième alerte rouge sur la pollution de l'air en deux semaines. «Nous avons été en situation de pauvreté trop longtemps, et nous avons voulu changer de situation trop rapidement.»

Il prévoit d'ailleurs une crise énergétique majeure si les Chinois se mettent à imiter la consommation occidentale. Il ajoute que «si les Chinois se mettent à consommer de l'énergie comme le font les Américains ou les Canadiens, nous nous dirigerons tout droit vers la catastrophe». Il estime que la Chine consomme environ 30 fois plus d'énergie que le Canada, pour une population 40 fois supérieure.

De nombreux appels ont été lancés à la Chine pour qu'elle trouve des façons de développer de manière plus durable. Même le négociateur chinois, au terme du Sommet de Paris sur les changements climatiques, a exigé un développement moins dépendant des combustibles fossiles.

Marché du carbone

M. Peng indique cependant que depuis une quinzaine d'années, le gouvernement chinois «est le gouvernement qui a obtenu le plus de succès» pour corriger ce problème. À cet égard, en 2017, le gouvernement chinois lancera son marché du carbone afin de réduire de manière significative les émissions de gaz carbonique. 

En matière énergétique, M. Peng dit que les Chinois sont «les premiers utilisateurs d'énergie renouvelable au monde». En 2014, «la Chine a construit des infrastructures solaires, éoliennes et hydroélectriques qui comptent pour 42 % de la capacité mondiale d'énergie renouvelable», illustre-t-il. 

Tourisme : «des efforts à faire»

Si les Chinois s'intéressent au Canada, il ne s'agit pas nécessairement de la première destination qui leur vient à l'esprit quand vient le temps de choisir une destination. 

En effet, sur les 120 millions de Chinois qui ont voyagé à l'extérieur du pays l'année dernière, à peine 500 000 sont venus au Canada. M. Peng attribue ce phénomène à deux problèmes. Tout d'abord, il observe un manque de connaissance des Chinois envers le Canada. «Il faut donc faire davantage d'efforts pour faire connaître le Canada et le Québec aux Chinois, et la Chine aux Canadiens», croit-il. 

Puis, il déplore la présence d'un seul vol direct

Montréal-Pékin. «Le vol direct a réduit la distance entre nos deux pays, situés aux deux extrémités du monde. Avec plus de vols directs dans des villes comme Shanghai, qui compte plus de 20 millions d'habitants, ou Shenzhen, qui en compte plus de 18 millions, le Canada serait accessible à plus de Chinois», estime-t-il. 

Quelques chiffres

  • 10 000 G$ Estimation de l'importation en Chine de biens au cours des cinq prochaines années
  • 120 millions de Chinois ont voyagé à l'extérieur du pays en 2015. De ce nombre, à peine 500 000 sont venus au Canada 
  • 1,4 milliard d'habitants

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