Entrepreneuriat féminin: petit train va loin

La directrice générale de J.M. Demers, Anne-Marie Demers... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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(Québec) Tranquillement - trop tranquillement, direz-vous? -, les femmes s'intéressent à l'entrepreneuriat.

L'entrepreneuriat s'intéresse-t-il suffisamment à elles?

C'est une autre histoire.

Les résultats du sondage sur l'indice entrepreneurial québécois 2014, réalisé par la Fondation de l'entrepreneurship, révélaient que 10,3 % des Québécoises étaient propriétaires d'une entreprise.

C'est pratiquement le double par rapport à 2009 (5,5 %).

Chez les messieurs, 12,8 % d'entre eux étaient leur propre patron, toujours selon l'indice entrepreneurial québécois 2014.

Statistique rassurante : 15,8 % des femmes avaient l'intention de se lancer en affaires en 2015. Un pourcentage en progression constante. Une augmentation de 1,8 % entre 2014 et 2015.

Autre statistique rassurante : la moitié des femmes qui ont l'intention de se lancer en affaires entreprennent des démarches en vue de fonder leur compagnie ou de reprendre la propriété d'une entreprise existante. Pas juste des paroles en l'air. Elles passent à l'action, et ce, dans une proportion aux hommes.

À l'Université Laval, l'accélérateur d'entreprises universitaires, Entrepreneuriat Laval, compte, parmi ses membres, pratiquement autant de femmes que d'hommes.

«Cinquante-trois pour cent de gars et quatre-sept pour cent de filles», précise la coordonnatrice des opérations, Marlène Fréchette. Entrepreneuriat Laval, précisons-le, aide à la création d'une soixantaine d'entreprises par année.

Au Concours québécois en entrepreneuriat - qui s'appelle maintenant le Défi OSEntreprendre -, 1185 jeunes entreprises en prédémarrage et en démarrage s'étaient inscrites en 2015. À la tête de ces jeunes pousses, il y avait autant de garçons que de filles. Depuis quelque temps, Marie-Ève Proulx sent un vent de changement à l'École d'entrepreneurship de Beauce (EEB) où elle occupe le poste de directrice à la recherche opérationnelle.

«Dans l'une de nos cohortes du programme Émergence destiné aux jeunes entrepreneurs qui vient de se mettre en route, nous comptons 11 filles sur 27 participants. Du jamais vu à l'EEB.»

Nouveau phénomène

Ce nouveau phénomène est notable également dans les autres programmes développés par l'EEB pour les patrons - et les patronnes - d'entreprise, qu'ils ou qu'elles en soient à leurs premières armes dans le monde des affaires ou encore des dirigeants chevronnés.

«À mon avis, l'entrepreneuriat est en train de changer au Québec», affirme Marie-Ève Proulx. «Sl les femmes sont encore hésitantes à créer leur entreprise de toutes pièces, elles portent une oreille attentive lorsqu'on leur propose de prendre de la relève au sein d'une entreprise existante ou de la racheter.»

C'est notamment le cas d'Anne-Marie Demers qui, avec son frère Charles, prend graduellement les guides de l'entreprise familiale, J.M. Demers de Lévis.

Or, dans les prochaines années, les femmes qui veulent se lancer en affaires par l'entremise de l'acquisition d'une entreprise existante auront l'embarras du choix.

Selon des statistiques du gouvernement du Québec, 56 000 propriétaires de PME prendront leur retraite dans les dix prochaines années.

Des entreprises qui auront besoin de nouveaux propriétaires, il y en aura donc à la pelletée. «Des opportunités incroyables vont se présenter aux femmes ainsi qu'aux hommes, évidemment», fait remarquer Marie-Ève Proulx.

Le Centre de transfert d'entreprise du Québec a récemment créé un index pour favoriser les rencontres entre les cédants et les repreneurs d'entreprise. Trop souvent deux solitudes.

Dans cet index apparaissent les noms de 1121 personnes qui veulent acheter une entreprise existante. Le quart des repreneurs sont des femmes, signale au Soleil Audrey Azoulay, la directrice stratégie et développement pour le Centre de transfert d'entreprise du Québec.

Anne-Marie Demers: une entreprise de 63 ans sur les bras

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La directrice générale de J.M. Demers, Anne-Marie Demers

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«J'ai toujours vu mes parents travailler beaucoup trop. Plus jeune, je n'étais pas certaine que je voulais faire ça.»

Il a fallu qu'Anne-Marie Demers, 33 ans, s'expatrie pendant deux ans pour aller apprendre l'anglais pour qu'elle découvre tout le potentiel de l'entreprise fondée par son grand-père en 1953.

La diplômée en comptabilité qui, de son propre avis, n'est pas «mordue par la comptabilité», mais plutôt par la gestion de projets, est aujourd'hui directrice générale de J.M. Demers, une compagnie de Lévis spécialisée dans le domaine de l'excavation, du remblai, de l'aménagement extérieur et du déneigement. En période de pointe, J.M. Demers fait travailler 70 personnes.

Elle est propriétaire de l'entreprise à parts égales avec son frère Charles, 36 ans, et son père Marcel Demers. Les deux enfants Demers ont fait leur entrée dans l'actionnariat de la compagnie au moment de la retraite de leur mère, Lyne Carrier.

«Nos parents ne nous ont jamais poussés dans le dos pour que nous prenions leur relève. Ils nous disaient que si nous voulions faire autre chose, ils allaient tout simplement vendre l'entreprise», raconte Anne-Marie, en avouant qu'elle avait toujours eu la fibre entrepreneuriale. S'il n'y avait pas eu J.M. Demers, il y aurait sans doute eu une autre entreprise à reprendre ou à fonder.

Le transfert de la propriété de la compagnie a été un processus de cinq ans.

La famille a eu recours à un accompagnateur durant cette période. «Le côté fiscal d'un transfert, ce n'est pas compliqué. L'aspect émotionnel d'une telle opération, par contre, c'est une autre affaire. C'est pourquoi il faut prendre le temps qu'il faut, notamment pour bien établir les rôles de chacun et prévoir le transfert graduel des pouvoirs.»

Le père d'Anne-Marie et de Charles demeure actif au sein de l'entreprise. «Il aime travailler sur les chantiers. Il nous laisse beaucoup de marge de manoeuvre. Tant qu'il va vouloir continuer avec nous, nous allons le garder!»

Du confort à la croissance

Avec son frangin, Anne-Marie Demers, qui a été «entrepreneure athlète» à l'École d'entrepreneurship de Beauce, entend «brasser la cage» pour faire grossir l'entreprise familiale.

«Mes parents étaient davantage en mode confort. Nous, nous voulons imposer un virage croissance à l'entreprise.»

Même si J.M. Demers a 63 ans, rien n'assure que la compagnie résistera à une troisième génération. Rares sont les entreprises qui survivent au passage d'une génération à une autre. Elles sont encore plus rares, celles qui se tiennent encore debout trois générations plus tard.

«Ça va être notre défi», affirme la jeune femme.

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