À la défense du traversier F.-A.-Gauthier

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Selon ce qu'a appris l'ex-directeur des services maritimes de la Société des traversiers du Québec, Pierre-Paul Desgagnés, le problème du F.-A.-Gauthier concerne actuellement l'alimentation en carburant.

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(Québec) «Il est illusoire de penser qu'un navire neuf est synonyme de fiabilité.»

Pierre-Paul Desgagnés était directeur des services maritimes de la Société des traversiers du Québec (STQ) quand le projet de remplacement du Camille-Marcoux a été lancé. À ce titre, il était en charge des navires, de leur entretien, des rénovations et des nouvelles constructions. 

Pour avoir déjà intégré des traversiers neufs à la flotte de la STQ, M. Desgagnés témoigne que les bris et ajustements sont communs lors de la mise en service. «L'important, c'est de les régler», dit-il en entrevue au Soleil. Et pour cela, il faut parfois un peu plus de temps au début. «C'est normal que la première année, les connaissances ne soient pas toutes acquises par les employés de la société», tempère-t-il. 

L'ex-fonctionnaire, à la retraite depuis deux ans, n'hésite pas à revendiquer l'idée de recourir au gaz naturel liquéfié pour propulser le F.-A.-Gauthier. Il y croit encore, même si le système est inopérant depuis des mois. 

«Ce bateau-là est spécial»

«Ce bateau-là est spécial. C'est une nouvelle ère, celle du développement durable. On a voulu lancer quelque chose», expose-t-il, tout en spécifiant que la technologie est utilisée couramment en Europe, même en territoire nordique comme la Finlande. 

Selon ce que le mécanicien et administrateur a appris de la bouche d'anciens collègues, le problème est actuellement lié à l'alimentation en carburant. S'il convient que la priorité est de garder le bateau en activité, sur l'eau, M. Desgagnés estime qu'il faut concentrer ses énergies, voire s'arrêter au besoin, pour régler le problème une fois pour toutes. Car non seulement les économies de gaz à effet de serre attendues ne sont pas au rendez-vous, mais l'image de l'opérateur est ternie. 

Selon notre interlocuteur, la STQ «manque peut-être de fermeté» avec le fabricant du navire, Fincantieri, qui est responsable de la garantie. «Si ça ne se règle pas, on fait le travail de notre propre chef et on déduit ce que ça nous a coûté de la facture», martèle-t-il. «Ce n'est pas correct non plus de dire que tout est normal.» 

M. Desgagnés a quitté la société d'État quelques mois seulement après le début de la construction du F.-A.-Gauthier en Italie. Il ne peut donc se prononcer sur le suivi de chantier et le produit final. Cela ne l'empêche pas de sursauter quand le nouveau traversier, qui a coûté 175 millions $, est qualifié de «citron». 

L'ancien dirigeant croit que la STQ est victime du processus de consultation «poussé au maximum» mis en place avant même la conception du bateau. «Ça a créé beaucoup d'attentes chez les employés et la clientèle», analyse M. Desgagnés. 

Le vétéran compte sur la cale sèche de garantie, planifiée pour le printemps, pour dissiper les doutes. «C'est là que se règlent les problèmes. Il faut que ce soit une réussite», insiste-t-il. 

En cale sèche chez Verreault

Tout indique que cette cale sèche de garantie du F.-A,-Gauthier aura lieu chez Verreault Navigation, aux Méchins, en Gaspésie. Le président et chef des opérations, Richard Beaupré, a confirmé au Soleil que les pourparlers étaient avancés avec Fincantieri, qui cherche un sous-traitant au Québec. Seulement quelques éléments du contrat resteraient à négocier. 

L'entreprise gaspésienne a l'habitude de ce genre de chantier, où la liste des défectuosités est révisée conjointement par le propriétaire et le fabricant. Comme toute la structure est hors de l'eau, c'est aussi le moment d'une inspection de fond en comble. «Nous, on fournit le lieu et on fait les réparations nécessaires sur le bateau, mais ce n'est pas nous qui décide» des travaux à accomplir, résume M. Beaupré.

Parmi les meilleurs bateaux de passagers du monde

Le traversier F.-A.-Gauthier est cité dans le numéro de janvier du magazine spécialisé Marine Log, et ce n'est pas pour ses problèmes mécaniques. Le navire apparaît dans un palmarès mondial des neuf meilleurs bateaux de passagers mis en service en 2015. Il s'y est taillé une place, car il est le premier traversier en Amérique du Nord à être alimenté au gaz naturel liquéfié. Le court texte, qui accompagne une photo prise par le fabricant italien Fincantieri, insiste aussi sur la «manoeuvrabilité exceptionnelle» du F.-A.-Gauthier attribuée à ses hélices contrarotatives, c'est-à-dire qui tournent en sens contraire. Le magazine prédit un «futur vert» au nouveau navire affecté à la liaison... «Matane-Baie-Coreneau-Godbout»! Ah, ces noms québécois...

Un député pour faire la lumière sur les problèmes du traversier

Le ministre des Transports du Québec, Jacques Daoust, mandate son nouvel adjoint parlementaire, Ghislain Bolduc, afin qu'il étudie le dossier du traversier F.-A.-Gauthier. L'ingénieur de formation devra se rendre sur le terrain pour cerner «l'état des déficiences et voir jusqu'où ça va». 

M. Bolduc sera de la réunion planifiée avec le président de la Société des traversiers du Québec (STQ), Jocelyn Fortier, vendredi. Ce dernier avait rencontré le ministre délégué aux Affaires maritimes, Jean D'Amour, il y a quelques semaines. Les difficultés mécaniques du traversier qui relie Matane à Baie-Comeau et à Godbout étaient aussi à l'ordre du jour.  

Le ministre Daoust s'attend toutefois à ce que son nouvel homme de confiance, le député de Mégantic, sorte de son bureau. «Mon adjoint parlementaire, je veux qu'il aille de visu là-bas parce que quand on rencontre les gens sur le terrain, on obtient des informations bien différentes de celles qu'on se fait rapporter», a-t-il insisté mercredi. 

Le principal intéressé s'est dit bien préparé pour cette tâche. «Je suis ingénieur chimique de métier, mais comme je vous ai dit, j'ai fait beaucoup de projets de construction, donc j'ai beaucoup de connaissances en mécanique, en électricité, etc.», a-t-il détaillé. 

M. Bolduc se dit par exemple capable de détecter des vices de construction dans des «soudures» ou d'évaluer s'il est normal qu'un joint d'étanchéité de la porte d'embarquement flanche après six mois d'utilisation. 

Si l'ingénieur assure faire confiance aux fonctionnaires sur le plan technique, «on va s'assurer qu'on regarde les choses qui sont pertinentes au plan politique», a-t-il lancé.  

Il n'est pas encore acquis que l'adjoint parlementaire participera à la cale sèche de garantie prévue au printemps. C'est là que le constructeur italien Fincantieri fera l'inspection du navire, qui a pris la mer l'été dernier, et réparera tous les bris et défauts avant l'expiration de la garantie d'un an. 

Le ministre des Transports a répété l'importance de faire toutes les réparations aux frais de Fincantieri. Il a relativisé l'importance des 128 bris répertoriés depuis la mise en service du F.-A-Gauthier, signalant que 92 étaient mineurs, ce qui en laisse tout de même 36 majeurs. 

«Celui qui m'agace le plus, c'est qu'il est fait pour travailler en diesel ou en gaz naturel liquéfié et actuellement, il travaille en diesel. On n'a pas mis l'option GNL pour que ça ne fonctionne pas», a précisé M. Daoust. 

Un «citron», dit la CAQ

La Coalition avenir Québec (CAQ), qui qualifie le nouveau traversier de «citron», n'a pas tardé à réagir. «Je comprends que M. Bolduc a une formation d'ingénieur, mais les citoyens sont en droit de s'attendre à quelqu'un de neutre et objectif» pour se pencher sur les problèmes mécaniques du navire, a lancé Donald Martel, critique de la stratégie maritime. Cette personne pourrait venir «de l'interne ou de l'externe» de la Société des traversiers, à condition d'être compétente. 

«Il faut dépolitiser, il faut délibéraliser ce dossier-là», continue le député de Nicolet-Bécancour. 

Avec Jean-Marc Salvet

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