La transaction Rona-Lowe's en sept questions

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Le Nouvelliste, François Gervais

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(Québec) L'entreprise RONA passe entre les mains de la compagnie américaine Lowe's - une transaction de 3,2 milliards $. Les actionnaires auront à se prononcer éventuellement sur l'accord. Après avoir reçu une première offre en 2012, la vente de RONA était-elle quelque chose d'inévitable? Quels sont les avantages pour Lowe's dans cette transaction? Le professeur agrégé à la Faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval, Yan Cimon, explique les dessous de la transaction.

Q La vente de RONA était-elle quelque chose d'inévitable?

R Tout d'abord, à 3,2 milliards $, c'est mieux que le 1,8 milliard $ proposé par Lowe's en 2012. Maintenant, est-ce que c'était inévitable? Non. Une possibilité croissante? Oui, parce que c'est une chaîne qui a beaucoup de potentiel et qui a connu certains défis qui ont été très bien réglés par la direction au fil des ans. RONA a comme particularité d'avoir dans son portefeuille des magasins de formats différents, notamment. C'est quelque chose qu'on ne voit pas par exemple chez Home Depot qui, lui, a son format typique. Le fait d'avoir des magasins de petite surface ou d'envergure régionale entraîne des défis de logistique en terme de chaîne d'approvisionnement et d'entreposage. Cela fait aussi un portefeuille de magasins où ça devient parfois difficile de comparer le rendement aux pieds carrés des différents formats.

Le professeur agrégé à la Faculté des sciences... (Photothèque Le Soleil) - image 2.0

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Le professeur agrégé à la Faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval, Yan Cimon

Photothèque Le Soleil

Q Quels sont les avantages pour Lowe's dans cette transaction?

R RONA, son actif, c'est son réseau. C'est une leader dans l'industrie. Depuis 2012, Lowe's voit la valeur derrière cet actif. L'entreprise veut sans doute utiliser RONA pour déployer de façon un peu plus agressive sa stratégie canadienne. Pour le moment, elle était à l'extérieur du Québec avec un portefeuille assez limité de magasins, mais en achetant RONA, cela lui donne une envergure nationale. Si Lowe's l'avait fait par elle-même, cela aurait été beaucoup plus coûteux et long à bâtir. L'entreprise achète une proximité avec le client, mais aussi un nom.

Q Est-ce que la bannière RONA pourrait disparaître au cours des prochaines années?

R Il faudra voir... mais Lowe's n'a pas nécessairement intérêt à changer le nom. RONA est un nom qui est très cher au Québécois. C'est un nom qui évoque aussi une certaine idée de ce que l'industrie du détail québécois doit être. Dans ce sens-là, il serait peut-être mal avisé de se débarrasser du nom. Mais est-ce que cela serait surprenant de voir apparaître des magasins sous une bannière Lowe's? Non, car c'est aussi une marque forte.

Q Cette transaction est-elle une bonne nouvelle pour les Québécois?

R Pour le consommateur québécois, cela risque d'être une bonne nouvelle. Au sens où Lowe's contrôle très bien sa logistique. Lowe's a un réseau étendu et un très bon pouvoir de négociation avec ses fournisseurs. Et elle va être très efficiente. Ce n'est pas que RONA ne l'était pas, mais plus vous êtes gros, plus vous avez du pouvoir de négociation. Dans ce cas-ci, Lowe's amène quelque chose d'intéressant pour les clients de RONA. Pour les actionnaires de RONA, c'est quelque chose d'intéressant. Ils vont avoir une prime intéressante sur l'action par rapport à son cours en bourse (24 $ - 11,77 $ mardi).

Q Devons-nous nous inquiéter de l'achat de RONA par une entreprise américaine?

R Jusqu'ici, nous n'avons pas d'indice qui permette de s'inquiéter, sauf qu'il y a des zones grises. Quelle va être la politique d'approvisionnement auprès des joueurs québécois? On se rappellera que lorsqu'il y a eu l'acquisition de Provigo par Loblaws, ce dernier s'était engagé à maintenir pendant un certain temps le volume d'affaires des fournisseurs québécois. Est-ce que Lowe's va aller jusque-là? Ensuite, c'est évident que Lowe's ne va peut-être pas bouger immédiatement pour faire une restructuration de RONA, mais c'est clair qu'elle va y penser afin de trouver une manière de faire pour que l'entreprise soit compatible avec ses processus. Quels seront les impacts?

Q 3,2 milliards $, est-ce que c'est chèrement payé pour RONA?

R Si on regarde la prime payée pour les actionnaires, cela a l'air honnête comme transaction. En 2012, avec une offre de 1,8 milliard $, on sentait que ce n'était pas suffisant. Si on regarde le contexte de l'offre, ce n'est pas une offre hostile, ce n'est pas requin américain qui vient s'ajouter sur un actif québécois. Cela semble être fait de façon plus douce que par le passé.

Q La faiblesse du dollar canadien a-t-elle eu un impact dans la transaction?

R Pour Lowe's, c'est une bonne nouvelle que notre devise soit plus faible, car cela lui coûte moins cher pour acheter RONA. C'est un facteur de plus qui contribue à faire de cette transaction une transaction intéressante.

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