Rapport de HEC sur la productivité au Québec: «lent déclin» du niveau de vie

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Au Québec, les dépenses en éducation par habitant de moins de 30 ans sont plus faibles que partout ailleurs au pays, selon le rapport de HEC.

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(Québec) Il n'existe pas de véritable politique de développement économique au Québec. C'est la conclusion du rapport Productivité et prospérité au Québec 2015 de HEC Montréal, qui a élargi son champ de recherche cette année afin de comprendre la baisse systématique de la productivité dans la province ces 30 dernières années.

«Au Québec, nous sommes dans un lent déclin de notre niveau de vie parce que notre productivité s'accroît moins vite que dans le reste du Canada. Quand on parle de productivité, on ne parle pas de travailler plus, on parle d'avoir de meilleurs outils et des gens mieux formés», explique Robert Gagné, directeur du Centre sur la productivité et la prospérité et éminent professeur de HEC. 

Le rapport qu'il cosigne est cinglant envers les mesures gouvernementales actuelles liées au développement économique. «Pour que les entreprises innovent et fassent preuve d'audace, le gouvernement doit en faire tout autant», dénonce M. Gagné. Depuis des décennies, des esquisses de solutions sont évoquées au gré des changements de gouvernements, explique-t-il, sans jamais qu'une réelle politique soit mise de l'avant.

Or, la solution au problème de performances des entreprises québécoises, selon le rapport de HEC Montréal, passe par deux grands piliers : la mise en place d'un environnement économique propice à l'innovation et des investissements en éducation. 

«Présentement, au Québec, on surtaxe l'ensemble des entreprises pour en sursubventionner une minorité. On dépense des milliards annuellement là-dedans et ça ne fonctionne pas», dénonce d'emblée Robert Gagné.

Exit la taxe sur la masse salariale

D'abord, la taxe sur la masse salariale des entreprises doit sauter, plaide le chercheur. «C'est vraiment cette taxe qui fait que le fardeau fiscal des entreprises québécoises n'est pas compétitif par rapport au reste du pays. On veut que les entreprises créent des emplois, mais s'ils le font, on les taxe encore plus, même si le chiffre d'affaires n'augmente pas. Ça n'a aucun sens.»

Son abolition ferait perdre des revenus au gouvernement, mais selon Robert Gagné, l'argent est facilement récupérable en coupant dans les subventions et, surtout, les crédits d'impôt. «Il ne faut pas arrêter de subventionner, mais il faut mieux choisir nos outils et être plus sélectif dans les secteurs que l'on aide. On n'a pas les moyens d'offrir des soins palliatifs à une entreprise qui va mourir.»

En ciblant mieux les entreprises à aider, le gouvernement pourrait ensuite leur simplifier l'accès aux subventions. «Les dirigeants d'une PME n'ont pas le temps de s'occuper de toute la paperasse pour avoir accès à une multitude de crédits d'impôt. Ils sont obligés de faire affaire avec des consultants, qui les chargent conséquemment.»

Pour favoriser l'entrepreneuriat, le gouvernement dédouble régulièrement des mesures déjà en place, souligne par ailleurs le professeur de HEC. «Ce sont plusieurs dizaines de programmes, des centaines d'organismes. Il ne faut pas juste faire le ménage, il faut carrément repartir de zéro.»

L'éducation négligée

L'année 2015 marquait la première année où le Centre sur la productivité et la prospérité s'intéressait à l'éducation dans son rapport annuel. «On n'était jamais allés voir parce qu'on se disait qu'au Québec, la santé et l'éducation avaient toujours été la priorité. On s'est rendu compte que dans le cas de l'éducation, c'est de la foutaise.»

Les dépenses en éducation par habitant de moins de 30 ans sont plus faibles que partout ailleurs au pays, selon le rapport de HEC. «Quand une société devient moins riche, comme c'est le cas au Québec, on ne devrait pas investir moins en éducation, on devrait investir plus. Il n'existe pas d'investissement plus rentable que l'éducation.»

Ce manque à gagner ne doit pas être confondu avec le débat sur les frais de scolarité, prévient Robert Gagné. «Peu importe comment on se partage la facture, elle doit être augmentée.»

Pour ce faire, son groupe propose deux solutions. D'une part, mettre en place une maternelle gratuite, non obligatoire, pour tous les enfants de quatre ans. D'autre part, revoir le deuxième cycle du secondaire de manière à ce que des élèves soient dirigés vers des diplômes d'études professionnelles à même le cheminement régulier. «Ceux qui ne sont pas faits pour poursuivre des études postsecondaires ne devraient pas avoir à aller étudier dans une autre école avec des adultes pour se former.»

Des constats qui s'appliquent aussi à Québec

Bien qu'il n'a eu le temps que de survoler le rapport du Centre sur la productivité et la prospérité, le président de la chambre de commerce de Québec, Alain Aubut, constatait que les grands constats énoncés s'appliquent à la région de Québec. «Cela vient seulement appuyer notre perception.»

Si M. Aubut est d'accord que les ressources humaines doivent être majorées grâce à l'éducation, il souhaite, par ailleurs, que le gouvernement soit plus sélectif dans le choix des entreprises internationales qu'il attire. «Il ne faut pas que ce soit dans des secteurs où on manque déjà de main-d'oeuvre qualifiée.» 

Quant aux politiques économiques qui changent selon le gouvernement en place, Alain Aubut va plus loin que Robert Gagné. Il propose la création d'une agence à part entière attitrée au développement économique, plutôt que cette responsabilité soit confiée à un ministère. «Quelque chose comme la Caisse de dépôt, indépendant des changements de gouvernement.»

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