Le retour de l'Iran pourrait faire baisser le prix du pétrole

L'Iran prévoit inonder le marché de quelque 500... (AP, Vahid Salemi)

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L'Iran prévoit inonder le marché de quelque 500 000 barils par jour supplémentaires dès les sanctions levées, pour atteindre 1 million de barils d'ici la fin de 2016.

AP, Vahid Salemi

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Juliette Rabat
Agence France-Presse
Londres

Le retour de l'Iran sur le marché pétrolier, à la faveur de la levée des sanctions occidentales pesant sur le pays depuis 2012, risque de compromettre davantage la reprise de cours au plus bas en douze ans, même si les analystes ne s'attendent pas à un choc massif.

L'accord conclu en juillet 2015 entre Téhéran et les grandes puissances, officiellement entré en vigueur samedi, vise à limiter le programme nucléaire controversé de l'Iran, en échange d'une levée progressive et contrôlée des sanctions internationales frappant le pays, notamment en ce qui concerne ses exportations d'or noir.

Mais même si les sanctions pesant sur Téhéran seront assouplies progressivement et qu'il lui faudra sans doute du temps pour retrouver pleinement ses capacités de production, le retour des exportations iraniennes de brut n'est guère de bon augure pour un marché qui croule déjà sous l'excès d'offre.

D'autant que l'Iran n'a eu de cesse de répéter ces derniers mois qu'il n'était prêt à faire aucune concession sur ses niveaux de production une fois l'accord sur le nucléaire entré en application, prévoyant d'inonder le marché de quelque 500 000 barils par jour supplémentaires dès les sanctions levées, pour atteindre 1 million de barils d'ici la fin de 2016.

Des prévisions qui, de l'avis de plusieurs analystes, paraissent tout à fait crédibles, alors que le pays, qui pompe actuellement près de 3 millions de barils par jour, en produisait quelque 4 millions avant la mise en place des sanctions occidentales.

«Je pense que l'Iran pourra facilement augmenter sa production de pétrole jusqu'à 500 000 barils par jour au début, mais toute la question est de savoir s'il sera en mesure de vendre sa production additionnelle», a commenté pour l'AFP Fawad Razaqzada, analyste chez Forex.com.

Installations pétrolières en mauvais état

D'autres observateurs mettaient par ailleurs en avant le mauvais état des installations pétrolières du pays, ajoutant un facteur d'incertitude supplémentaire quant au rythme auquel l'Iran sera en mesure de revenir sur le marché pétrolier.

«L'appareil productif a beaucoup vieilli du fait des sanctions. Il y a un besoin important de le renouveler et, donc, d'attirer les investissements étrangers», a déclaré à l'AFP Christopher Dembik, analyste chez Saxo Banque.

Aussi, selon ce dernier, la capacité de l'Iran à exporter davantage dépendra étroitement de son aptitude à attirer les investissements étrangers et à les orienter vers l'industrie pétrolière alors que Téhéran s'est engagé, depuis la signature de l'accord sur le nucléaire, dans une opération de charme à destination des industriels étrangers.

Pas de «réaction massive» du marché 

Reste que le marché, même s'il ne connaît pas encore l'ampleur exacte que prendront les exportations iraniennes, les a déjà en grande partie intégrées aux prix du brut, qui ont chuté de plus de 30 % en 2015 et de près de 20 % supplémentaires depuis le début de l'année, sur fond d'offre excédentaire.

«Si l'objectif de l'Iran est atteint, cela ne changera pas fondamentalement la donne du marché pétrolier. Cela aboutira bien sûr à un excès d'offre plus important mais ce ne sera pas un élément décisif dans l'évolution des cours du baril cette année», a observé M. Dembik.

Ainsi, pour les analystes de Commerzbank, même si l'annonce officielle de la mise en place de l'accord sur le nucléaire risque d'exercer une pression à la baisse sur les cours du pétrole à court terme, «sur la seule base de l'effet psychologique», le marché y est largement préparé.

D'autant, ont-ils noté, que l'Iran pourrait en réalité se résoudre à une augmentation progressive de sa production pour limiter la pression sur les prix, comme l'a laissé entendre récemment le président de la National Iranian Oil Compagny (NIOC).

«Nous n'allons probablement pas assister à une réaction massive» du marché, a abondé M. Razaqzada, selon lequel le plein impact du retour de l'Iran pourrait se faire sentir quand les investisseurs sauront quelle quantité de pétrole le pays va effectivement produire et ce que sera la réponse de ses concurrents, notamment au sein de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), dont Téhéran était le deuxième plus gros producteur avant 2012.

«Est-ce que l'Opep répondra à cette offre supplémentaire en réduisant sa production? J'ai de sérieux doutes à ce sujet, surtout étant donné les tensions croissantes entre l'Iran et l'Arabie saoudite», poids lourd du cartel, a commenté l'analyste.

De fait, la plupart des observateurs estimaient que l'escalade récente des tensions entre Ryad et Téhéran risquait de compromettre davantage les chances de voir les pays membres du cartel s'accorder pour réduire leur production alors que l'Arabie saoudite, qui contribue à hauteur de 10,4 millions de barils par jour (mbj) à l'offre mondiale de brut, est plus déterminée que jamais à ne concéder aucun terrain à son rival.

«L'Iran devra vendre son pétrole moins cher afin d'attirer de nouveaux clients et cela pourrait donner le coup d'envoi à une nouvelle guerre des prix avec les autres membres de l'Opep», a conclu M. Razaqzada.

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