Le pire creux en 12 ans pour le huard

Pour la deuxième fois cette semaine, les Bourses... (AP, Richard Drew)

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Pour la deuxième fois cette semaine, les Bourses chinoises ont dû interrompre leur séance après une chute de 7 %. Cette interruption a eu des échos sur les marchés mondiaux, dont Wall Street.

AP, Richard Drew

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(Québec) En chute depuis trois ans, le dollar canadien a atteint un creux jamais vu en 12 ans. Jeudi, la monnaie canadienne se négociait à 70,94 ¢US, en baisse de 0,08 ¢US. Quel est l'effet de cette diminution sur l'économie québécoise? Qui sont les gagnants et les perdants de cette glissade du huard? L'ancien ministre libéral du Développement économique, aujourd'hui économiste en chef d'Industrielle Alliance, Clément Gignac, l'économiste senior chez Desjardins Hendrix Vachon et le directeur de DPME International, Yanick Godbout, font le point sur la situation.

Prévision

Pour Clément Gignac, une baisse aussi rapide du dollar canadien en trois ans est «du jamais-vu en 50 ans d'histoire». Selon l'économiste en chef d'Industrielle Alliance, cette chute pourrait toutefois prendre fin dans un avenir assez rapproché. On pourrait même voir le huard reprendre son envol vers la fin de l'année 2016 autour de «75-76 ¢».

«Je suis porté à penser que nous sommes près du creux», souligne-t-il. «Si vous prenez la valeur d'équilibre du dollar canadien, on estime qu'elle est autour de 83-85 ¢ alors qu'elle était à 78 ¢ lorsque le dollar canadien était à 62-64 ¢ en 2002-2003. À 70 ¢, vous êtes 13-14 ¢ en dessous de sa valeur à long terme comme c'était le cas à l'époque. Sauf que là, nous avons un bien meilleur bilan. C'est pour cette raison qu'on pense que le potentiel de diminuer est limité.»

Et pourquoi une telle baisse en trois ans? «Le Canada est un exportateur de pétrole, alors nous sommes directement affectés par la baisse du prix du baril, répond Clément Gignac. Le secteur pétrolier, c'est pas loin de 6 % de l'économie canadienne. C'est environ le tiers des dépenses d'investissement des entreprises. En Alberta, cela représente les deux tiers. Ce n'est pas pour rien que l'Alberta est plus en récession. Pour le Canada, on parle plutôt de stagnation et non de récession».

L'économiste ajoute comme autre facteur qui joue dans l'équation de la baisse du huard, les «hausses probables de taux» chez nos voisins du sud. «Le Canada ne les suivra pas. Cela vient affecter en arrière-plan le dollar canadien. [...] Si le dollar baisse, c'est parce que le prix des matières premières baisse. Cela veut dire que l'économie canadienne est plus faible. Donc, nous n'avons pas à craindre [en 2016] des hausses importantes des taux d'intérêt», ajoute-t-il. 

Selon l'économiste senior chez Desjardins Hendrix Vachon, à court terme, si le prix du baril de pétrole continue de diminuer, le dollar canadien devrait aussi continuer sa glissade pour passer quelque peu sous la barre des 70 ¢, estime-t-il, rappelant que la monnaie canadienne a déjà flirté avec les 60 ¢US au début des années 2000. Si tout va bien, il affirme qu'il va falloir attendre jusqu'à la deuxième moitié de l'année avant de voir le huard grimpé de nouveau. 

«Le gros de la baisse du dollar se produit depuis l'automne 2014, lorsque le pétrole a commencé à chuter drastiquement», rappelle-t-il. Entre l'été 2014 et janvier 2016, le prix du baril de pétrole (WTI) est passé d'environ «100 $ à 33 $». «On vend notre pétrole moins cher, donc moins de revenus», stipule Hendrix Vachon. 

Selon l'économiste, le dollar canadien devrait terminer l'année aux alentours de 75 ¢US, grâce notamment «à une hausse du prix du pétrole». 

Entreprises et touristes

Pour le Québec et l'Ontario, la baisse du dollar canadien est généralement une bonne nouvelle pour les entreprises. «Au niveau du pétrole, nous n'en exportons pas. Donc, le fait qu'il coûte moins cher, ce n'est pas un problème pour nous, même que c'est un avantage, car nous sommes importateurs», affirme Hendrix Vachon. «Au Québec et en Ontario, il y a beaucoup d'industries manufacturières qui exportent leurs produits, dont la situation est positive en général.»

Bien que le marché est actuellement attrayant pour les compagnies québécoises, celles-ci se montrent jusqu'à présent très timides, ajoute pour sa part Yanick Godbout. «C'est très positif comme situation, toutefois, nous n'avons pas encore atteint le niveau d'exportation du début des années 2000. La reprise de l'exportation est actuellement plus faible que ce qu'elle devrait être. On sent les entreprises passives. Comme si elles attendaient que les clients américains se retournent vers elles.»

Au cours des deux dernières années, à la grandeur du Québec, le marché des exportations à augmenter d'environ «12 %» par année. Ce qui signifie plus d'argent dans le portefeuille des compagnies. «Mais il faut aussi continuer d'investir dans ses installations pour demeurer efficace», prévient Yanick Godbout. «Le marché ne sera pas facile tout le temps...»

Pour les entreprises qui importent des produits, la situation est certes plus difficile, car ils doivent payer plus cher leurs marchandises.

Du côté de l'industrie touristique, la faiblesse du dollar canadien devrait entraîner une augmentation du nombre de visiteurs dans la capitale en 2016. «Les destinations canadiennes et québécoises sont nettement moins chères que par le passé. On se souvient que lorsqu'on était à parité [avec le dollar américain], nous avions de moins en moins d'Américains dans le Vieux-Québec», conclut Clément Gignac.

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Stephen Poloz

Poloz prêche pour la patience

La Banque du Canada prêche la patience devant les troubles économiques provoqués par la faiblesse des prix du pétrole.

Dans un discours livré jeudi, le gouverneur de la banque centrale, Stephen Poloz, a déclaré que même si certaines mesures pouvaient adoucir l'effet de la chute des prix du pétrole, il n'y avait pas de mesure simple à prendre pour corriger le problème. «Les forces mises en branle doivent simplement se dissiper d'elles-mêmes», a offert M. Poloz dans son allocution à l'hôtel de ville d'Ottawa.

«Le processus d'ajustement économique peut être difficile et douloureux pour les individus, et il y a des politiques qui peuvent adoucir ces impacts. Mais au bout du compte, l'ajustement économique doit se faire», a-t-il expliqué.

Puisque les prix du pétrole devraient rester faibles pendant un bon moment, M. Poloz croit que la faiblesse du huard va perdurer le temps que le pays, un exportateur de brut, s'ajuste à cette nouvelle réalité. «Ce n'est pas une coïncidence si le dollar canadien est au même niveau qu'en 2003 et 2004 - le prix du pétrole est aussi au même niveau qu'à cette époque», a souligné M. Poloz.

Le prix du pétrole, lui, a plongé cette semaine sous la barre des 34 $US le baril, son plus faible cours depuis 2008. M. Poloz a rappelé que le baril s'échangeait à environ 25 $US en 2002.

Depuis la mi-2014 - lorsque les cours du pétrole ont commencé à dégringoler - le pays a perdu plus de 50 milliards $ en revenu national, a calculé M. Poloz, soit quelque 1500 $ pour chaque Canadien, tel que déterminé par les termes de l'échange.

Cependant, les données économiques du pays témoignent de certains signes de reprise, a-t-il poursuivi. Ceux-ci comprennent des hausses de l'emploi et des investissements dans les secteurs hors ressources.

M. Poloz a affirmé que s'ajuster à de tels chocs prenait du temps - habituellement trois à cinq ans.  La Presse Canadienne

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