Les patrons vieillissent, la relève s'impatiente

Depuis le 3 mars, les trois frères Potvin... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Depuis le 3 mars, les trois frères Potvin sont les nouveaux propriétaires d'Équipements E.M.U. une entreprise fondée en 1983 par leur paternel Réjean Potvin et un associé Claude L'Héreault. De gauche à droite: Marc, Dave et Nicolas Potvin.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) «Pour mon père et ses frères, prendre des vacances, ça voulait dire se présenter à l'usine en culottes courtes et finir la journée de travail à 16h!» relate Dave Potvin.

Pour Réjean Potvin, Équipements E.M.U. - l'entreprise qu'il a mise au monde en 1983 avec Claude L'Héreault -, c'est l'oeuvre de sa vie. Sa passion.

Facile de comprendre pourquoi il a eu du mal à lâcher prise quand ses fils Nicolas, Dave et Marc l'ont approché, en 2008, pour faire l'acquisition de l'entreprise familiale spécialisée dans les solutions d'entreposage qui, dans les faits, aide les manufacturiers à grandir par l'intérieur.

Le paternel et ses fistons avaient signé une première entente de transfert de propriété en 2011. L'accord n'avait pas fait long feu. Les fils jugeaient que la délégation des pouvoirs d'une génération à l'autre ne se faisait pas suffisamment rapidement à leur goût.

Les deux parties, accompagnées respectivement par des conseillers, avaient repris les discussions en 2012.

Finalement, le 3 mars 2015, Nicolas, Dave et Marc devenaient propriétaires à parts égales d'Équipements E.M.U. (pour Espace Mieux Utilisé) qui compte aujourd'hui 70 employés dans le parc industriel Armand-Viau.

«Pour nous, c'est une belle réussite, témoigne Dave Potvin. Mes frères et moi travaillons d'arrache-pied pour faire progresser l'entreprise. Notre père continue d'être actif au sein de la compagnie. Et à Noël, nous serons tous ensemble!»

Départs massifs à la retraite

Des cas semblables à celui d'Équipements E.M.U., le Québec en compte par milliers.

«Selon des statistiques, 56 000 propriétaires de PME prendront leur retraite d'ici les 10 prochaines années», signale le ministre délégué aux Petites et moyennes entreprises, à l'Allègement réglementaire et au Développement économique régional, Jean-Denis Girard. «On le sait, le Québec vieillit. Et il vieillit plus vite que partout ailleurs au Canada.»

Le ministre voit un gros nuage noir au-dessus de la tête de l'économie québécoise.

«La pérennité de nos PME est menacée. Si nous voulons conserver tous les emplois créés par les petites et moyennes entreprises québécoises - elles sont à l'origine, rappelons-le, de 7 des 10 nouveaux emplois qui voient le jour au Québec - et éviter des déménagements ou des fermetures, nous devons faciliter le transfert de propriété des entreprises.»

Pour y arriver, le ministre des Finances, Carlos Leitão, annonçait, dans son dernier budget, un allègement fiscal (51 millions $ sur cinq ans) pour faciliter l'acquisition d'une entreprise par les enfants de son propriétaire.

Qui vend et qui veut acheter?

Lundi, le gouvernement y allait d'une autre mesure : la création du Centre de transfert d'entreprise du Québec (CTEQ).

Des CTEQ, il y en avait déjà dans neuf régions au Québec, dont celles de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches. Dans le décor, il y a aussi un autre acteur dans le marché : le Groupe Coop Relève, un organisme créé par le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité.

Mis sur pied pour éviter une multiplication des structures et l'éparpillement des ressources, le CTEQ réunit sous une même entité la gouvernance des centres de transfert d'entreprise et du Groupe Coop Relève, ce qui permettra d'offrir un panier de services complet et uniforme dans toutes les régions.

Sa mission sera d'accompagner les propriétaires de PME et les acquéreurs dans leurs démarches de transmission et de reprise d'entreprise. «Le tout sous le signe de la neutralité, de la transparence et surtout de la confidentialité», a fait valoir le directeur général du CTEQ, Vincent Lecorne.

Pour faciliter le jumelage entre les propriétaires de PME et les repreneurs potentiels, une plateforme numérique a été développée pour identifier les occasions d'affaires sur l'ensemble du territoire québécois. Cet index permettra aux patrons de PME d'annoncer leur intention de vendre leur entreprise et à des entrepreneurs de signaler leur désir d'en acquérir une.

Le ministre Jean-Denis Girard a tenu à rappeler que les propriétaires de PME consacraient trop peu de temps à préparer leur relève. «Un dirigeant d'entreprise va prendre 30 ans pour bâtir son entreprise, mais il ne va investir que 30 jours pour préparer son transfert.»

Selon Vincent Lecorne, il faut compter de deux à huit ans pour compléter un processus de transfert d'une entreprise.

«La vente d'une entreprise, c'est bien plus qu'une simple transaction entre un vendeur et un acheteur», témoigne Dave Potvin qui n'insistera jamais suffisamment sur l'importance d'un accompagnement personnalisé pour les membres des deux parties. «Surtout si elle implique les membres d'une même famille. Beaucoup plus que les dollars, les avocasseries ou les questions fiscales, c'est l'aspect humain qui entre en jeu. Les émotions sont à fleur de peau.»

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