Vaste offensive en Chine contre les militants défendant les droits des travailleurs

Par peur de voir émerger un mouvement ouvrier... (AFP, Greg Baker)

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Par peur de voir émerger un mouvement ouvrier indépendant, le Parti communiste chinois n'autorise qu'un syndicat unique officiel.

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Julien Girault
Agence France-Presse
Pékin

La police chinoise a arrêté au moins trois éminents militants des droits des travailleurs, dans le cadre d'une campagne répressive menée dans le sud du pays, où l'interdiction de toute activité syndicale indépendante et le ralentissement économique exacerbent les tensions sociales.

Zeng Feiyang, directeur d'un centre d'aide aux travailleurs migrants, et Zhu Xiaomei, une activiste de longue date, ont été déclarés vendredi en état d'arrestation par la police de Canton, a indiqué China Labour Bulletin, une ONG basée à Hong Kong.

Ces deux figures reconnues se battent activement pour aider des ouvriers -notamment des migrants venus des zones rurales- à obtenir de leurs employeurs le versement de salaires impayés, de primes ou cotisations sociales garanties par le droit chinois.

Syndicat unique officiel

Par peur de voir émerger un mouvement ouvrier indépendant, le Parti communiste chinois n'autorise qu'un syndicat unique officiel et ses émanations, que les autorités contrôlent très étroitement et qui se range quasi-exclusivement du côté des dirigeants d'entreprise.

M. Zeng et Mme Zhu sont accusés d'avoir «rassemblé des foules» illégalement et d'avoir «perturbé l'ordre social», précisait l'ONG chinoise Weiquanwang (Rights Defense Network), un chef d'accusation passible de trois à sept ans de prison et souvent invoqué contre des manifestants critiques du régime.

Weiquanwang confirmait également l'arrestation de He Xiaobo, responsable d'une association (Nanfeiyan) aidant les victimes de blessures professionnelles à Foshan (sud), non loin de Canton.

Il a été accusé de «détournement (de fonds) dans le cadre de ses fonctions», rapportait le magazine chinois Caijing, dans un article posté dimanche en ligne mais rapidement censuré.

En fait, la province méridionale du Guangdong, dont Canton est la capitale, est le cadre ces derniers jours d'une vaste offensive contre les activistes défendant les droits des travailleurs.

Une quinzaine d'entre eux ont été interpellés jeudi par la police, selon Caijing et une ONG. Si certains ont été libérés après quelques heures d'interrogatoire, le sort de plusieurs autres restait incertain.

Contacté dimanche par l'AFP sur son téléphone portable, Chen Huihai, avocat animant un réseau de soutien juridique aux travailleurs, a confirmé avoir été emmené par les forces de l'ordre mais s'est refusé à tout autre commentaire, expliquant qu'«il restait sous contrôle judiciaire».

Avec des objectifs affichés d'intimidation, «cette campagne d'arrestations dans le Guangdong est d'une ampleur sans précédent, c'est un signal extrêmement inquiétant», a indiqué à l'AFP Geoffrey Crothall, porte-parole de China Labour Bulletin.

C'est un net durcissement des autorités, même si les pressions s'accroissaient déjà depuis un an. En décembre 2014, M. Zeng avait été passé à tabac par quatre hommes dont l'identité n'avait pu être établie, rappelait Weiquanwang.

Montée des conflits sociaux 

Le Guangdong, province surnommée «l'atelier du monde», est le principal foyer de la production manufacturière chinoise -du textile aux smartphones, des pièces mécaniques à l'électroménager.

Or, confrontées au vif ralentissement de l'économie chinoise, «les usines ferment ou sont relocalisées ailleurs», comme en Asie du sud-est où les coûts du travail sont moins élevés, «et les ouvriers sont laissés sur la touche, avec des mois de salaires impayés, sans aucune indemnité», explique China Labour Bulletin.

Les débrayages ont plus que triplé en trois ans en Chine pour atteindre 1379 grèves l'an dernier. Dans le Guangdong, la tendance s'accélère encore : l'ONG y a recensé en novembre 56 épisodes de grèves et de manifestations, contre 23 en juillet.

Zhu Xiaomei s'était notamment distinguée au printemps en aidant les milliers de salariés de l'usine de chaussures Lide, dans la ville de Panyu, à organiser une grève géante pour réclamer leurs rémunérations.

Si, la plupart du temps, le syndicat officiel n'intervient pas, les milieux associatifs au contraire jouent un rôle décisif pour aider les employés à négocier collectivement avec leurs patrons et trouver une solution.

«Du coup, les autorités ne vont résoudre aucun problème en mettant les militants en prison. Cela ne servira qu'à aggraver la détresse et le mécontentement des travailleurs et à intensifier les tensions sociales», a insisté M. Crothall.

Depuis l'arrivée à la tête de l'Etat-Parti chinois du président Xi Jinping, Pékin durcit sa répression des voix critiques émanant de la société civile -juristes, militants et universitaires-. Plusieurs dizaines d'avocats défenseurs des droits de l'Homme avaient été arrêtés en juillet dernier à travers tout le pays.

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