Martine Péloquin, première femme à la tête d'une raffinerie

Depuis son arrivée chez Valero, en 1989, Martine... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Depuis son arrivée chez Valero, en 1989, Martine Péloquin a gravi tous les échelons pour se retrouver au sommet de l'organisation, à titre de vice-présidente et directrice générale de la raffinerie lévisienne.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Martine Péloquin est la seule femme à la tête d'une raffinerie en Amérique du Nord. Entrée chez Valero, à Lévis, en 1989, cette ingénieure chimiste de formation a cheminé dans l'entreprise pour devenir, il y a trois ans, vice-présidente et directrice générale. Rencontre avec une femme qui carbure à la fierté de voir sa compagnie briller parmi les meilleures de son secteur.

D'aussi loin qu'elle remonte en arrière, Martine Péloquin a toujours été attirée par la chimie, l'agencement des atomes et des molécules, la façon dont les composés réagissent entre eux. «Le tableau périodique, je le connaissais par coeur.» Aujourd'hui, elle ne jongle plus avec le poids atomique du carbone ou du palladium, mais avec la gestion, beaucoup plus complexe, d'une raffinerie.

Avec ses 480 employés permanents, ses quelque 250 contractuels et sa capacité de raffinage de 265 000 barils par jour, Valero constitue un moteur économique important pour la région de la capitale. L'usine est une filiale de Valero Energy Corporation, le plus important raffineur indépendant au monde, avec des activités aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni.

À l'heure de choix énergétiques importants, au sein d'un secteur en mouvance, où la sécurité et l'approvisionnement sont des soucis de tous les instants, la vice-présidente et directrice générale est confrontée à des défis majeurs. Ça tombe bien, elle se dit capable d'en prendre.

«Je supporte très bien le stress. Je suis une personne de nature calme, capable de gérer plusieurs dossiers en même temps», mentionne la haute dirigeante de 52 ans, en entrevue au Soleil, au centre administratif de la compagnie, sur le chemin des Îles. Par la fenêtre, les installations se déploient, enchevêtrement de tuyaux, de cheminées et de réservoirs, source de fierté pour les uns, de danger potentiel pour les autres. La patronne de Valero a choisi résolument d'être dans le premier camp.

Arrivée à l'âge de quatre ans à Québec, Martine Péloquin est diplômée en génie chimique de l'Université Laval en 1989. Elle travaille trois ans chez Petro-Canada, à Montréal, avant d'être recrutée par un chasseur de têtes pour occuper le poste d'ingénieur de procédé chez Ultramar, à Lévis. «Entre ma troisième et ma quatrième année universitaire, j'avais fait un stage à la raffinerie. Ça m'avait passionnée. C'est là que j'ai attrapé la piqûre. Je n'ai jamais regretté mon choix de carrière.»

Opération d'envergure

La grande timonière de Valero, mère de trois enfants de 17 à 20 ans, doit veiller à tous les aspects techniques de l'entreprise, dont le plus important demeure l'inspection de fond en comble des installations, le shutdown, une opération qui se déroule tous les cinq ans et qui réclame beaucoup de main-d'oeuvre.

«Ce sont des travaux d'entretien majeurs. Il faut arrêter complètement la production pendant 60 jours, pour s'assurer de l'intégrité des installations et procéder à leur nettoyage. On n'a pas le choix. Quand ça arrive, la famille sait qu'elle ne me verra pas pendant deux mois. On est tout le temps au bureau. C'est très exigeant pour tout le monde.»

L'opération a évidemment des répercussions financières pour Valero, environ 150 millions $. Qui plus est, la compagnie doit s'assurer de pouvoir compter sur des employés spécialisés en nombre suffisant. Les chaudronniers et tuyauteurs sont alors une main-d'oeuvre très recherchée, d'où l'importance que le shutdown ne se déroule pas simultanément avec celui de l'autre raffinerie québécoise, Suncor, à Montréal.

«En 2013, année du dernier arrêt, on est monté jusqu'à 2000 employés. Nous n'avons pu obtenir tous les employés nécessaires, alors il a fallu faire un arrêt de plus petite envergure l'année suivante.»

Même si la prochaine fermeture aura lieu en 2018, Martine Péloquin est déjà à préparer le plan de match. «Il se pourrait qu'on arrête à la fin 2017. On commence à se préparer.»

L'enjeu de la sécurité

La sécurité dans une raffinerie de pétrole, matière inflammable par excellence, n'a rien à voir, on s'en doute, avec celle qui existe dans une usine d'eau embouteillée. Martine Péloquin en sait quelque chose, elle qui a vécu «la soirée la plus intense de sa carrière» en février 2010, alors qu'un incendie s'est déclaré dans une unité de craquage analytique.

«C'était majeur. Le feu a pris un certain temps avant d'être maîtrisé. ll n'y a pas eu de blessés, on a réussi à bien gérer la situation», rappelle-t-elle, à propos de ce sinistre, survenu à 2h du matin, qui avait causé des dommages de 70 millions $ et forcé la fermeture d'une partie de l'usine pendant deux mois.

«Le plus grand risque, c'est évidemment la propagation du feu. Qu'on le veuille ou pas, on est dans un milieu où il y a du pétrole. Et quand il y a un feu, on n'aime pas ça. On connaît les risques et on prend les moyens pour les minimiser.»

Pannes d'électricité

Il n'y a pas que le feu qui soit un ennemi, il y a aussi les pannes d'électricité.

En juillet, lors du samedi soir orageux qui avait provoqué l'annulation du spectacle des Foo Fighters, sur les Plaines, de l'autre côté du fleuve, chez Valero, Mme Péloquin et ses collaborateurs passaient une très mauvaise soirée.

Ce soir-là, la foudre s'était abattue sur un transformateur d'Hydro-Québec, mettant «à terre» toutes les installations de la raffinerie. Les installations étaient alors uniquement alimentées par les génératrices d'urgence. La symbolique torchère de Valero avait évacué le surplus de gaz avec une intensité rarement vue.

«La reprise [des activités] ne se fait pas en appuyant sur un bouton. Ça prend du monde pour ordonner une séquence de redémarrage de toutes les unités. Ça peut nécessiter jusqu'à quatre ou cinq jours. [...] C'est très rare. Une chance que ce n'est pas arrivé en hiver, ç'aurait été très problématique. Les conduites auraient pu fissurer sous l'effet du gel.»

Un conseil majoritairement féminin

Valero se démarque non seulement parmi les raffineries nord-américaines en ayant une femme à sa tête, mais aussi par son comité de direction, majoritairement féminin. Sur ses sept membres, cinq sont des femmes. «Aux États-Unis, ce n'est pas ce qu'on voit. On reste surpris, ce n'est pas standard, disons, avoue Mme Péloquin. Ailleurs, c'est uniquement un milieu d'hommes. Je ne sais pas pourquoi c'est comme ça. Sans doute parce qu'on a beaucoup d'ingénieures à la raffinerie et qu'elles sont appelées à monter dans l'organisation.»

Tout feu tout flamme

À l'image de la flamme olympique, allumée en permanence pendant les Jeux olympiques, la torchère de Valero, visible des kilomètres à la ronde, doit être en fonction à longueur d'année. Le jour où la flamme cessera d'éclairer le ciel lévisien sera synonyme de péril en la demeure. «C'est une soupape de sécurité qui permet d'évacuer la pression et de protéger nos équipements. En principe, on tente de minimiser la flamme, mais il faut qu'elle soit allumée en permanence. Il ne faut pas qu'elle s'éteigne.» Le seul moment où la torchère n'est pas en fonction survient lors des importants travaux d'inspection, tous les cinq ans, histoire qu'elle soit passée au peigne fin elle aussi...

Pas de barbe, messieurs

Pour des raisons de sécurité, tous les employés qui travaillent chez Valero ne peuvent arborer de barbe ou de moustache. Les appareils respiratoires, indispensables en cas de fuites chimiques, doivent être parfaitement étanches. Même Le Soleil a été averti de faire appel à un photographe imberbe pour les clichés. Adeptes du Movember et de la barbe pendant les séries éliminatoires, prière de s'abstenir...

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