L'immigration n'est pas une menace, selon le Conseil du patronat

«La menace serait plutôt de ne pas bien... (Le Soleil, Yan Doublet)

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«La menace serait plutôt de ne pas bien réussir l'intégration des immigrants» - Yves Thomas Dorval, pdg du Conseil du patronat du Québec

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Le plan d'immigration déposé, le 29 octobre, par la ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, Kathleen Weil, prévoit que le Québec devrait accueillir entre 48 000 et 51 500 immigrants en 2016. Il s'agit, sensiblement, de la même cible qu'en 2015.

Se faisant l'écho de l'opinion de la majorité des dirigeants des grandes entreprises, le pdg du Conseil du patronat du Québec (CPQ), Yves-Thomas Dorval, estime que le Québec serait en mesure d'en recevoir davantage à la condition essentielle, toutefois, d'améliorer leur intégration à la société québécoise, notamment en assurant une meilleure adéquation entre la formation des travailleurs immigrants avec les besoins du marché du travail.

Loin de considérer l'immigration comme une «menace» pour le Québec - que ce soit autant pour la venue d'immigrants économiques que celle de réfugiés syriens -, Yves-Thomas Dorval y voit plutôt une sorte de bouée de sauvetage pour une province qui vieillit rapidement et qui a besoin de travailleurs qualifiés pour remplacer les départs à la retraite dans les entreprises et pour agrandir le bassin de consommateurs pour assurer la croissance économique interne.

«La menace serait plutôt de ne pas bien réussir l'intégration des immigrants», fait-il valoir en entrevue au Soleil.

«Les immigrants, il faut les amener rapidement sur le marché du travail. S'ils sont tous dirigés vers Montréal et que les besoins sont à Québec ou dans la Beauce, par exemple, ça ne réglera pas le problème. Il faut les diriger là où les besoins se trouvent et dans les catégories d'emploi pour lesquelles le Québec n'arrive pas à pourvoir tous les postes vacants.»

Selon le CPQ, l'adéquation imparfaite entre la formation des travailleurs et les besoins du marché du travail tend à accentuer le manque de travailleurs qualifiés.

Bientôt, la ministre Kathleen Weil dévoilera le contenu de la nouvelle politique québécoise en matière d'immigration, de participation et d'inclusion ainsi que la nouvelle Loi sur l'immigration qui sera déposée à l'Assemblée nationale.

En prévision de ce bouleversement, le CPQ a réalisé une étude portant sur la contribution de l'immigration économique à la prospérité du Québec. Une recherche qui s'appuie sur plusieurs recherches et analyses en immigration économique et de coups de sonde réalisés auprès d'une centaine d'entreprises et de conseillers internationaux spécialisés en immigration.

L'enquête menée auprès des entreprises membres du CPQ montre que 84 % d'entre elles comptent un ou plusieurs travailleurs immigrants parmi leurs employés et dirigeants et que, dans 70 % des cas, l'intégration des nouveaux arrivants s'est faite grosso modo en douceur.

Rappelons que, bon an, mal an, les immigrants économiques constituent près de deux tiers des immigrants admis au Québec (voir le tableau). Parmi eux, 9 sur 10 sont des travailleurs qualifiés. Les autres sont des investisseurs, des entrepreneurs ou des travailleurs autonomes.

Liée aux besoins du marché du travail

Il ne fait pas de doute pour le CPQ, l'immigration économique contribue à la croissance du PIB. Elle entraîne des effets positifs en matière de productivité, d'innovation et sur les exportations.

«Par exemple, souligne-t-on dans l'étude, les entreprises détenues par des immigrants auraient tendance à exporter davantage que les entreprises détenues par les natifs. Cela peut être imputable au fait que les entrepreneurs immigrants ont des réseaux d'affaires plus élargis et qu'ils partagent avec d'autres parties du monde la même langue ou les mêmes traits culturels.»

Et parmi tous les travailleurs immigrants qualifiés, plusieurs ont la fibre entrepreneuriale pas mal plus développée que les Québécois. «Une façon de corriger le tir pour notre faible performance, nous, les Québécois, en matière d'intensité entrepreneuriale», signale Yves-Thomas Dorval.

Toutefois, insiste le pdg du CPQ, cette contribution pourrait encore plus importante si les problèmes d'intégration des nouveaux arrivants pouvaient être aplanis et si la sélection des immigrants se faisait réellement en fonction des besoins du marché du travail.

«Plus nous allons réussir à améliorer l'intégration des immigrants, plus leur contribution sera grande. Plus rapidement nous réussirons à les mettre à pied d'oeuvre, plus rapidement leur apport à la société se fera sentir», affirme Yves-Thomas Dorval en martelant qu'il n'agissait pas exclusivement d'une responsabilité de l'État, mais aussi des entreprises, des travailleurs et des immigrants eux-mêmes.

Selon lui, il ne faut pas que la sélection des nouveaux arrivants se fasse sur la base du «premier arrivé, premier servi», du nombre de diplômes accumulés ou de la connaissance du français, mais en fonction des qualifications détenues par un immigrant pour occuper un emploi réellement demandé au Québec.

Est-ce dire que le Québec doit accepter des candidats qui ne connaissent pas un mot de la langue de Molière?

«Pas du tout», répond du tac au tac le pdg du CPQ. «Être en mesure de parler en français doit demeurer une priorité.»

L'une des mesures à développer davantage, selon lui, pour faciliter l'intégration d'immigrants ne maîtrisant pas suffisamment le français est l'offre de cours de francisation aux candidats affichant des profils recherchés avant qu'ils ne mettent les pieds dans la Belle Province.

Un bonnet d'âne pour le Québec

En matière de traitement des demandes des immigrants économiques désireux de vivre l'aventure nord-américaine, le Québec a encore des croûtes à manger.

À cet égard, les conseillers internationaux spécialisés en immigration interrogés par le Conseil du patronat du Québec (CPQ) n'hésitent pas à coiffer le Québec d'un bonnet d'âne. 

À leurs yeux, le Canada ne performe pas très bien dans un marché pour lequel tous les pays du monde s'arrachent les meilleurs travailleurs disponibles. Le Québec, lui, encore moins.

Délais de traitement des demandes trop longs. Absence de transparence dans le processus de sélection. Des programmes d'immigration économique trop souvent méconnus par les employeurs et les travailleurs étrangers qui ne s'ajustent pas suffisamment rapidement aux besoins particuliers des entreprises. Trop peu d'appui à l'intégration des nouveaux arrivants.

Leur jugement est sévère. 

«Pourtant, le Québec a tout intérêt à être performant puisque notre coin du monde constitue une destination de choix pour les immigrants qui, pour la plupart, sont à la recherche d'une terre d'accueil qui leur procurera la sécurité, du travail, une qualité de vie enviable, de bons services publics et la possibilité, s'ils le veulent, de brasser des affaires», estime le pdg du CPQ, Yves-Thomas Dorval.

À son avis, par ailleurs, il reste encore beaucoup à faire aussi au chapitre de la reconnaissance des compétences des travailleurs immigrants.

D'ailleurs, l'étude du CPQ révèle que plusieurs immigrants ne savent pas, avant de quitter leur pays, que leur diplôme ne sera pas reconnu au Québec par les différents ordres professionnels! «Ce qui occasionne des drames humains», signale le CPQ.

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