Championnes de l'emploi, pauvres en assistés sociaux

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Dans les régions de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches, les bassins de personnes assistées sociales aptes au travail sont pratiquement à sec.

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(Québec) Les régions de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches ne sont pas seulement les championnes de l'emploi dans la Belle Province avec des taux de chômage de 4,8 % et de 5,2 % en septembre, elles affichent également les plus bas taux d'assistance sociale au Québec.

Le taux d'assistance sociale indique la proportion de personnes recevant une aide financière provenant des programmes d'aide financière de dernier recours - notamment le programme de solidarité sociale et le programme d'aide sociale - par rapport à l'ensemble de la population âgée de moins de 65 ans.

En août dernier, le taux d'assistance sociale au Québec était de 6,4 %. Le nombre de prestataires s'élevait à 437 927. 

Le ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale fait remarquer que le taux d'assistance sociale est en chute libre depuis les dernières années. Entre juillet 1995 et octobre 2014, il a dégringolé de 44,5 %. À ce moment-là, en octobre 2014, le Québec comptait 444 351 prestataires. C'est donc dire que le recours aux programmes d'assistance sociale n'a cessé de diminuer depuis les sommets enregistrés au milieu des années 90.

Revenons, maintenant, aux régions de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches.

Dans la première, qui couvre principalement la ville de Québec et les MRC de Portneuf, de Charlevoix et de la Côte-Beaupré, le taux d'assistance sociale s'établissait à 4,5 % en août dernier. Le nombre de prestataires s'élevait à 26 433.

Le taux d'assistance sociale était encore plus bas dans la région de la Chaudière-Appalaches : 3,7 %. De loin, le plus bas au Québec. Il y avait 12 637 prestataires en août dernier.

Dans son plan d'action 2015-2016, la direction régionale d'Emploi-Québec de Chaudière-Appalaches fait remarquer que le taux d'assistance sociale avait chuté de 23,6 % entre 2000 et 2014.

En clair, ça veut dire que, dans les régions de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches, les bassins de personnes assistées sociales aptes au travail sont pratiquement à sec. Ceux et celles qui étaient les plus prêts à un retour sur le marché du travail y sont retournés.

 Des outsiders

Le défi, maintenant, est d'intégrer en emploi des clientèles plus «lourdes» qui présentent des contraintes sévères à l'emploi. 

Parmi elles, les personnes peu scolarisées, les personnes handicapées, celles de 55 ans et plus, les femmes responsables d'une famille monoparentale et ayant de jeunes enfants, les personnes immigrantes récemment arrivées au pays, les personnes faisant partie des minorités visibles, les autochtones et les personnes judiciarisées.

Dans la Chaudière-Appalaches, par exemple, 50 % des prestataires de l'assistance sociale en décembre 2014 présentaient des contraintes sévères à l'emploi comparativement à 40 % en 2000.

«Il s'agit, dans plusieurs cas, de personnes qui ont perdu leur boulot, il y a quelques années, alors que l'économie tournait moins bien», explique le directeur régional d'Emploi-Québec de Chaudière-Appalaches, Marc Tremblay.

«Pendant des années, elles ont été exclues du marché du travail. Elles ont ajusté leur vie en conséquence. Aujourd'hui, le marché du travail n'est plus une option pour ces personnes. Et pour le marché du travail, elles sont souvent perçues de cette façon.»

Le dirigeant ajoute qu'il n'est pas rare de retrouver des prestataires qui reçoivent de l'aide de l'État depuis une décennie.

«En raison de certaines situations, il y a des personnes qui n'ont pas nécessairement les qualités et les compétences recherchées par les employeurs. Pour cette raison, elles se retrouvent exclues du marché du travail.»

Pas question de baisser les bras

À l'instar de son collègue de l'autre côté du fleuve, la directrice par intérim de la direction régionale de la Capitale-Nationale, Louise Bilodeau, affirme qu'Emploi-Québec et les ressources externes en formation et en employabilité ne baissent pas les bras à l'égard de cette clientèle.

«Toute personne qui désire travailler a probablement une place pour elle sur le marché du travail. Il s'agit, parfois, de l'accompagner pour l'orienter vers les bonnes trajectoires», précise Mme Bilodeau.

Emploi-Québec et ses partenaires mènent des interventions ciblées auprès de la clientèle de l'aide sociale pour les mettre en mouvement, pour évaluer leurs compétences, pour vérifier leurs champs d'intérêt et pour mesurer leurs capacités à s'insérer et à se maintenir en emploi.

Situations différentes

«Chaque cas est différent», insiste Marc Tremblay. «Il y a des personnes qui seront interpellées aux six mois. D'autres, une fois par année. Évidemment, nous allons miser sur celles qui démontrent le plus de potentiel. Les autres, on va attendre. Dans le cas d'une mère monoparentale, par exemple, qui veut rester auprès de son enfant, nous allons souvent attendre que ce dernier prenne le chemin de l'école pour tenter d'allumer l'étincelle auprès de la mère.»

Évidemment, Emploi-Québec fait part aux prestataires des programmes d'aide financière provenant de territoires plus défavorisés qu'il peut y avoir ailleurs des offres d'emploi pour eux. C'est le cas dans la région de la Chaudière-Appalaches où la situation de bas taux de chômage n'est pas généralisée. Si l'économie est florissante à Lévis et dans la Beauce, elle l'est beaucoup moins sur le territoire de la MRC des Etchemins, par exemple.

Des entreprises de Lévis, de la Beauce et de Bellechasse proposent même aux travailleurs de les transporter de la maison à l'usine. À Vallée-Jonction, Olymel a même une navette qui fait le va-et-vient entre Québec et la Beauce. 

Toutefois, Emploi-Québec ne peut contraindre un assisté social apte au travail à déménager pour aller pourvoir un emploi vacant dans une région voisine. «Nous nous limitons à informer le prestataire de la situation de l'emploi dans la région», indique Marc Tremblay.

La semaine dernière le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Sam Hamad a déposé le projet de loi 70 permettant une meilleure adéquation entre la formation et l'emploi. 

Un projet de loi qui suscite la controverse puisqu'il prévoit qu'un nouvel assisté social pourrait se faire imposer une sanction financière s'il refuse un emploi offert loin de chez lui.

Une solution au manque de main-d'oeuvre?

Il appert que la nécessité serait la mère de l'invention. Eh bien, des entreprises en manque criant de personnel sortent des sentiers battus et misent sur la formation des chômeurs et des assistés sociaux pour accroître leur force de travail.

C'est le cas de Simard Suspensions, une entreprise en pleine croissance de Baie-Saint-Paul dont la renommée dans le domaine de la répartition de charge des véhicules lourds dépasse les frontières canadiennes.

Il y a quelques mois, alors que les annonces de fermeture d'usines se multipliaient dans Charlevoix, Simard Suspension a recruté une quinzaine d'anciens travailleurs de la compagnie Cover, un fabricant d'isolants thermiques de fenêtres en faillite. Ils ont reçu 320 heures de formation en assemblage et en fabrication mécanique.

Voilà que Simard Suspensions, qui compte plus d'une centaine de salariés, met en orbite une deuxième cohorte d'une douzaine de nouveaux futurs travailleurs. L'entreprise fait appel à des chômeurs et, cette fois, à des assistés sociaux.

Employeurs hésitants

Comme c'est souvent le cas avec les personnes handicapées ou les personnes immigrantes, les entreprises hésitent à faire appel à des assistés sociaux, notamment ceux qui ont quitté le marché du travail depuis plusieurs années et qui présentent des contraintes à l'emploi.

Que voulez-vous, les préjugés à l'égard des prestataires des programmes d'aide financière de dernier recours sont tenaces!

Plus d'ouverture

À la tête des directions régionales d'Emploi-Québec dans la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches, Louise Bilodeau et Marc Tremblay constatent que les employeurs démontrent une plus grande ouverture qu'auparavant à l'égard des assistés sociaux.

«Je pense que les entreprises ont commencé à comprendre qu'il n'y avait pas de talents qu'elles pouvaient se permettre de perdre dans un contexte de rareté de main-d'oeuvre», signale Mme Bilodeau, en faisant remarquer les entreprises d'ici affichaient sans doute plus d'ouverture qu'ailleurs à l'égard des personnes qui font face à des obstacles à l'emploi compte tenu de la situation de pénurie de bras et de cerveaux ne date pas d'hier dans la Capitale-Nationale et la Chaudière-Appalaches.

«Les employeurs s'adaptent. Ils s'ajustent», rend compte Marc Tremblay. «Toutefois, rien n'est gagné. Les entreprises ont encore du chemin à faire. Elles doivent continuer de travailler sur leur approche en matière de gestion des ressources humaines et de gestion de la diversité au sein de leur organisation», notamment en assouplissant les critères d'embauche.

Quelques statistiques

Quelques statistiques sur les adultes prestataires des programmes d'aide financière de dernier recours au Québec.

- 73 % des prestataires sont des personnes seules, 11 % sont des familles monoparentales, 8 % sont des couples avec enfant, 7 % sont des couples sans enfant et 0,2 % sont des conjoints d'étudiant.

- 53 % des prestataires sont des hommes et 47 % des femmes.

- 71 % des prestataires ont 36 ans et plus et 29 % ont 35 ans et moins. Plus précisément, 30 % des prestataires ont 50 ans et plus.

- 50 % des prestataires n'ont aucun diplôme. Seulement 17 % ont un diplôme de l'école secondaire (DES, DEP ou ASP).

- 60 % des prestataires reçoivent de l'aide financière depuis 120 mois et plus. Un autre groupe de 22 % en reçoit depuis une période allant de 48 à 119 mois.

- 40 % des prestataires ne présentent aucune contrainte à l'emploi, 37 % présentent des contraintes sévères et 20 % ont des contraintes temporaires.

- 768,21 $ le montant de la prestation versée en août aux ménages prestataires des programmes d'aide financière de dernier recours au Québec.

Source : Rapport statistique sur la clientèle des programmes d'assistance sociale, août 2015, Direction de la statistique, de l'information de gestion et du suivi de la performance, ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale.

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