Les firmes de génie veulent en finir avec le plus bas soumissionnaire

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En entrevue éditoriale au Soleil, le président-directeur général de l'Association des firmes de génie-conseil du Québec, André Rainville, a dit souhaiter que le processus d'octroi de contrats municipaux soit revu.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) S'il reste un changement à oser à la veille du dévoilement du rapport de la commission Charbonneau, c'est l'abolition de la règle du plus bas soumissionnaire qui a cours dans les municipalités, identifie l'Association des firmes de génie-conseil du Québec (AFG). Les ingénieurs veulent être sélectionnés sur la base de la compétence, puis s'entendre sur les honoraires, comme au provincial. À condition toutefois de revoir la grille des tarifs en vigueur.

Le président-directeur général de l'AFG, André Rainville, était de passage dans les bureaux du Soleil, jeudi. Il a dit d'entrée de jeu qu'il attendait «avec impatience» le rapport de la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction, présidée par la juge France Charbonneau, dont le mandat a été prolongé jusqu'au 30 novembre.

Cela même s'il se doute bien que la profession encaissera encore quelques contrecoups. Directeur général de l'Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) quand les scandales de collusion et de corruption ont éclaté, M. Rainville trouve que la crise de confiance des dernières années a duré assez longtemps, pour ne pas dire trop longtemps. «Mais on ne peut pas nier que c'était nécessaire», ajoute-t-il aussitôt.

Depuis 2010, les façons de faire ont beaucoup évolué, plaide le pdg. Sa propre association, qui a changé de nom et de personnel après avoir été associée aux complots pour fixer les prix, a revu son conseil d'administration, adopté un code d'éthique et surtout collaboré avec les autorités. L'AFG représente aujourd'hui 36 entreprises dans lesquelles sont concentrés 14 000 des 18 000 emplois en génie-conseil au Québec.

M. Rainville admet que l'adoption d'une nouvelle législation, notamment l'obligation d'obtenir l'absolution de l'Autorité des marchés financiers pour contracter avec les gouvernements, a précipité la transformation. Il voit d'ailleurs d'un bon oeil la création d'un poste de commissaire aux contrats publics. Celui-ci pourrait non seulement reprendre cette fonction de contrôle des entreprises, mais aussi surveiller le processus d'attribution des contrats, comme l'a annoncé le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux.

Interrogé sur ce qui reste à faire pour assainir les moeurs, André Rainville a spontanément pointé «la façon dont on octroie les contrats dans le domaine municipal».

Le fédéral, le provincial et les sociétés d'État sélectionnent les professionnels en fonction de la compétence, puis déterminent les honoraires. «On établit que c'est ça l'effort que tu devras mettre, ça vaut X $ de l'heure, et c'est comme ça que tu vas être payé», résume le représentant des ingénieurs.

Qualité menacée

Les municipalités, par contre, choisissent encore leurs consultants sur la base des prix. C'est un héritage de la loi 106, qui a mis fin à la mode des contrats octroyés de gré à gré pour imposer les appels d'offres. La concurrence s'est accrue, les prix ont baissé, mais à un point tel que M. Rainville estime que la qualité du travail est parfois menacée.

Celui-ci est convaincu que les municipalités pourraient économiser si elles confiaient leurs contrats aux meilleurs professionnels, quitte à payer plus cher au départ. Leurs projets seraient mieux pensés, mieux ficelés et nécessiteraient moins d'entretien sur le long terme, dit le patron de la AFG, rappelant que les coûts d'ingénierie représentent généralement 1 à 2 % de la facture totale d'un ouvrage.

Cela dit, M. Rainville estime que les honoraires payés par le gouvernement du Québec, établis en fonction de l'expérience des ingénieurs et révisés la dernière fois en 2009, doivent être bonifiés. «Il faut donner des saines conditions d'exercice d'un travail. Ça serait se leurrer de penser qu'on en a toujours plus pour notre argent», prévient-il. «Vous payez probablement le mécanicien à votre garage plus cher que l'ingénieur qui travaille pour l'État.»

Le représentant des ingénieurs rechigne à chiffrer l'augmentation attendue. Il évoque les tarifs en Ontario, qui sont deux fois plus élevés que ceux du Québec. Il renvoie aussi au barème des honoraires proposé par l'AFG. Selon la classification, le taux horaire maximum est de 25 à 100 % plus élevé qu'au provincial.

«On a avantage à payer les gens pour ce qu'ils valent. De cette façon-là, on s'évite tout écart de conduite», insiste M. Rainville, dressant un parallèle avec l'honnêteté d'une police bien payée.

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