Garant: innover ou mourir

Le pdg de Garant, Jean Gaudreault, et la... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

Agrandir

Le pdg de Garant, Jean Gaudreault, et la directrice du marketing, Isabelle Dorval, avec les balais à neige anti-égratignures

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Innover ou mourir. Bien plus qu'une phrase clichée pour Garant, le plus important fabricant canadien d'outils de jardinage et de déneigement dont le chiffre d'affaires affiche plus de 100 millions $ par année.

Une entreprise manufacturière ne tient pas sur ses deux pattes depuis 120 ans par le simple fruit du hasard.

«La seule chose qui ne change pas chez Garant, c'est le changement», fait valoir Jean Gaudreault, le pdg de l'entreprise de Saint-François-de-la-Rivière-du-Sud, près de Montmagny, qui fait travailler 425 personnes.

L'innovation chez Garant ne se limite pas à l'introduction de nouvelles pelles, de nouvelles haches ou de nouveaux balais à feuilles dans les quincailleries ou encore à des percées dans des marchés encore inexplorés par l'entreprise centenaire, comme celui des balais à neige anti-égratignures.

«Comme organisation, nous cherchons constamment à nous réinventer dans tout ce que nous faisons, que ce soit pour nos activités de fabrication, de distribution, de ventes ou de marketing», explique M. Gaudreault, qui est en poste depuis 1996. Rappelons que Garant est une division du géant américain de l'outillage Ames depuis 1991.

Dans les faits, le processus d'innovation est réglé au quart de tour chez Garant. Des ingénieurs, des argentiers et des spécialistes du marketing - ils sont une trentaine au sein d'une équipe de choc - se consacrent exclusivement à cette mission à longueur d'année.

Un huard qui fait mal

Avec un taux de change qui le désavantage, Garant met les bouchées doubles, par les temps qui courent, pour innover au chapitre de ses opérations manufacturières afin de réduire ses coûts de fabrication.

Oui, Garant vend aux États-Unis, principalement dans ce que l'on appelle le snow belt, la région située près des Grands Lacs. Moins cher en raison de la dévaluation du huard, ses produits sont attrayants pour les détaillants qui paient en billets verts de l'Oncle Sam.

Le hic est que Garant doit acheter ses matières premières (bois, acier et plastique) aux États-Unis avec des dollars canadiens.

Ce qui lui coûtait 1,08 $ sur le marché américain en juillet 2014 lui en coûte aujourd'hui 1,33 $.

«Dieu merci, nous vendons aux États-Unis, mais pas suffisamment pour compenser tout ce que l'on achète en dollars américains», explique Jean Gaudreault en ajoutant que Garant doit recourir à un remède qu'il n'apprécie guère imposer aux détaillants : une hausse des prix de ses produits. «Il y a des limites à ce que nous pouvons absorber.»

Pour accroître sa performance manufacturière, Garant investit, bon an mal an, entre 1,5 et 2 millions $. Cette année, les investissements ont doublé pour atteindre un peu plus de 4 millions $.

Réinventer la pelle

L'innovation, c'est l'«arme» choisie par Garant pour livrer bataille à la concurrence afin de conserver sa place prépondérante sur le marché des outils de jardinage et de déneigement au Canada et dans le snow belt américain.

Les concurrents asiatiques pourront toujours vendre leurs produits moins cher, ils ne battront jamais les produits de Garant au chapitre de la qualité.

Le plaisir de l'équipe de choc d'innovateurs pilotée par la directrice du marketing Isabelle Dorval est de regarder une pelle sous tous ses angles et d'imaginer comment elle pourrait être réinventée pour faciliter la tâche des utilisateurs. «Ce n'est pas toujours évident, mais combien stimulant», fait-elle remarquer.

Une fois qu'un nouvel outil sort du laboratoire de Garant, il est aussitôt soumis à des professionnels ou à des gens comme vous et moi qui le testeront.

Quatre ou cinq fois par année, Garant invite des utilisateurs dans une pépinière où ils sont appelés à mettre à l'épreuve la panoplie de nouveaux produits que le fabricant veut pousser vers les marchés.

«Nous les observons. Nous les filmons. Ce n'est pas assis derrière un bureau que l'on va savoir ce que recherchent les consommateurs dans un bon produit de jardinage.»

Ces tests sont en quelque sorte des moments de vérité pour chacun des prospects de Garant. Certains échouent, d'autres se retrouveront en magasin quelques mois plus tard.

«En général, nous avons une bonne moyenne au bâton, car le travail en amont a été bien fait et nous ne nous obstinons pas avec des produits que nous aimons bien, de prime abord, mais qui ne correspondent pas aux besoins des consommateurs», note le pdg.

Les objectifs de vente des nouveaux produits sont ambitieux.

«Chaque année, nous voulons que 15 % de nos ventes totales proviennent de produits qui ont été introduits sur le marché au cours des trois dernières années.»

Toujours prêt!

Garant est toujours prêt à faire face à la musique si l'hiver est plus neigeux qu'à la normale comme ce fut le cas, l'an dernier, dans le nord-est des États-Unis.

«Puisque nous sommes complètement intégrés et que nous contrôlons notre production de A à Z, nous avons une capacité de réaction assez extraordinaire», explique Jean Gaudreault.

En effet, à Saint-François-de-la-Rivière-du-Sud, Garant possède trois usines où elle fabrique les manches de ses outils, injecte les plastiques, transforme l'acier et assemble le tout.

Garant est aussi propriétaire d'une usine de sciage au Nouveau-Brunswick.

Les experts de Garant ont découvert l'éthylène-acétate de... (Photo fournie par Garant) - image 2.0

Agrandir

Les experts de Garant ont découvert l'éthylène-acétate de vinyle. Un matériau doux, flexible et qui n'absorbe ni l'eau ni, par le fait même, la glace.

Photo fournie par Garant

Petit balai à neige devenu grand...

«À marcher toujours dans le même sentier, ça devient un peu plate à la longue!»

C'est dans cet état d'esprit que Garant a «révolutionné», l'hiver dernier, le marché des balais à neige.

Un marché que l'entreprise fondée en 1895 ne connaissait pas du tout. 

«Il ne peut y avoir de l'innovation sans la prise d'un risque que l'on veut, évidemment, le mieux calculé possible», commente le pdg, Jean Gaudreault.

Pendant deux jours à Stoneham, il y a quelques années, Garant avait réuni des automobilistes.

Leur mission? Tester tout ce que le marché avait à offrir pour déneiger les véhicules.

Le constat avait alors été unanime.

Les automobilistes en avaient plein leurs bottes des balais dont les poils finissent par se gonfler de neige ou de glace et par égratigner les véhicules.

Merci, mesdames et messieurs les automobilistes! Les experts de Garant sont aussitôt repartis vers Saint-François-de-la-Rivière-du-Sud pour dénicher le matériau que viendrait remplacer les poils maudits.

Ils ont finalement découvert l'éthylène-acétate de vinyle. Un matériau doux, flexible (même à des températures glaciales de moins 40 degrés) et qui n'absorbe ni l'eau ni, par le fait même, la glace.

«Nous avons soumis des prototypes à des utilisateurs. Les essais ont été concluants. Nous savions dès lors que nous avions un produit gagnant entre les mains», explique M. Gaudreault.

Garant a consacré 18 mois de recherche et de développement - un cycle deux fois plus long que tout autre produit inventé ou réinventé par la compagnie - pour présenter sur le marché, l'hiver dernier, son premier balai à neige anti-égratignures offert en formats de 28 et de 36 pouces.

Vendu exclusivement chez Canadian Tire l'an dernier, il est maintenant offert dans la plupart des grands détaillants, son prix variant de 15,99 $ à 19,99 $.

Fidèle à sa réputation, Garant n'allait pas en rester là.

Pour l'hiver qui s'en vient à grands pas, il propose un balai à neige anti-égratignures télescopique cette fois pouvant atteindre trois grandeurs : 33, 42 et 52 pouces.

«C'est l'outil idéal pour déneiger un véhicule utilitaire sport», indique la directrice du marketing, Isabelle Dorval. «La tête large et pivotante du balai permet d'enlever rapidement les accumulations de neige. Elle permet également d'atteindre les espaces les plus restreints tels que les miroirs et les puits d'essuie-glaces.»

Ce nouveau balai à neige est offert exclusivement chez Canadian Tire au prix de 24,99 $.

Pour l'hiver prochain, Garant promet de revenir à la charge avec un nouveau produit destiné à déneiger les véhicules.

Évidemment, Jean Gaudreault prévoit déjà que ses balais à neige anti-égratignures seront copiés par les concurrents.

«Nous attendons bientôt l'obtention d'un brevet pour protéger notre découverte et je peux vous assurer que nous allons le défendre bec et ongles.»

Les copieurs sont avisés!

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer