La pilule passe mal pour les fondateurs d'AEterna

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Les frères Éric et Luc Dupont ont fondé AEterna en 1991. Luc ne cache pas son irritation devant l'attitude de la haute direction de la compagnie, qui a annoncé la fermeture de ses bureaux de Québec.

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(Québec) «Nous nous sommes battus corps, coeurs et âmes pour bâtir cette compagnie-là.»

À l'autre bout du fil, Luc Dupont, cofondateur avec son frère aîné Éric d'AEterna Zentaris, ne cache pas son irritation devant l'attitude de la haute direction de la compagnie, qui a annoncé, plus tôt cette semaine, la fermeture de ses bureaux de Québec dans le cadre d'une «restructuration des activités des services financiers et comptables». 

Une dizaine de personnes vont perdre leur gagne-pain d'ici la fin du mois de décembre.

«Personne n'a eu la délicatesse de nous prévenir de l'annonce de cette nouvelle», raconte Luc Dupont au Soleil.

C'est un tweet envoyé par un ami qui lui a mis la puce à l'oreille.

Aussitôt, Luc Dupont a refilé l'information à son frangin qui se trouve actuellement en Europe pour développer de nouveaux marchés pour Immanence Intégrale Dermo-Correction, une société fondée en 2008 par les frères Dupont qui se spécialise dans la fabrication et la commercialisation de produits dermo-cosmétiques.

Éric Dupont ne savait rien de l'affaire lui non plus.

S'ils ne sont plus ni administrateurs ni actionnaires d'AEterna depuis plusieurs années, les deux frères auraient apprécié être mis au parfum quelques heures avant la diffusion du communiqué de presse, qui, de surcroît, a été publié en fin d'après-midi lundi, le jour de l'Action de grâces, alors que les marchés boursiers canadiens étaient fermés. Rappelons qu'AEterna est une société publique cotée en Bourse à Toronto (TSX : AEZ, 7 ¢) et à New York (NASDAQ : AEZS, 5 ¢US). «Veux, veux pas, nous sommes encore connus, à Québec, comme les messieurs AEterna!»

D'ailleurs, les Québécois francophones sont dorénavant absents de la haute direction d'AEterna à la suite du départ annoncé, lundi, de Dennis Turpin, qui occupait le siège de premier vice-président et chef de la direction financière et qui était à l'emploi de la biopharmaceutique spécialisée dans la conception de traitements en oncologie et en endocrinologie depuis 16 ans.

Parmi les administrateurs, il reste Pierre Lapalme, Gérard Limoges et Marcel Aubut.

Simple bureau satellite

Luc Dupont est évidemment déçu de voir le siège social d'une compagnie québécoise qui fait des affaires à l'échelle mondiale lever les feutres.

Depuis qu'il a quitté la présidence d'Atrium Innovations et d'Unipex - deux rejetons d'AEterna Zentaris -, Luc Dupont milite activement au sein de la Table d'action régionale en entrepreneuriat, d'Anges Québec, de SAGE Mentorat d'affaires et de la Chambre de commerce et d'industrie de Québec pour attirer des sièges sociaux dans la capitale et pour faire en sorte que ceux qui y sont établis ne tournent pas les talons.

«Disons-nous les vraies choses, le siège social d'AEterna n'était plus à Québec depuis déjà quelques années», constate Luc Dupont, qui siège également au conseil d'administration d'Investissement Québec.

Une situation qui a débuté avec le départ d'Éric Dupont de la présidence de l'entreprise (2003), puis de celle du conseil d'administration (2007). Ses successeurs, des Américains pour la plupart, n'ont pas traversé la frontière. Luc Dupont, lui, avait quitté la vice-présidence d'AEterna en 1998 pour veiller à la croissance d'Atrium et d'Unipex. Il avait alors vendu ses actions dans AEterna pour investir dans Atrium, qui fabrique et commercialise des produits de santé nutritionnelle.

«Dans la capitale, il ne restait plus que le chef de la direction financière. Le président et chef de la direction est aux États-Unis. Le chef de la direction scientifique s'y trouve également. Ils n'avaient plus de décisions stratégiques qui se prenaient à Québec qui n'était devenu ni plus ni moins qu'un bureau satellite. De plus, avec le temps, l'actionnariat est devenu principalement américain.»

Or, dans un contexte de rationalisation et d'optimisation des ressources, il était écrit dans le ciel que l'avenir du siège social officiel d'AEterna dans la capitale ne tenait plus qu'à un mince fil.

Pas encore rentable après 24 ans

Est-ce que l'intervention providentielle d'investisseurs québécois, notamment du Fonds de solidarité FTQ et de la Caisse de dépôt et placement, qui ont été des partenaires de la première heure d'AEterna Zentaris et d'Atrium Innovations, aurait pu modifier le cours des choses?

Luc Dupont n'y croit pas. 

Pour la bonne et simple raison qu'AEterna est une biopharmaceutique qui n'est pas encore rentable. Et qui sait si elle le deviendra un jour? Le cycle de développement d'un nouveau médicament est long et coûteux. Quinze ans et 6 milliards $US, estimait Forbes en 2011. 

Et c'est souvent un coup de dés. AEterna en sait quelque chose. Au cours des 24 dernières années, elle a raté la cible avec quatre de ses produits-vedettes pour lesquels des dizaines de millions de dollars ont été dépensés.

«L'appétit des investisseurs pour des entreprises qui cherchent à développer des médicaments n'est pas là. Du moins, pas au Canada. Les sommes à investir sont tellement colossales.»

Atrium, heureusement, a connu un sort plus heureux, car la compagnie faisait des sous.

C'est ainsi qu'elle a pu être vendue pour la somme de 1,1 milliard $ en 2013 à une société de capital-investissement européenne, Permira, qui a pu compter sur les billets verts de la Caisse de dépôt et du Fonds de solidarité FTQ pour ficeler la transaction. Le siège social d'Atrium n'est plus à Québec, mais à Montréal. Un moindre mal.

Quant à Unipex, qui fabrique des ingrédients actifs pour l'industrie des produits cosmétiques, l'entreprise a été vendue pour 300 millions $.

«Avec Atrium et Unipex, nous avons été en mesure de créer de la valeur pour les actionnaires», rend compte Luc Dupont.

De l'argent qui aurait pu être engouffré dans la recherche scientifique puisque avant de sortir du giron d'AEterna, Atrium en était sa vache à lait. Au départ, en effet, Atrium était un outil financier permettant de générer des liquidités et de réinvestir dans les activités fondamentales de recherche et développement pharmaceutique d'AEterna.

«À partir d'AEterna, nous avons pu créer deux leaders mondiaux dans les domaines de la nutrition et des produits cosmétiques», signale Luc Dupont qui, toujours en compagnie de son frère, veut maintenant répéter l'exploit avec Immanence Intégrale Dermo Correction. 

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