Acquisition de State Farm Canada: le grand coup de Desjardins

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Aujourd'hui, State Farm et ses sociétés affiliées constituent le premier fournisseur d'assurance automobile aux États-Unis.

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(Québec) Frapper le grand coup ou rester à la maison. Go big or go home, dirait Shakespeare.

En finalisant, en janvier dernier, l'acquisition des activités canadiennes du géant américain de l'assurance State Farm, le Mouvement Desjardins a démontré qu'il avait résolument fait le choix de la première option. 

En accueillant sous son toit 1,2 million de nouveaux clients, Desjardins devenait, du même coup, le deuxième assureur de dommages au Canada avec un volume de primes brutes souscrites annuelles passant de plus de 2 milliards $ en 2014 à plus de 4 milliards $ un an plus tard (voir le tableau).

Ce marché lui permet également de renforcer sa quatrième position dans le marché de l'assurance des personnes au Canada.

Il faut remonter au 31 mai 2011 pour comprendre l'intérêt de Desjardins, le premier groupe financier coopératif au Canada, à vouloir accélérer sa croissance dans l'industrie des assurances.

Ce jour-là, son concurrent, Intact, annonçait qu'il mettait le grappin sur Axa Canada pour la somme de 2,6 milliards $. Grugeant des parts de marché à Desjardins, Intact lui damait le pion dans les marchés de l'assurance automobile, de l'assurance des personnes et de l'assurance des entreprises.

«Jusqu'au 31 mai 2011, nous avions une stratégie de croissance organique très efficace. Nous augmentions nos parts de marché dans toutes les régions. Et dans notre planification stratégique, nous visions également à réaliser des acquisitions», a expliqué Sylvie Paquette, présidente et chef de l'exploitation de Desjardins Groupe d'assurances générales, à l'occasion d'une conférence prononcée, plus tôt cette semaine, devant le Cercle finance du Québec.

«Il fallait évidemment se poser des questions après l'annonce d'une telle transaction. Ou bien Desjardins se place du côté des acheteurs, des consolidateurs du marché pour aller chercher des bénéfices liés à la taille d'une plus grosse compagnie d'assurances. Ou bien Desjardins reste au Québec. Avec les caisses, nous sommes capables de développer un modèle unique et de demeurer petits et performants.»

Le choix a été fait. Desjardins s'est rangé dans le camp des acheteurs.

«La taille d'une entreprise n'amène pas nécessairement la performance, mais si tu es performant et que tu as une bonne taille, tu peux aller chercher des avantages concurrentiels que ta petite taille rend inaccessibles. Beaucoup de fournisseurs ne travaillent qu'avec des joueurs qui sont dans le top 3 de leur industrie.»

«Êtes-vous du bon monde?» 

La «proie» recherchée par Desjardins devra lui permettre de réaliser une percée dans le reste du Canada. Elle devra être suffisamment costaude pour l'amener dans le top 3 de l'industrie au pays. Et elle devra avoir le plein contrôle de son réseau de distribution.

Sylvie Paquette avoue que le nom State Farm n'apparaissait pas dans la première liste dressée par Desjardins.

Pourtant, la plus importante mutuelle d'assurance de dommages aux États-Unis affichait des résultats désastreux au Canada. En 2009-2010, ses pertes ont atteint 1,5 milliard $ de ce côté-ci de la frontière. Il est pertinent de préciser que le Canada n'est qu'un grain de sable dans l'empire de State Farm. À peine 3 % de ses affaires.

En y regardant de plus près, Desjardins a convenu que l'acquisition des activités canadiennes de State Farm pourrait être une prise intéressante. Absente au Québec, la compagnie américaine compte 1,2 million de clients en Ontario, en Alberta et au Nouveau-Brunswick. Elle possède son propre réseau d'agents. Elle offre essentiellement les mêmes produits d'assurance que Desjardins.

Les premiers signaux reçus de la part de State Farm sont clairs. La compagnie n'entend pas se départir de ses affaires au Canada.

La haute direction de State Farm invite tout de même Sylvie Paquette et ses collaborateurs à une rencontre à Chicago.

«On nous répète que la division canadienne n'est pas à vendre. On nous rappelle que State Farm est d'abord et avant tout une entreprise familiale et qu'une famille ne débarrasse jamais d'un enfant qui va mal. Donc, il était hors de question, pour eux, de se débarrasser de l'enfant canadien malade malgré les pertes encourues.»

De cette rencontre, Sylvie Paquette se souvient que ses vis-à-vis cherchaient à évaluer leurs interlocuteurs québécois. «On nous demandait si nous étions du bon monde. Quelles sont nos valeurs? Que feriez-vous avec nos clients, nos agents, nos employés?»

Ce que Desjardins ignorait à l'époque, c'est que State Farm, dans le contexte d'une réflexion stratégique, avait déjà identifié Desjardins comme l'acheteur potentiel de ses activités canadiennes. Et ce, avant même que Desjardins aille cogner à sa porte.

Il aura fallu ensuite quatre mois pour convaincre le grand patron de State Farm de l'époque, Edward B. Rust Jr, de considérer la vente à Desjardins.

«Une seule raison l'a poussé à changer son fusil d'épaule : la conviction que son monde allait être mieux avec nous. Pour lui, le modèle d'affaires de State Farm était d'abord centré sur les États-Unis, pas sur le Canada», a mentionné Sylvie Paquette, une diplômée en actuariat de l'Université Laval.

Négocier avec un géant

Le 15 janvier 2014, Desjardins annonçait son intention d'acquérir les activités de State Farm au Canada.

«"C'est qui le no name qui veut acheter State Farm?" Combien de fois ai-je entendu cette question à Toronto», a blagué Sylvie Paquette. Oui, Desjardins est connu au Québec. Ce n'est pas nécessairement le cas ailleurs au pays.

C'est finalement le 1er janvier dernier que la transaction a été conclue.

Tout au long des pourparlers qui se sont étirés pendant 15 mois, la vente a failli avorter à plusieurs reprises. 

«Les négociations ont été d'une grande complexité. Ce que l'on achetait, c'était une succursale d'un géant américain.»

Et tout un géant!

«À lui seul State Farm représente une fois et demie la taille du marché canadien!»

«Chez Desjardins, il fallait se convaincre que nous allions être en mesure de réaliser une intégration de cette ampleur et déterminer si nous avions la capacité pour redresser les activités de State Farm», a indiqué Sylvie Paquette.

Heureusement, la mutuelle américaine et la coopérative québécoise ont trouvé des atomes crochus.

«Une forte culture de solidarité anime State Farm. Ses dirigeants tenaient à ce que la transaction se concrétise. Ils ont investi dans la gestion du changement. Ils ont été exceptionnels.»

Six mois plus tard, l'intégration des activités canadiennes de State Farm va bon train.

«Nous devons toutefois demeurer aux aguets et éviter les pièges de la bureaucratie et de la technocratie», a conclu la présidente et chef de l'exploitation de Desjardins Groupe d'assurances générales.

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Sylvie Paquette, présidente et chef de l'exploitation de... (Pierre Joosten, fournie par Desjardins) - image 2.0

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Sylvie Paquette, présidente et chef de l'exploitation de Desjardins Groupe d'assurances générales et première vice-présidente et directrice générale Assurance de dommages au Mouvement Desjardins

Pierre Joosten, fournie par Desjardins

Qui est State Farm?

State Farm a vu le jour en 1922. Son fondateur, George J. Mecherle, assurait les véhicules des fermiers.

Selon ce que rapporte Wikipédia, M. Mecherle répétait à qui voulait l'entendre que si les fermiers roulaient moins vite sur les chemins de campagne, ils auraient moins de risques d'avoir des accidents. Par conséquent, ils étaient en droit de payer une prime d'assurance moins élevée s'ils affichaient un comportement routier exemplaire.

Rapidement, la mutuelle d'assurance, dont le slogan clame «Like a good neighbor, State Farm is there», a connu une forte croissance.

De fil en aiguille, elle s'est développée dans d'autres domaines, comme l'assurance habitation et l'assurance vie.

Aujourd'hui, State Farm et ses sociétés affiliées constituent le premier fournisseur d'assurance automobile aux États-Unis.

Son chiffre d'affaires totalisait 68,2 milliards $US en 2013.

Basée à Bloomington en Illinois, State Farm fait travailler 18 000 agents et plus de 65 000 employés. La compagnie est responsable de 80 millions de polices d'assurance entreprises, automobile, habitation et vie ainsi que près de 2 millions de comptes bancaires.

State Farm Mutual Automobile Insurance Company - la société mère de la grande famille de State Farm - se classe au 41e rang du classement des 500 sociétés les plus importantes publié en 2014 par le magazine Fortune.

Avant la transaction avec le Mouvement Desjardins, State Farm comptait sur plus de 1900 employés au Canada et un réseau de près de 500 agents desservant 1,2 million de clients en Ontario, en Alberta et au Nouveau-Brunswick.

*****

La transaction

  • L'acquisition des activités de State Farm au Canada permet à Desjardins d'accueillir dans ses rangs les 1700 employés canadiens de State Farm et le réseau de 479 agents exclusifs au service des 1,2 million de clients de State Farm en Ontario, en Alberta et au Nouveau-Brunswick. Selon Sylvie Paquette, 99 % du personnel canadien de State Farm a accepté l'offre d'emploi soumise par Desjardins.
  • Avec l'intégration des activités de State Farm, de nouveaux emplois seront créés, notamment au siège social de Desjardins à Lévis.
  • Desjardins pourra exploiter les affaires canadiennes de State Farm sous la bannière de cette dernière pendant cinq ans.
  • Au terme de la transaction, State Farm aura investi 450 millions $ en actions privilégiées non votantes dans la filiale d'assurance de dommages de Desjardins, tandis que le Crédit Mutuel - un important groupe financier coopératif européen - aura injecté, pour sa part, 200 millions $. Desjardins affectera environ 700 millions $ en capitaux pour appuyer la croissance de son assureur de dommages. Pour sa part, sa filiale d'assurance de personnes, Desjardins Sécurité financière, ainsi que certaines autres entités affecteront environ 250 millions $ en capitaux pour le volet de l'entente qui concerne l'assurance des personnes, les fonds communs de placement, les prêts et l'assurance de prestations du vivant.

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