Drahi et Bolloré, nouveaux hommes de fer des médias

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Partout, les ventes reculent: sept des huit grands quotidiens nationaux français ont vu leur diffusion baisser sur les 10 premiers mois de l'année.

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Laurence Benhamou
Agence France-Presse
Paris

Plan social à L'Express, grand ménage à iTELE et Canal+: les hommes d'affaire Patrick Drahi et Vincent Bolloré incarnent des patrons de médias d'un nouveau type, transformant à marche forcée les journaux et chaînes qu'ils rachètent, au service d'une ambition internationale.

Le discret propriétaire de SFR, Patrick Drahi, qui a acquis Libération, le groupe L'Express et NextRadioTV (BFMTV, RMC...), a décidé de faire la chasse aux coûts, pour rétablir l'équilibre de journaux lourdement déficitaires.

A L'Express, qui a perdu 9 millions d'euros l'an dernier, un plan social pour 125 salariés doit être présenté lundi. S'y ajoutent 115 départs de journalistes dans le cadre d'une clause de cession. Au final, comme à Libération, la rédaction sera réduite d'un tiers, selon les syndicats.

Les habitudes de travail ont été chamboulées, rapportent des journalistes: les cloisons des bureaux individuels des cadres éliminées, les réunions de services supprimées et les journalistes priés de se relire entre eux.

La Société des Journalistes (SDJ) de L'Express a demandé à Patrick Drahi de «surseoir à tout carnage éditorial et humain». «A défaut, vous apparaîtrez comme celui qui aura anéanti l'un des fleurons de la presse française», conclut-elle.

«Il n'y aurait plus qu'une trentaine de plumes pour le magazine papier», déplore un journaliste. «Quand on rachète un magazine comme le nôtre, c'est pour de l'influence, pas pour faire de l'argent, pas pour le casser.»

Les syndicats envisagent lundi soit une motion de défiance, soit de bloquer la sortie du journal - une première dans son histoire -, soit une grève.

Ces rachats ne sont qu'un début pour Patrick Drahi, qui veut créer un grand groupe média international et parie sur la synergie avec son empire dans les télécoms.

Une ambition partagée par Vincent Bolloré, héritier d'une dynastie papetière qui a pris le contrôle de Vivendi et de sa filiale Canal+, fragilisée par la concurrence des plateformes comme Netflix et de la chaîne sportive Bein Sports.

Habitué à diriger au plus près ses affaires, il s'est lancé dans une reprise en main de Canal+, limogeant la plupart des dirigeants et rebaptisant trois des chaînes.

Dans une lettre aux salariés début septembre, il avait annoncé la couleur.

«Quand on est nommé président d'un grand groupe, le plus facile est de faire peu pour ne pas déranger les habitudes et rester populaire (...). Ceci n'est pas dans mes habitudes.» «Je ne chercherai pas à me cacher derrière des tiers», écrivait-il, promettant davantage d'investissements et d'internationalisation.

Précarité des journalistes

Plus inhabituel, Vincent Bolloré intervient aussi sur le fond, regrettant publiquement qu'il y ait «trop de dérision» à Canal+ avant de décider de passer l'émission «Les Guignols de l'info» en crypté et de remplacer leurs auteurs. A l'inverse, il n'a pas hésité à débourser 250 millions d'euros sur cinq ans pour conserver l'animateur vedette de D8, Cyril Hanouna.

Selon un collectif de journalistes et la Société civile des auteurs multimédia (Scam), il serait aussi intervenu pour censurer des reportages gênants, dont l'un sur le Crédit Mutuel, banque partenaire de son groupe.

D'où une convocation jeudi au CSA, qui s'est terminée par un consensus courtois sur la création d'un comité d'éthique à Canal+. Dans un bref communiqué, le groupe Canal+ s'est dit attaché à «l'impartialité de l'information», sans employer le mot d'«indépendance» utilisé par le CSA.

Dès le lendemain, Vincent Bolloré est revenu dans la rédaction d'iTELE, promettant d'investir et de changer ce qui ne lui plaît pas dans la chaîne -logo, habillage, couleur-, ont rapporté plusieurs journalistes. «Il veut gérer iTELE comme une papeterie», commentait l'un d'entre eux.

«Drahi a modifié le contenu de ses médias à cause d'une logique de low-cost. Bolloré veut déterminer leur ligne éditoriale et les journalistes doivent suivre», estime Julia Cagé, professeur d'économie à Sciences Po, auteure de «Sauver les médias». «Il y a une telle précarité de la profession que les journalistes n'ont plus la possibilité de protester.»

«On peut se poser la question de savoir si Vincent Bolloré - un proche de Nicolas Sarkozy - prépare la présidentielle de 2017», s'interroge de son côté le sémiologue des médias François Jost. «Mais je crois plutôt qu'il s'intéresse aux médias pour des raisons économiques.»

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