Jean Charest: faire sa place dans le monde

Jean Charest entrevoit de belles perspectives économiques pour... (Photo Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Jean Charest entrevoit de belles perspectives économiques pour la ville de Québec, en ce qui a trait au commerce extérieur. «Son avantage, c'est d'être la porte d'entrée pour l'Europe.»

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(Québec) Retiré de la vie politique depuis trois ans, l'ex-premier ministre Jean Charest occupe maintenant un poste d'associé et de conseiller stratégique au cabinet d'avocats montréalais McCarthy Tétrault. Son mandat l'amène à sillonner la planète pour accompagner des clients dans le cadre de projets internationaux. Le Soleil l'a rencontré cette semaine, à l'occasion de l'inauguration des nouveaux bureaux de la firme dans la capitale. Une occasion d'aborder avec lui la place du Québec et du Canada à l'heure de la mondialisation.

Depuis qu'il s'est joint à la firme d'avocats McCarthy Tétrault, Jean Charest voyage beaucoup. Au Canada bien sûr, mais aussi en Afrique et en Asie, un coin de la planète où les occasions d'affaires sont de plus en plus alléchantes. Son premier «gros dossier» a été pour le compte d'une compagnie minière canadienne au Sénégal. «Ça devait prendre six jours de négos, ç'a pris trois mois...»

En entrevue au Soleil, cette semaine, au neuvième étage des nouveaux bureaux de la firme, sur Grande Allée, l'ex-premier ministre affiche une forme resplendissante. Loin de s'ennuyer de la politique, il parle avec passion de son travail, assis dans une salle de conférences dont les immenses fenêtres offrent une vue imprenable sur la haute ville, la Rive-Sud et... son ancien «bureau», l'Assemblée nationale.

À l'époque où il était premier ministre, Jean Charest a mené plusieurs missions économiques dans les pays émergents, comme la Chine, l'Inde et le Brésil. C'est maintenant à titre de conseiller stratégique, fort d'un carnet de contacts bien garnis, qu'il place les billes de ses clients sur le grand échiquier économique mondial.

Si la Chine est toujours le marché phare dans la mire des investisseurs, peut-être un peu moins depuis que son taux de croissance pique du nez, l'ex-premier ministre estime que les compagnies québécoises devraient s'intéresser davantage au continent africain. Les occasions d'affaires sont légion. Même si les négociations ne sont pas toujours faciles, concède-t-il, il serait malheureux de laisser le champ libre aux Chinois, qui y investissent des milliards dans l'exploitation des ressources naturelles.

Le bilinguisme, un atout

«La Chine a l'avantage d'avoir beaucoup d'argent, mais avec la baisse du prix des ressources, on réalise en Afrique qu'il est risqué de miser sur un seul investisseur. Actuellement, les Américains font un gros blitz sur les projets énergétiques», lance-t-il, ajoutant qu'il verrait d'un bon oeil la renaissance d'Hydro-Québec International comme façon d'obtenir une présence québécoise plus forte en Afrique.

L'approche chinoise n'a également pas «la même qualité» que celle des Canadiens, estime l'ex-premier ministre. À la différence des firmes de l'empire du Milieu qui débarquent avec leur propre main-d'oeuvre, une méthode «un peu invasive», les compagnies d'ici se font souvent un devoir d'offrir des postes de gestion aux ressortissants locaux. 

La maîtrise de l'anglais et du français est une carte importante dans le jeu des investisseurs québécois. «Je prends un exemple très personnel. Si on m'a demandé d'agir comme négociateur auprès du gouvernement sénégalais, c'est parce que je parle français. C'est là qu'il faut savoir jouer ses cartes.»

L'Inde, qui surclassera bientôt la Chine à titre de pays le plus populeux de la planète, est également un marché à développement rapide. «J'y suis allé chaque année depuis trois ans, entre autres pour une conférence sur l'environnement. Le pays connaît une belle poussée de croissance, avec plus de 7 %. Si la Chine est source de préoccupation, dans les pays émergents, c'est l'Inde qui se démarque.»

Se battre pour réussir

Si le Québec et le Canada ont un poids économique et démographique faible à l'échelle de la planète, observe-t-il, en revanche, ils possèdent des atouts leur permettant de tirer leur épingle du jeu, dans la mesure où il faut accepter de se retrousser les manches.

«Ailleurs sur la planète, aujourd'hui, il n'y a personne qui commence sa journée en se disant qu'il devrait aller faire un deal avec le Canada. Le défi pour le Québec, tout comme le Canada, c'est [de composer avec] notre taille. Puisqu'on n'a pas l'avantage du nombre, il faut se battre pour aller chercher une partie du marché.»

Si le Québec sait se faire le moindrement opportuniste, tout en bénéficiant d'une conjoncture favorable, Jean Charest croit qu'il saura se démarquer. La baisse du prix des matières premières, qui a comme conséquence de ralentir l'élaboration du Plan Nord, ne l'inquiète pas outre mesure. «Le Plan Nord a été fait dans une perspective de 25 ans. On avait vu venir la diminution à l'époque. C'est un secteur cyclique, où il y a toujours des mouvements à la baisse. Si le secteur du fer est à la baisse, celui du diamant et du lithium continue à offrir des avantages.»

Pour l'ex-premier ministre, le Québec de 2030 saura tirer profit de sa position stratégique, comme «plateforme» d'entrée du commerce extérieur, en misant sur les ports de Montréal et de Québec, tous deux appelés à jouer des rôles cruciaux dans la croissance des échanges internationaux.

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Pas de retour en politique en vue

Des rumeurs ont envoyé récemment Jean Charest briguer un mandat sur la scène fédérale. Le principal intéressé balaye ces allégations du revers de la main. Heureux dans son nouveau travail, parti de l'Assemblée nationale avec la satisfaction du devoir accompli, il n'aspire pas à renouer de sitôt avec la politique.

«Je ne m'ennuie pas du tout de la politique. Je ne suis pas en mode retour. J'aime la politique, j'observe ce qui se passe, tant sur le plan provincial que fédéral, et je fais de gros efforts pour éviter de m'en mêler... [rires].

Vie bien intense

«Lorsque j'ai quitté, en 2012, poursuit-il, j'avais le sentiment d'avoir fait du mieux que j'ai pu. Je n'avais pas le sentiment d'une oeuvre inachevée, contrairement à d'autres qui partent avec l'impression de ne pas avoir fini ce qu'ils avaient commencé. Moi, j'ai eu la chance d'être élu jeune. J'ai mené une vie très intense et bien remplie.»

De quoi vous ennuyez-vous en politique? «Des gens, beaucoup», répond-il sans hésitation. «Je garde tellement de bons souvenirs. Un des grands secrets de la vie politique, c'est l'intensité des relations avec nos collègues de travail. Pour moi, c'est l'aspect le plus important. On va à la guerre ensemble, on gagne, on perd, on rit, on pleure ensemble. Ça crée des liens.»

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Ses mémoires pour bientôt

Après une autobiographie parue en 1998, J'ai choisi le Québec, Jean Charest prépare un livre sur ses mémoires politiques. «J'ai commencé à travailler sur le projet. Je vais le faire dans les deux prochaines années.» Prendrez-vous la plume ou laisserez-vous le travail de rédaction à quelqu'un d'autre? «Je ne sais pas encore comment je vais faire ça, parce que je manque de temps. On est en réflexion.»

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Une douzaine d'offres

Jean Charest a accepté l'offre du bureau d'avocats McCarthy Tétrault, l'un des plus vieux à Québec, en janvier 2013 parmi la douzaine qui lui ont été offertes. Le personnel en place, principalement la présence de Kim Thomassin comme directrice du cabinet pour la région de Québec, a pesé lourd dans son choix. «C'est un bureau très moderne, dont les valeurs reflètent les miennes.»

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Sa meilleure nomination

Jean Charest ne cesse de s'extasier sur la beauté de la capitale. «Chaque fois que je rentre à Québec, je me dis : quelle belle ville! En 2008, alors que nous formions un gouvernement minoritaire, je me suis moi-même nommé ministre responsable de la Capitale-Nationale. Ç'a été l'une de mes meilleures nominations...»

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