L'attentisme de la Fed face à la Chine : prétexte ou réelle inquiétude?

Prétexte ou réelle inquiétude : la décision de la Réserve fédérale américaine... (REUTERS, GARY CAMERON)

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Virginie Montet
Agence France-Presse
Washington

Prétexte ou réelle inquiétude : la décision de la Réserve fédérale américaine (Fed) de retarder une hausse des taux d'intérêts à cause des incertitudes sur l'économie de la Chine déconcerte de nombreux économistes et investisseurs.

D'ordinaire focalisée sur les Etats-Unis pour décider du cours de sa politique monétaire, la Fed a surpris en évoquant jeudi la situation internationale pour justifier le maintien de ses taux proches de zéro.

«La Fed a décidé que tous les problèmes économiques et financiers du monde étaient son problème et vu l'incertitude sur l'économie mondiale (...) le début de la normalisation des taux va devoir attendre», s'étonnait Joel Naroff, économiste indépendant.

Ebranlées, les Bourses mondiales ont plongé dans le rouge vendredi.

Si le communiqué officiel n'a pas nommément cité la Chine, la présidente de la banque centrale Janet Yellen a été plus explicite lors de sa conférence de presse, évoquant «les risques de ralentissement de l'économie chinoise», ses conséquences sur les marchés émergents et les prix des matières premières. Sans compter l'impact des «turbulences» sur les marchés boursiers.

«La Fed ne devrait pas répondre aux hauts et bas des marchés financiers», a aussi avancé Mme Yellen. «Eh bien, ils le font !», a commenté Chris Low, économiste pour FTN Financial.

Pourtant la banque centrale semblait avoir assez d'arguments sur le front intérieur pour relever les taux, a noté Ozlem Yaylaci, d'IHS Global Insight. Janet Yellen a elle-même insisté sur le fait que «l'économie des Etats-Unis de l'économie se porte bien».

Une excuse

Mais aux yeux de Derek Scissors, économiste de l'American Enterprise Institute (AEI), le ralentissement chinois invoqué par Janet Yellen «est seulement une excuse pour ne pas relever les taux d'intérêt».

«D'habitude, les gouverneurs de la Fed ne suivent guère l'économie internationale et leur connaissance de la Chine est très limitée», assure à l'AFP cet expert de l'économie asiatique. «Ils en ont bien assez dans leur assiette avec l'économie américaine», ajoute-t-il.

Selon lui, la chute des prix des matières premières qui inquiète la Fed est déjà largement intervenue l'année passée et n'est qu'un faux prétexte.

La vraie raison du statu quo monétaire serait en réalité «la faiblesse du marché de l'emploi» américain, selon M. Scissors qui note que derrière la façade d'un taux de chômage satisfaisant (5,1%), la participation à l'emploi toujours faible et la stagnation des salaires inhibent l'inflation.

Le ralentissement de l'économie chinoise, la deuxième du monde, est pourtant bien réel. IHS Global Insight prévoit que la croissance du PIB chinois passera de 7,3% en 2014 à 6,5% en 2015 et 6,3% l'année prochaine.

«Je ne suis pas surpris que la Fed s'appuie aussi fortement sur les développements internationaux», affirme pour sa part Stephen Oliner, un ancien économiste de la Réserve fédérale. «Ils devaient décider jeudi d'agir ou de patienter encore et les dernières nouvelles sur un ralentissement de la croissance mondiale ont introduit un élément d'incertitude significatif qui pèse sur les perspectives américaines», explique à l'AFP cet économiste.

Statistiques discutables

Mais pour Joel Naroff, «on ne sait guère ce qu'il se passe en Chine, puisque leurs données économiques sont douteuses et leurs politiques très peu transparentes». Le FMI a d'ailleurs enjoint jeudi à Pékin d'«améliorer» ses statistiques économiques.

A moins qu'une autre raison, plus inquiétante, ne pousse la Fed à suspendre une hausse des taux, suggère l'expert de l'AEI. «Il est possible que sous ces commentaires d'ordre général», les membres de la Fed «doutent de la politique de change chinoise», affirme Derek Scissors.

Peut-être se disent-ils: «nous ne voulons pas toucher aux taux alors que les Chinois vont peut-être soudainement dévaluer fortement leur monnaie», affirme cet économiste. A la mi-août, une dévaluation surprise du yuan a créé de fortes turbulences.

Alors que le président chinois Xi Jinping entame une visite d'Etat à Washington la semaine prochaine, nul ne sait si une rencontre est prévue entre des responsables de la Fed et la délégation chinoise. «Ce n'est pas le genre d'annonce dont la Fed ferait la publicité. Cela effrayerait sans doute davantage que le contraire», conclut l'expert de l'AEI.

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