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Fosun veut faire connaître le Cirque du Soleil en Chine

Patrick Zhong, directeur des investissements internationaux à la firme... (Photo La Presse, Hugo-Sébastien Aubert)

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Patrick Zhong, directeur des investissements internationaux à la firme d'investissements chinoise Fosun, n'hésite pas à comparer l'entreprise mont-réalaise à des géants comme Google ou Apple.

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Jean-Michel Poirier
Le Soleil

(Montréal) En avril dernier, au terme d'un long processus mené par Goldman Sachs, la majorité des parts du Cirque du Soleil ont été vendues à un consortium d'acheteurs étrangers, l'américaine TPG et la chinoise Fosun. En entrevue au Soleil, Patrick Zhong, de la firme Fosun, évoque sa vision de l'avenir du Cirque.

La transaction qui a fait passer les rênes du Cirque du Soleil à des intérêts américains et chinois représente une opportunité immense pour le rayonnement international de l'institution québécoise, mais aussi pour son développement local, croit Patrick Zhong, directeur des investissements internationaux à la firme d'investissements chinoise Fosun.

Lui-même un grand fan du Cirque du Soleil, M. Zhong n'hésite pas à comparer l'entreprise mont­réalaise à des géants comme Google ou Apple. «Le Cirque n'a pas d'égal. C'est du divertissement, mais du divertissement à un autre niveau. Le Cirque prend ce que les gens connaissent et le réinvente spectacle après spectacle d'une manière totalement unique.»

Il estime que l'apport de Fosun permettra d'élargir les horizons du Cirque. «En tant que nouveaux partenaires du Cirque du Soleil, nous allons le soutenir afin qu'il puisse continuer à se développer.» Si le Cirque est déjà bien établi aux États-Unis, M. Zhong estime que Fosun lui donnera les outils nécessaires pour percer en Chine, après l'échec de Zaia, en 2012 sur la péninsule de Macao. «Je veux les [la direction du Cirque du Soleil] aider à comprendre ce que les Chinois veulent, ce qui les passionne, ce qui va leur donner des frissons», affirme-t-il. Et pour établir des spectacles permanents, il faut le faire au bon endroit. «J'ai justement accès aux meilleurs terrains et aux meilleurs bâtiments pour les spectacles à grand déploiement», poursuit M. Zhong.

L'échec du Cirque à Macao repose sur deux facteurs principaux, estime M. Zhong. Tout d'abord, «la marque était cruellement sous-exposée en Chine. Très peu de gens connaissaient le Cirque du Soleil en Chine». À cet égard, M. Zhong explique que Fosun s'applique à faire connaître l'entreprise québécoise en Chine «par le biais de techniques de marketing traditionnel et numérique, et par certains événements. À présent, les Chinois connaissent la marque et ont hâte qu'elle s'installe dans le pays, même s'ils n'ont pas vu de spectacle encore».

L'autre facteur est une question d'opportunité. «À l'époque, Macao était surtout reconnu pour ses casinos. Maintenant, la péninsule est beaucoup plus orientée vers le divertissement.» D'ailleurs, M. Zhong assure que le Cirque du Soleil produira un spectacle «grandiose» à Macao «à moyenne échéance».

Marché incontournable

Sans surprise, M. Zhong considère que le marché chinois est incontournable pour le succès du Cirque sur la scène internationale. Avec une classe moyenne toujours en croissance de plus de 350 millions de personnes selon plusieurs estimations, la Chine représente «le deuxième marché continental en importance pour le Cirque, après les États-Unis», analyse M. Zhong.

En guise d'exemple, le financier explique l'explosion rapide d'une industrie similaire - celle du cinéma - en Chine. «Il y a six ans, je suis débarqué à Hollywood pour rencontrer les maisons de production. À l'époque, elles pensaient à la Chine, mais ne voyaient pas le pays comme un joueur important. Quand les grands studios lancent une mégaproduction comme Avatar, ils se préoccupent surtout des recettes en Amérique du Nord. Maintenant, devant l'importance de la Chine, les grands studios se demandent d'abord de combien seront les recettes là-bas.» Il cite en exemple le dernier film de la série Rapides et dangereux, qui est le premier long métrage de l'histoire d'Hollywood à engranger davantage de recettes dans un seul marché étranger - la Chine - qu'aux États-Unis.

Le marché chinois étant «extrêmement compétitif», M. Zhong ajoute qu'une entreprise occidentale ne peut s'asseoir sur ses lauriers pour penser percer. «Chaque entreprise de mode, chaque constructeur automobile et chaque entreprise de divertissement veut s'implanter en Chine. Il faut donc offrir un produit de très haute qualité pour faire sa place. Le Cirque du Soleil a eu beaucoup de succès en Amérique du Nord, mais ce succès ne doit surtout pas être tenu pour acquis, poursuit M. Zhong. Nous devons être à l'affût des différences culturelles afin d'offrir de nouveaux spectacles de qualité qui vont toucher et surprendre le public chinois.»

Un travail d'équipe

Le Cirque du Soleil a été cédé en quatre parts. La firme américaine TPG a obtenu 55 % des parts pour devenir actionnaire majoritaire, et Fosun en a obtenu 25 %. Les 20 % restants ont été divisés à parts égales entre la Caisse de dépôt et placement du Québec et Guy Laliberté, qui a conservé 10 % des parts. Fosun aurait pu acheter elle-même l'entreprise québécoise, mais M. Zhong indique que ce n'était pas dans l'intérêt de l'entreprise. «Chez Fosun, nous croyons en une chose : pouvons-nous pousser une entreprise à son meilleur par nous-mêmes ou est-ce mieux de le faire avec des partenaires?»

Dans le cas du Cirque du Soleil, «nous travaillons avec les meilleurs partenaires possible». TPG d'abord, «qui a investi beaucoup dans les nouveaux médias et dans les technologies numériques, comme Uber et Airbnb, et qui possède une connaissance très approfondie de l'industrie du divertissement nord-américain, avec des parts chez CAA - Creative Artists Agency, l'une des plus grandes agences de gestion d'artistes au monde», consolide les acquis du Cirque en Occident, et Fosun qui leur ouvre les portes du marché asiatique. 

«D'autant plus que nous pouvons compter sur les conseils de Guy [Laliberté], que nous voulions garder avec nous pour la prochaine étape du développement du Cirque et la Caisse, qui solidifie les racines québécoises de l'entreprise», poursuit-il.

Prévoir les besoins des Chinois

Le groupe Fosun est méconnu en Occident, pourtant la firme d'investissements basée à Shanghai s'est construit, au cours des sept dernières années, un important portfolio d'entreprises lifestyle - mode, santé, voyages, divertissement et immobilier - afin de prévoir les besoins des Chinois.

«Nous provenons d'un marché où la population est très grande, avec 1,3 milliard d'habitants. Et cette population, lorsque son salaire augmente, recherche constamment à améliorer son mode de vie : elle cherche à mieux s'alimenter, à s'habiller selon les tendances et à sortir de la Chine pour voir le monde», affirme Patrick Zhong. «La démarche de Fosun cherche d'abord et avant tout à comprendre le consommateur et à anticiper ses besoins. Nous voulons comprendre ce qui l'anime maintenant oui, mais aussi nous tentons de prédire qui risque de l'animer à moyen et à long terme. Nous ne sommes pas une firme d'investissements à court terme, poursuit le financier. Nous voulons être à l'affût des changements dans les intérêts lifestyle des Chinois, et, surtout, nous voulons être en mesure de prédire la direction de ce changement.»

Prédire les changements

«Auparavant, les intérêts des consommateurs chinois étaient très orientés vers les éléments matériels : la nourriture, les vêtements, la beauté et la santé. Maintenant, nous croyons que la prochaine étape, c'est la connexion émotionnelle avec le consommateur. Ça va plus loin que ce qu'ils mangent ou que les vêtements qu'ils ont sur le dos. Nous cherchons à toucher leurs émotions. Et les émotions sont fortement liées à l'art et à la créativité», ajoute M. Zhong.

Les récents investissements de Fosun confirment cette tendance. En plus des investissements dans le Cirque du Soleil et dans Club Med, le groupe de Shanghai s'est offert Bota, le deuxième plus grand studio de cinéma en Chine. Fosun soutient aussi financièrement Studio 8, une boîte de production hollywoodienne fondée par l'ancien pdg de Warner Brothers, Jeff Rubinov. 

À terme, Fosun souhaite s'établir comme une plateforme d'investissement mondiale, avec des racines et une connaissance profondes de la Chine. «La Chine nous donne du momentum pour construire quelque chose d'encore plus grand», explique Patrick Zhong.

La force créatrice restera à Montréal

L'une des promesses faites par le consortium TPG-Fosun était de maintenir la force créatrice du Cirque du Soleil à Montréal, et Fosun entend bien la respecter. «Nous voulons envoyer un message, dire aux gens du Québec que cette entreprise leur appartient toujours», assure Patrick Zhong. Pour l'investisseur, le Cirque du Soleil est ce qu'il est «grâce à Montréal». Or, si la maison mère reste au Québec, des bureaux satellites seront ouverts dans les gros marchés, notamment en Chine. «Pour des raisons logistiques, il est plus facile d'avoir accès à des techniciens formés sur place», explique-t-il. Cela veut aussi dire que beaucoup de personnes devront être formées à Montréal.

L'expérience Club Med

Avec l'acquisition du Cirque du Soleil, Fosun ne tombe pas en terrain inconnu en matière de mise en valeur d'une marque en Chine. Avant d'en prendre le contrôle lors de la transaction évaluée à 1,1 milliard $ en janvier dernier, Fosun avait d'abord investi, en 2010, 10 % chez Club Med, le géant français des villages de vacances. «À l'époque, si vous demandiez à n'importe quelle personne de 30 ans, à Shanghai ou à Pékin, si elle connaissait Club Med, la majorité aurait répondu que non. Certains pensaient même qu'il s'agissait d'une entreprise du milieu de la santé, en raison du vocable "med". Or, si vous posiez la même question maintenant, je suis prêt à parier que plus de 90 % des réponses seraient positives», affirme M. Zhong. Même s'il n'a pu se prononcer sur le sujet lors de l'entrevue, Club Med négocie depuis plusieurs mois avec le Massif de Charlevoix afin d'y construire un «village neige».

La culture chinoise du cirque

La culture chinoise est indissociable des arts du cirque, notamment en matière d'acrobaties. «Je crois que l'industrie du cirque, en Chine, a un profond respect pour le Cirque du Soleil», indique M. Zhong. «Et, ce qui est génial avec le Cirque du Soleil, c'est qu'il arrive à comprendre et à incorporer dans ses spectacles les plus belles formes d'art à travers le monde», ajoute-t-il. «Cela dit, je crois que le Cirque du Soleil n'est pas vraiment du cirque. Oui, il y a des acrobaties, mais c'est beaucoup plus que ça. C'est aussi la musique et les images. C'est du divertissement dans un sens beaucoup plus large.»

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