Une récession qui n'aura fait que passer

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(Québec) Aussitôt annoncée, la récession technique au Canada a pratiquement aussitôt disparu du radar des économistes.

Comme prévu, la récession technique de l'économie canadienne s'est confirmée, mardi matin, avec la publication par Statistique Canada des dernières données sur le produit intérieur brut (PIB).

L'économie est tombée en récession après une contraction de 0,1 % du PIB au deuxième trimestre. Pour les trois premiers mois de 2015, le PIB avait reculé de 0,2 %.

En supposant que la tendance va se maintenir sur un horizon de 12 mois, le PIB a reculé de 0,5 % au deuxième trimestre. Pour les trois premiers mois de 2015, le recul du PIB en taux annualisé avait été de 0,8 %.

Rappelons que les experts s'entendent pour affirmer qu'une récession apparaît dans le paysage économique au moment où le PIB chute pour un deuxième trimestre consécutif.

Officiellement, donc, le Canada était en récession au terme du deuxième trimestre qui se terminait le 30 juin. Du même coup, le Canada vivait sa deuxième récession en six ans après celle de la fin de 2008 et du début de 2009.

Provoqué par la forte baisse des dépenses et des investissements des entreprises dans les secteurs pétroliers, gaziers et miniers, ainsi que par le ralentissement dans le secteur manufacturier, le recul du PIB au deuxième trimestre a cependant été moins marqué que le prévoyait la majorité des analystes qui s'attendaient à une correction de 0,8 %.

Déjà du passé

À la lumière des résultats du comportement du PIB au cours du mois de juin - le dernier mois du deuxième trimestre - par rapport à mai, il faut se demander si la récession n'est pas déjà du passé. Chose certaine, elle pourrait être de courte durée.

En effet, Statistique Canada fait état d'un rebond de 0,5 % du PIB en juin par rapport à mai. Une remontée qui survient après cinq baisses mensuelles consécutives.

Malmené depuis un an, le secteur de l'extraction de pétrole et gaz a progressé de 3,9 % en juin, après des replis de 3,5 % en avril et de 0,5 % en mai.

La production manufacturière a aussi connu un bon mois de juin. Elle a enregistré une hausse de 0,4 % après une contraction de 1,6 % le mois précédent.

«Le mot récession peut soulever de nombreuses inquiétudes et c'est pourquoi nous qualifions celle-ci de technique», fait remarquer Benoit P. Durocher, économiste principal au Mouvement Desjardins.

«C'est que l'amplitude du recul du PIB au cours des deux premiers trimestres de 2015 est beaucoup plus faible que les baisses observées lors des épisodes précédents de récession», explique-t-il.

«Cela vient du fait que les difficultés actuelles de l'économie ne sont pas généralisées. Elles sont surtout concentrées au sein de certains secteurs, soit l'énergie, les mines ainsi que celui de la fabrication en raison particulièrement de la baisse des investissements au Canada dans le secteur des ressources. Les difficultés sont également concentrées dans les provinces productrices de pétrole, soit l'Alberta, la Saskatchewan et Terre‑Neuve-et‑Labrador. Les perspectives demeurent donc plus favorables ailleurs au pays.»

Et les résultats encourageants enregistrés en juin «jettent des bases plus solides pour le prochain trimestre», ajoute M. Durocher en soulignant que la Banque du Canada avait de quoi être rassurée même si l'économie canadienne est en récession technique.

«D'une part, l'ampleur du recul du PIB est assez faible. D'autre part, des signes encourageants laissent envisager un retour rapide en territoire positif. Dans ces conditions, les autorités monétaires décideront probablement de laisser leurs taux d'intérêt directeurs inchangés lors de leur réunion du 9 septembre. Par contre, on ne peut écarter la possibilité d'une troisième baisse du taux cible des fonds à un jour plus tard en fin d'année si jamais le rebond anticipé de l'économie canadienne devait décevoir.»

Autre signe prometteur pour le pays : l'accélération de la croissance aux États-Unis qui s'est établie à 3,7 % en rythme annualisé au deuxième trimestre. 

Pas d'impact sur les consommateurs

Par ailleurs, Benoit P. Durocher ne croit pas que la simple mention du mot récession - qu'elle soit technique ou pas - puisse miner la confiance des ménages et faire en sorte d'aggraver la situation.

«Évidemment, tout le monde est à l'affût de ce qui se passe dans l'actualité», constate-t-il. 

Le contexte électoral actuel au Canada fait en sorte qu'une nouvelle annonçant que le pays est en récession prend davantage d'ampleur. Les partis d'opposition se faisant un malin plaisir à lancer des tomates au gouvernement sortant et à évoquer les pires scénarios.

De l'avis de M. Durocher, d'autres facteurs influencent également - sinon plus - le comportement de consommateurs, notamment l'emploi, les revenus et les taux d'intérêt.

L'économiste rappelle qu'au cours du deuxième trimestre, les dépenses des ménages n'ont pas diminué. Au contraire. Elles ont plutôt augmenté de 0,6 % après avoir progressé de 0,1 % au premier trimestre. 

Apprendre à ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier

Pour le président des Manufacturiers Exportateurs du Québec (MEQ), Éric Tétreault, il y a une belle leçon à tirer de la récession technique dans laquelle s'est retrouvé le Canada au terme des six premiers mois de l'année.

«Nous aurions pu éviter cet épisode si les gouvernements avaient choisi de ne pas mettre tous leurs oeufs dans un même panier - celui des pétroles et gaz, une industrie fortement soumise à la spéculation - délaissant du même coup le secteur manufacturier.»

Abandonné et affaibli par les choix stratégiques des politiciens, le secteur manufacturier n'a pas été assez fort pour soutenir à lui seul l'économie canadienne au moment où l'industrie pétrolière encaissait le contrecoup de la chute des prix de l'or noir et faisait plonger le pays dans une récession technique.

«La leçon doit être apprise. Il faut investir massivement pour soutenir le secteur manufacturier et ça doit se faire sur deux fronts : celui de la formation de la main-d'oeuvre et celui de l'innovation», plaide au Soleil le président des Manufacturiers Exportateurs, une association dont la mission est d'améliorer l'environnement d'affaires et d'aider les entreprises manufacturières et exportatrices à être plus compétitives sur les marchés locaux et internationaux.

En dépit de l'annonce de mardi indiquant que le Canada se trouvait en situation de récession technique à la fin du deuxième trimestre, les chefs d'entreprise n'ont pas le moral dans les talons, assure M. Tétreault. «Ils ont appris à évoluer dans un environnement marqué par une forte instabilité.

«La reprise économique est bien installée», rend compte M. Tétreault. «Nous avons une devise qui nous favorise dans nos échanges avec les Américains et l'économie chez nos voisins du sud montre encore plus de vigueur que les experts attendaient. C'est pas mal plus important que de petites variations de décimales dans les chiffres sur la croissance économique.»  

Avec AFP

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