Sortir de l'école pour apprendre son métier

Les soeurs Jennifer et Kristina Bourgault. La session... (Photo fournie par le Cégep de Thetford)

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Les soeurs Jennifer et Kristina Bourgault. La session dernière, elles étaient étudiantes au programme Techniques de la plasturgie au Cégep de Thetford. Aujourd'hui, elles sont toutes les deux sur le marché du travail. Kristina travaille au Centre de technologie minérale et de plasturgie.

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(Québec) Un projet d'agrandissement de plus de 5 millions $ permettra à DSD International, une entreprise de Thetford Mines spécialisée dans l'injection, l'assemblage et l'emballage de pièces techniques fabriquées à partir de matières plastiques, d'ajouter une corde à son arc avec l'ouverture prochaine d'un département d'extrusion.

Le défi pour la présidente Sonia Vachon et son équipe sera de pourvoir une quinzaine de nouveaux postes qui s'ajouteront à la centaine déjà existants.

«Il est difficile de trouver de la main-d'oeuvre qualifiée dans notre secteur d'activité», témoigne-t-elle. «Il existe une véritable pénurie de techniciens en transformation des matières plastiques.»

Pour remédier à la rareté de ressources spécialisées, les entreprises n'ont pas le choix de former leur main-d'oeuvre à l'interne. Ça coûte des sous, ça prend du temps, et les résultats ne sont pas toujours concluants à la fois pour le travailleur et pour l'entreprise.

Heureusement, Sonia Vachon pourrait bientôt voir un peu de lumière au bout du tunnel.En effet, le ministre de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, François Blais, vient de confier une mission spéciale au Cégep de Thetford. S'inspirer de l'approche duale allemande pour redonner des ailes au programme Techniques de la plasturgie, qui n'attire, en moyenne, que moins de 10 étudiants par année alors que les besoins de main-d'oeuvre spécialisée sont criants dans les 519 entreprises du secteur des plastiques et des composites au Québec. Signalons que le Cégep de Thetford est le seul établissement du réseau collégial dans la Belle Province à former des techniciens en transformation des matières plastiques.

Premier flirt avec le modèle allemand

Offerte sous forme de projet pilote, l'initiative permettra aux étudiants de poursuivre leur formation tout en acquérant de l'expérience en milieu de travail.

C'est la première fois que le Québec flirte avec l'approche duale allemande.

«L'objectif est d'arrimer la formation technique collégiale aux exigences et aux besoins directs du marché du travail en incorporant une partie importante des apprentissages à réaliser dans les entreprises ou par l'entremise de projets réalisés avec et pour les entreprises», explique la directrice des études du Cégep de Thetford, Odette Côté.

Concrètement, 60 % du temps des étudiants sera consacré à des activités d'apprentissage réalisées dans les entreprises. Sur place, ils seront accompagnés et supervisés par un enseignant du département de plasturgie.

L'autre 40 % du temps d'enseignement sera accordé aux connaissances spécifiques dans une approche de pédagogie traditionnelle en classe et en laboratoire au cégep. Par exemple, les cours de français, de philosophie et d'anglais continueront d'être donnés dans les locaux du cégep.

«Les diplômés vont acquérir les compétences requises pour répondre aux besoins des entreprises en matière de conception technique de produits et d'outillage, de planification, d'organisation et de lancement de la production, mais aussi d'implantation et de contrôle de la qualité ainsi que de supervision», précise Mme Côté.

«L'entreprise n'a pas à se substituer à l'enseignant», prend-elle soin de mentionner. «Sa principale responsabilité consiste à fournir des projets et des tâches pouvant être réalisés par les étudiants qui peuvent s'intégrer aux activités existantes de l'entreprise ou en parallèle à celles-ci.»

Adéquation entre la formation et l'emploi

Les étudiants y trouveront leur compte également. Ils pourront réaliser des projets réels de conception de pièces en plastique dans un contexte industriel. Ils se familiariseront avec les différentes technologies présentes dans les entreprises. Ils développeront une expertise pratique. Ils établiront des liens avec les entreprises afin d'y dénicher un emploi. Enfin, ils apprendront la culture du milieu industriel et ils seront mieux préparés à l'intégrer à la fin de leurs études.

«Notre gouvernement a pris un engagement ferme pour assurer une meilleure adéquation entre la formation et les besoins du marché du travail», a déclaré le ministre Blais lors de l'annonce de l'implantation de ce nouveau programme le 20 août dernier. «Les étudiants recevront une formation avec apprentissages en milieu de travail plus dynamique et plus représentative des emplois. Ils pourront ainsi mieux répondre aux besoins de main-d'oeuvre du domaine de la plasturgie au Québec.»

En entrevue au Soleil en octobre 2014, François Blais, alors ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, disait vouloir prendre exemple sur l'Allemagne, qui s'est dotée d'un système d'éducation dans lequel les jeunes font l'alternance entre la formation en milieu scolaire et les stages en entreprise.

«La philosophie derrière l'approche duale consiste à intégrer et à faire évoluer, dès le début de la formation, l'étudiant dans un contexte industriel», explique Odette Côté. «La version que nous proposons consiste à utiliser des projets industriels réels ou basés sur des projets réels comme contexte d'apprentissage pour nos étudiants.»

Il s'agit d'une approche différente que celle de la populaire formule alternance travail-études par laquelle l'apprentissage du métier ou de la profession intègre, de façon structurée, des séquences en classe et en entreprise.

Les entreprises ont été nombreuses à lever la... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet) - image 2.0

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Les entreprises ont été nombreuses à lever la main pour participer au projet pilote du Cégep de Thetford. Plastiques Moore en fait partie.

Photothèque Le Soleil, Yan Doublet

Les entreprises embarquent

Dès que le ministre de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, François Blais, a passé sa «commande» au Cégep de Thetford pour réorganiser rapidement le programme d'études Techniques de la plasturgie en s'inspirant de l'approche duale allemande, la direction de l'établissement s'est aussitôt tournée vers les entreprises du secteur des plastiques et des matériaux composites à la recherche de partenaires pour l'accompagner dans la mise en oeuvre de ce projet novateur et unique au Québec.

C'est par dizaines que les volontaires ont levé la main.

Dans la région de la Chaudière-Appalaches, IPL, Plastiques Moore, Plastique Micron, I. Thibault, Moulexpert, Plasti-Tom, DSD International et Emballages E.B., entre autres, ont répondu à l'appel du Cégep de Thetford.

«Ce n'est que la pointe de l'iceberg», affirme Simon Chrétien, directeur général de la Vallée de la plasturgie, un organisme qui fait la promotion de l'industrie des plastiques et des matériaux composites dans la Chaudière-Appalaches. Troisième en importance à l'échelle de la Belle Province dans ce secteur d'activité, cette région regroupe 65 entreprises et plus de 5000 travailleurs.

«C'est bien simple, tout le monde au Québec veut mettre la main à la pâte», ajoute-t-il.

Des postes de technicien en transformation des matières plastiques laissés vacants faute de candidats, c'est la norme dans l'industrie. C'est particulièrement le cas dans la Chaudière-Appalaches, où le taux de chômage affichait un maigre 4,5 % en juillet. Le plus bas au Québec.

Remède de cheval

Selon Simon Chrétien, un remède de cheval s'imposait pour susciter l'intérêt des jeunes pour les carrières dans la plasturgie.

L'implantation du nouveau programme semble faire bouger les choses, puisque le Cégep de Thetford accueille, cette session, 19 nouveaux étudiants. Généralement, ils sont deux fois moins. Il faut toutefois mentionner que depuis l'an dernier, l'établissement met les bouchées doubles pour faire connaître le programme d'études Techniques de la plasturgie aux jeunes des écoles secondaires.

«Aujourd'hui, beaucoup de jeunes rêvent à un système d'enseignement différent dans lequel ils vont passer moins de temps sur les bancs d'école et plus dans les milieux de travail», explique Simon Chrétien en mentionnant que l'adaptation québécoise de l'approche duale allemande pourrait éventuellement être la bouée de sauvetage de plusieurs programmes d'enseignement technique qui peinent à attirer des étudiants, mais pour lesquels les perspectives d'emploi sont favorables.

De l'or en barre

Évidemment, les futurs finissants du nouveau programme d'études Techniques de la plasturgie représenteront de l'or en barre pour les entreprises.

«En sortant de l'école, les étudiants n'auront pas seulement une approche théorique du métier de technicien en transformation des matières plastiques. Ils auront connu la vraie vie au sein d'une entreprise. Ils auront appris à travailler avec les équipements et les technologies les plus modernes qui soient», estime la présidente de DSD International, Sonia Vachon, en signalant que l'implantation de ce nouveau programme à Thetford Mines allait contribuer au maintien en région des jeunes, puisqu'ils auront accès à des emplois de qualité dans leur coin de pays.

«C'est certain que le quotidien des entreprises sera un peu dérangé lorsque les étudiants et leur enseignant s'installeront dans l'usine. [...] Toutefois, le jeu en vaut la chandelle», affirme le directeur général de la Vallée de la plasturgie.

La formation duale allemande

  • Le mot dual signifie l'alternance entre une formation pratique en entreprise et une formation scolaire dans une école professionnelle.
  • Environ un tiers des Allemands qui ne travaillent pas dans des métiers requérant une formation universitaire ont suivi une formation en alternance.
  • Selon les métiers, la formation dure entre deux ans et trois ans et demi.
  • Des formations en entreprise sont proposées dans l'industrie, dans le commerce, dans le secteur des services, dans les professions indépendantes ainsi que dans le service public.
  • En général, l'apprenti travaille entre trois et quatre jours dans l'entreprise où il acquiert les connaissances pratiques ou artisanales de son métier.
  • Il doit aussi suivre de 8 à 12 heures de cours par semaine dans une école professionnelle.
  • Ce type de formation est financée par les entreprises qui versent une rémunération aux apprentis et par l'État qui finance les écoles professionnelles.
Source : Portail de deutschland.de

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