Le projet Resolve prend le large

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(Québec) Son contrat du gouvernement fédéral pour la conversion d'un porte-conteneurs en un navire de ravitaillement pour la Marine royale canadienne, Chantier Davie ne l'a toujours pas en poche, mais c'est tout comme. «Depuis le 1er août, nous fonçons», affirme le chef de la direction du projet Resolve, Spencer Fraser.

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Pesant près de 20 000 tonnes, le NS Asterix fait 183 mètres de long sur 26 mètres de large.

Photo fournie par Davie

Le 1er août dernier, le ministre de la Défense, Jason Kenney, annonçait que le gouvernement du Canada avait signé une lettre d'intention avec Chantier Davie et le projet Resolve - la compagnie formée pour mener à bon port le projet dont le principal actionnaire est Inocea UK, le propriétaire du chantier naval de Lévis - pour continuer les discussions concernant le contrat de services de soutien en mer pour la flotte de la marine.Entre autres, les parties doivent s'entendre sur la durée pendant laquelle le projet Resolve louera son navire ravitailleur à la marine. «Puisqu'il s'agit d'une solution à court terme, on parle d'une période minimum de cinq ans», explique M. Fraser au Soleil.

Dans le jargon du ministère des Travaux publics et des Services gouvernementaux, une lettre d'intention n'est pas un contrat. Elle constitue, par contre, «un engagement obligatoire à passer un contrat avec un fournisseur désigné.»

«C'est une entente qui est utilisée pour confirmer les exigences du Canada et son intention de poursuivre les discussions afin de déterminer s'il est possible de parvenir à un accord commun avec une entreprise précise», laisse savoir le ministère dans un courriel expédié au Soleil. «Une lettre d'intention est généralement utilisée lorsque le caractère urgent des travaux exige qu'un nombre limité d'activités soient entreprises avant de pouvoir parachever les modalités du contrat. La lettre fournirait aussi une certaine protection financière pour certaines dépenses préapprouvées, à la discrétion du Canada et dans le cas où un accord commun n'est pas conclu.»

Pendant que les politiciens en campagne électorale se tiraillent sur la portée de cette fameuse lettre d'intention, le projet Resolve est bel et bien déjà sur les rails.

Pas de risques de mauvaises surprises

Chantier Davie et ses principaux partenaires - NavTech, un leader de Québec dans le domaine de l'architecture navale, et le Groupe Aecon, une entreprise qui possède de grandes installations de fabrication modulaire et de tuyauterie dans les provinces maritimes - viennent d'annoncer la signature d'un contrat avec la firme ontarienne Hepburn Engineering pour la fourniture des systèmes de ravitaillement en mer qui seront installés à bord du navire. «Les systèmes d'Hepburn sont les meilleurs au monde», tranche Spencer Fraser.

Le projet Resolve a aussi acheté un bateau. Pas un rafiot. Un porte-conteneurs construit en 2010 en Allemagne. Un navire de près de 20 000 tonnes, le Asterix fait 183 mètres de long par 26 mètres de large.

«Nous avons consacré beaucoup de temps pour trouver un bateau qui nous permettrait d'effectuer la conversion rapidement et à un coût raisonnable. Avec un bateau relativement jeune entre les mains et construit dans un pays où les standards de fabrication dans l'industrie navale sont très élevés, nous risquons moins d'avoir de mauvaises surprises lors de son démantèlement», indique M. Fraser en signalant que la déconstruction du Asterix allait se faire au chantier du Groupe Aecon en Nouvelle-Écosse, car l'entreprise y a développé une expertise pointue en la matière. Il prendra ensuite la direction de Lévis où sa transformation se poursuivra.

Le chef de la direction du projet Resolve insiste sur le fait que Chantier Davie avait réussi à regrouper autour de lui une kyrielle d'entreprises canadiennes possédant un savoir-faire «exemplaire» dans leur domaine respectif.

Il y a déjà plus d'un an que Chantier Davie et ses partenaires planchent sur le projet de reconstruire un navire commercial à des fins militaires.

Pratiquement du jour au lendemain, la Marine royale canadienne s'est retrouvée, en 2014, sans aucune capacité pour approvisionner en mer ses frégates et ses hélicoptères en carburant, munitions, eau, nourriture et diverses pièces de rechange. Le NCSM Protecteur a été détruit lors d'un incendie. Quant au NCSM Preserver, il a été mis au rancart. Trop rouillé pour poursuivre sa mission.

«Nous savions que la marine allait avoir besoin d'une capacité de ravitaillement à court terme en attendant une solution permanente», mentionne Spencer Fraser. Pour le gouvernement, il fallait assurer le relais en attendant la mise en service du nouveau navire de soutien interarmées qui est prévue pour 2021.

Ce que propose le projet Resolve au gouvernement canadien, c'est une solution provisoire qui permettra le déploiement d'un service clé en main, rapide, abordable et conforme aux spécifications de la marine. Un navire ravitailleur à double coque avec une triple protection des réservoirs de carburant qu'il sera possible de livrer dans un délai de 18 à 24 mois.

De l'avis de Spencer Fraser, le Canada va ainsi réaliser une affaire intéressante. Et les contribuables aussi. «Le gouvernement ne paiera pas un sou avant que nous fassions la livraison du navire à la Marine royale canadienne.»

C'est sans compter les retombées économiques qui bénéficieront à plusieurs régions du Canada. Par exemple, Davie compte rappeler au travail près de 200 travailleurs, ce qui lui permettra de dépasser le cap des 1000 employés.

Pour le moment, les dirigeants du projet Resolve ne veulent pas divulguer le montant des travaux de conversion du Asterix. Il sera communiqué au moment de la signature du contrat avec Ottawa.

Un marché prometteur

Pour Chantier Davie et ses partenaires, la reconversion de navires pourrait s'avérer un marché fort intéressant au cours des prochaines années tant au pays qu'ailleurs dans le monde. D'ailleurs, le projet Resolve détient auprès du vendeur du Asterix une option lui permettant d'acquérir un deuxième navire.

Pour la petite histoire, signalons que ce n'est pas la première fois que Davie construira un pétrolier ravitailleur pour la Marine royale canadienne. 

Dans les années 60, le NCSM Provider était sorti des cales du chantier naval de Lévis. Il constituait, à l'époque, le tout premier pétrolier ravitailleur de la flotte canadienne. Il a servi le Canada jusqu'en 1998 avant de finir ses jours chez un ferrailleur en Turquie en 2003.

Les grandes étapes de la conversion

Les grandes étapes de la conversion du porte-conteneurs Asterix acheté par le Projet Resolve au Chantier Davie Canada à Lévis et à celui du Groupe Aecon à Pictou en Nouvelle-Écosse. Le navire doit arriver dans les eaux canadiennes à la fin du mois d'octobre.

  • Étape 1: Livraison du porte-conteneurs Asterix au chantier du Groupe Aecon à Pictou en Nouvelle-Écosse, où les équipements et les soutes pour les conteneurs seront enlevés.
  • Étape 2: Fabrication au Chantier Davie Canada à Lévis d'une nouvelle charpente d'acier et des accommodations intérieures qui seront installées sur le navire. Ces travaux ont débuté au début du mois d'août.
  • Étape 3: Arrivée au printemps 2016 du Asterix «déshabillé» au Chantier Davie Canada.
  • Étape 4: Installation de nouveaux réservoirs de carburant.
  • Étape 5: Installation de nouveaux équipements et des ponts.
  • Étape 6: Installation des hangars et d'un héliport.
  • Étape 7: Installation des systèmes de propulsion supplémentaire ainsi que des équipements de stockage pour la cargaison.
  • Étape 8: Installation des systèmes de ravitaillement en mer.
  • Étape 9: Livraison du bateau à la Marine royale canadienne, qui louera le nouveau navire ravitailleur pour le soutien en mer pour une période déterminée. 

Ce que l'on trouvera à bord

› Des installations permettant le ravitaillement en mer pour des produits solides et liquides.

› Deux grues permettant de charger et de décharger des conteneurs.

› Un grand héliport capable de recevoir les plus grands hélicoptères utilisés par les pays de l'OTAN, y compris les Chinooks, ces hélicoptères de transport lourd.

› Deux hangars d'avion.

› Un hôpital.

› De l'hébergement pour soutenir les hommes et les femmes en service ainsi des dortoirs pour les opérations de secours humanitaires à grande échelle.

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