Parizeau, l'homme qui a redonné l'économie du Québec aux Québécois

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Jacques Parizeau

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(Québec) La frousse s'empare du monde des affaires. Le 15 novembre 1976, le Parti québécois (PQ) prend le pouvoir.

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En août 1994, avec sa femme Lisette Lapointe et le vice-président du Fonds de solidarité de la FTQ, Jean Martin (à gauche) 

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Jean Campeau, le patron de la Caisse de dépôt et placement de 1980 à 1990, se souvient de Jacques Parizeau comme d'un ministre des Finances qui écrivait lui-même chaque ligne de son discours sur le budget. 

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«Sur la rue Saint-Jacques, à Montréal, il y a des banquiers qui tentent de faire contre mauvaise fortune bon coeur et qui se consolent en disant : "Parizeau est là, ça ne sera pas si pire."»

Jean Campeau - celui qui allait devenir patron de la Caisse de dépôt et placement de 1980 à 1990 - était alors directeur de la gestion de la dette publique au ministère des Finances avant d'être nommé sous-ministre adjoint au financement.

«Après le dépôt de son premier budget, M. Parizeau avait rallié une bonne partie des gens d'affaires. Peut-être pas au point pour qu'ils votent pour le PQ, mais suffisamment pour calmer leurs craintes. La crédibilité de Jacques Parizeau, le professeur tant apprécié des HEC, avait son oeuvre.»

Il se souvient aussi d'un discours prononcé à Londres, peu de temps après que le nouveau gouvernement péquiste eut réalisé un emprunt important. «Tous les présidents des banques européennes étaient venus l'écouter.»

«Jacques Parizeau a donné une crédibilité sur le plan économique au mouvement indépendantiste dominé par des journalistes, des avocats et des poètes», souligne l'ancien ministre libéral Claude Castonguay. 

Les deux hommes ont été de proches conseillers du premier ministre Jean Lesage au début des années 60. Avec d'autres artisans de la Révolution tranquille, ils ont préparé le terrain à l'implantation du Régime des rentes du Québec et à la création de la Caisse de dépôt.

«Il était issu d'une famille aisée d'Outremont appartenant à la bourgeoisie. Fait remarquable à l'époque, il était titulaire d'un doctorat en économie de la London School of Economics. Il apportait une pensée économique au PQ.»

De l'avis de Claude Castonguay, c'est en jouant la carte de la crédibilité que Jacques Parizeau est parvenu à mener à bon port le dossier de la création de la Caisse de dépôt qui suscitait de fortes résistances dans le secteur privé.

Pour sa part, Jean Campeau parle de l'«invisibilité» de Jacques Parizeau. «Il agissait comme celui qui ne pouvait pas perdre. Quand tu travaillais pour M. Parizeau, tu te sentais aussi invincible que lui.»

Rien de surprenant au fait qu'il en vienne à brasser la cage et à faire en sorte que les Québécois prennent de plus en plus le contrôle de leur économie. «Dans les années 60, ils étaient nombreux à penser que c'était impossible d'en arriver là», se remémore Claude Castonguay.

«Avant la création de la Caisse de dépôt, le Québec devait aller se mettre à genoux devant les banquiers à chaque fois qu'il devait emprunter des sous. L'histoire a changé avec la Caisse dans le décor pour épauler le gouvernement avec l'épargne des Québécois», souligne Jean Campeau.

Et que dire de la création du Régime d'épargne-actions (REA), une initiative contenue dans le budget 1979-1980?

«À ce moment-là, au Québec, la mode était surtout aux obligations. Les courtiers ne vendaient pas beaucoup d'actions à leurs clients. En même temps, il y avait des tas de petites entreprises qui éprouvaient des misères à se financer. Avec le REA, M. Parizeau a donné le goût aux Québécois de posséder un portefeuille d'actions et a permis aux entreprises d'avoir accès à du capital», explique M. Campeau en rappelant que la Société générale de financement avait également vu le jour sous l'impulsion du gouvernement Lesage et de Jacques Parizeau.

«Son jugement, par contre, n'a pas été à toute épreuve», prend soin de souligner Claude Castonguay qui ne veut surtout pas discréditer Jacques Parizeau, mais plutôt «apporter une certaine perspective» dans le concert d'éloges à l'endroit de l'ancien premier ministre. Il plaide en faveur du droit à l'erreur pour tous les politiciens, principalement pour ceux qui ont connu un parcours semblable à

M. Parizeau.

Il fait notamment allusion à la nationalisation de l'amiante et au choix de privilégier l'énergie nucléaire à l'hydroélectricité au moment où le débat entourant le projet de développement de la Baie James battait son plein.

M. Castonguay rappelle qu'à l'époque, l'Ontario et la France, notamment, avaient opté pour le développement de la filière nucléaire.

«Ici, au Québec, nous avions l'avantage de l'hydroélectricité. C'est la voie que le gouvernement de Robert Bourassa, dont je faisais partie, avait choisie. Personne n'a jamais critiqué, par la suite, le choix que nous avions fait.»

Le théâtre de la politique

«Des conversations que j'ai eues avec lui, Jacques Parizeau m'avait dit qu'il aimait bien jouer des rôles», raconte Claude Castonguay.

«Sans être péjoratif, il s'était créé un personnage. Celui d'un financier à l'allure britannique. On se souvient de lui avec ses habits trois-pièces et son doigt enfoncé dans la petite poche de sa veste. Dans le théâtre de la politique, il a très bien joué son rôle. C'est sans doute ce qui faisait que les Québécois l'écoutaient.»

Jean Campeau se souviendra d'un travailleur «acharné» - Jacques Parizeau dirigeait trois ministères (Finances, Revenu et Conseil du trésor) - et d'un ministre des Finances qui écrivait lui-même chaque ligne de son discours sur le budget.

Quatre grandes contributions

Quatre grandes contributions de Jacques Parizeau, en tant que conseiller économique des premiers ministres Jean Lesage et Daniel Johnson et ministre des Finances du Québec, à l'essor économique du Québec.

  • 1962 Nationalisation de l'électricité
  • 1962 Mise sur pied de la Société générale de financement (SGF), une société d'État spécialisée dans le financement de projets destinés à favoriser la croissance économique du Québec.
  • 1965 Entrée en vigueur du Régime des rentes du Québec et création de la Caisse de dépôt et placement du Québec
  • 1972 Création du Régime d'épargne-action (REA) qui permettait aux contribuables de déduire de leur revenu imposable les sommes investies dans l'achat d'actions d'entreprises québécoises.

Ce qu'ils ont dit...

«M. Parizeau partageait une vision et une grande ambition pour l'économie du Québec, qui a mené à la création de la Caisse de dépôt. En osant réaliser ce que peu pouvaient même imaginer à l'époque, il a innové et bâti une institution phare du Québec moderne. La Caisse est devenue une force économique et financière, ici et dans le monde, au grand bénéfice des Québécois. Il a de plus contribué à l'émergence de grands fleurons québécois, grâce à des moyens financiers novateurs comme le Régime d'épargne-actions du Québec.»

Michael Sabia
Président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec

«Respecté de tous, M. Parizeau aura été un grand homme d'État, artisan de plusieurs institutions qui ont marqué le Québec économique moderne. Il était un homme de convictions et d'engagement. Il fut surtout un économiste hors du commun, qui a contribué à l'éducation financière de plusieurs générations. Nous reconnaissons en lui la rigueur intellectuelle et l'esprit d'un grand visionnaire.»

Monique Leroux
Présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins

«M. Parizeau aura eu un impact important sur le développement de notre entreprise et sur celui de plusieurs autres. En 1983, au moment de faire son entrée en Bourse, Cascades est devenue la première entreprise à se prévaloir du Régime épargne-actions du Québec dont Jacques Parizeau a été l'architecte. En incitant les Québécois à investir dans les entreprises d'ici, il aura permis d'accélérer la croissance de l'économie québécoise.»

Les frères Bernard, Laurent et Alain Lemaire
Fondateurs de Cascades
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