Gentilly-2: Hydro a vendu 75 000 $ une turbine de 79 millions $

Gentilly-2... (Le Nouvelliste, Émilie O'Connor)

Agrandir

Gentilly-2

Le Nouvelliste, Émilie O'Connor

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Michel Corbeil</p>

(Québec) Décision coûteuse que de fermer Gentilly-2. Hydro-Québec a bradé les rotors tout neufs d'une turbine, valant 79 millions $, en les cédant pour 75 000 $ à un ferrailleur.

La Vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc a... (La Presse Canadienne, Jacques Boissinot) - image 1.0

Agrandir

La Vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc a présenté son rapport à l'Assemblée nationale, mercredi.

La Presse Canadienne, Jacques Boissinot

Gestion déficiente, suivi manquant de rigueur, vente à rabais, le dernier rapport de la Vérificatrice générale Guylaine Leclerc raconte une histoire qui fait mal paraître la société d'État.

En 2008, sous le gouvernement libéral de Jean Charest, Hydro a mis en route un projet de réfection de la centrale nucléaire de 1,9 milliard $. Le 20 septembre 2012, au lendemain de la formation de son Conseil des ministres, la chef péquiste Pauline Marois a annoncé le démantèlement des installations et l'arrêt du projet, alors évalué à 4,9 milliards $.

Selon le dossier de la Vérificatrice, quatre ans après le début des travaux, à peine 200 millions $ pour divers équipements, dont la turbine, ont été achetés par Hydro. L'équipe de Mme Leclerc suggère que la société d'État a timidement tenté de revendre des rotors, jamais utilisés, jamais installés, nullement contaminés, selon l'expression consacrée, encore dans leurs boîtes.

La vérification s'est heurtée au mur de l'absence de documents justificatifs. «Dans la mise en oeuvre du processus de vente des équipements neufs, des décisions importantes n'ont pas été documentées et la responsabilité de celles-ci demeure floue.»

C'est le cas pour l'opération de recherche des acheteurs potentiels, qui a duré trois mois. Elle s'est conclue par la décision de se rabattre sur une négociation directe avec le fabricant. Celui-ci s'est désisté en septembre 2014. Le recours à un appel de propositions n'a pas été envisagé, rapportent les vérificateurs.

Le rapport signale qu'il n'y a pas eu davantage d'appel d'offres ouvert - ce que des experts indépendants avaient suggéré - aux entreprises d'Amérique du Nord lorsqu'il a été décidé de s'adresser aux recycleurs de métaux pour se débarrasser de l'équipement.

D'ailleurs, à ce stade, «la sélection des acquéreurs potentiels a été réalisée de façon discrétionnaire». Et les propositions des firmes oeuvrant dans le recyclage ont été «ouvertes [...] avant la date et l'heure fixée» du dévoilement d'un contrat prévoyant la destruction de l'équipement pour qu'il ne soit plus réutilisable.

L'influente société qui appartient au gouvernement a négligé de produire un inventaire de tout le matériel soldé. Là aussi, «le manque d'information» empêche la Vérificatrice d'estimer la valeur de ce qui a été mis à la ferraille. Mais elle se dit qu'elle a été «minimalement sous-évaluée» de 44 000 $.

En conférence de presse, la Vérificatrice a reconnu que la valeur du matériel et l'attention politique et médiatique que suscitait la fermeture de la centrale nucléaire auraient entraîné une meilleure gestion du dossier. «Nous nous serions attendus à ce qu'Hydro travaille avec beaucoup de transparence.»

Le ministre Pierre Arcand (Ressources naturelles) s'est tout de même porté à la défense d'Hydro. Les rotors étaient du sur-mesure pour Gentilly-2, donc difficilement revendables, a-t-il fait valoir. Il a signalé que sept firmes se sont manifestées pour récupérer l'équipement, mais qu'une d'entre elles a demandé qu'on la paye 460 000 $ pour s'en occuper.

S'il y a eu manquement, il ne saurait être que mineur. «Délais et frais d'entreposage» auraient probablement effacé un hypothétique gain de 44 000 $, a-t-il poursuivi. Quant à l'urgence pour Hydro d'agir, Pierre Arcand a laissé tomber que «je n'étais pas au pouvoir, à ce moment-là».

Le chef de la Coalition avenir Québec a qualifié la réponse d'Hydro de «non-sens». Confié au privé, l'actif aurait rapporté plus que les 75 000 $, a affirmé François Legault, demandant au gouvernement «d'aller au fond du dossier. Est-ce qu'il y a des problèmes de corruption, de mauvaise gestion?»

Appels d'offres: Loto-Québec ne joue pas bien le jeu

Au jeu des appels d'offres, Loto-Québec gagne moins qu'elle le devrait, suggère le rapport de la vérificatrice générale Guylaine Leclerc.

Les signataires du rapport se sont penchés sur 209 contrats accordés entre 2011 et 2014. Ils indiquent que Loto-Québec «s'est dotée d'un environnement qui favorise une bonne gestion contractuelle», notamment par une politique claire.

Par contre, «la sollicitation des fournisseurs ne permet pas d'atteindre pleinement l'objectif du libre jeu de la concurrence. Le nombre moyen de soumissions jugées conformes et acceptables à la suite d'appels d'offres publics est peu élevé, soit 1,9 pour 13 dossiers» scrutés en profondeur, dossiers qui ont valu 53,6 millions $ au soumissionnaire choisi.

Pour les 209 ententes contractuelles, l'équipe de la vérificatrice a découvert que dans «42 % des cas, le nombre de soumissions conformes était de deux ou moins».

Les vérificateurs notent que problème il y a pour ce qui est de prolonger des contrats. «Pour six des sept dossiers relatifs à la prolongation de contrats» qui ont fait l'objet d'un examen poussé, «Loto-Québec n'a pas effectué une analyse démontrant qu'il était économiquement avantageux de prolonger les contrats».

La société d'État s'est ainsi retrouvée en position de trahir une de ses règles qui édicte qu'une entente ne peut excéder cinq ans. Quatre des dossiers pour reconduire un accord ont fait en sorte que «les périodes des contrats ont varié de 5,5 ans à 12 ans. Une fois prolongés, leur valeur est passée de 182 millions $ à 352 millions $.»

Le rapport mentionne que dans un dossier de plusieurs millions de dollars, l'entreprise d'État a utilisé une clause «après que toutes les enveloppes contenant les informations relatives aux soumissions ont été ouvertes». Le partage entre deux firmes des achats a alors été modifié. «Cela ne favorise pas un traitement intègre et équitable des concurrents.» 

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer