Un golf qui ferme, un autre en sursis

Au passage du Soleil la semaine dernière, l'état... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Au passage du Soleil la semaine dernière, l'état des allées, des verts et autres fosses de sable du Club de golf St-Laurent, à l'île d'Orléans, laissait à désirer.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Le Club de golf St-Laurent, à l'île d'Orléans, qui offrait sans doute l'un des plus beaux panoramas de la région aux golfeurs, ferme ses portes. Les dirigeants du terrain ont décidé de changer de vocation après avoir enregistré pertes après pertes ces dernières années. Une situation qui rappelle que l'industrie vit des moments critiques, et ce, à travers la province, voire sur tout le continent nord-américain. Si certains opérateurs jettent l'éponge, d'autres ont choisi de prendre les grands moyens pour survivre à cette vague de changement, quitte à s'attaquer au sport lui-même.

Le Club de golf St-Laurent n'est plus. Sur la page Facebook du parcours - et uniquement sur le réseau social -, les dirigeants ont annoncé la mauvaise nouvelle à leur clientèle le 27 avril dernier. «À la suite d'un changement de vocation, le Club de golf St-Laurent n'accueillera plus les golfeurs de passage pour la saison 2015 [...] Ainsi, le Club deviendra entièrement privé», ont-ils écrit, sans rien préciser de leurs intentions. Le site Web est «en construction» et le numéro de téléphone n'est déjà plus en service.

Vérification faite, il n'y a toujours aucun plan B pour le bucolique parcours de 18 trous fondé dans les années 70. «On cherche à savoir ce qu'on va faire avec», a expliqué Nancy Dennie de chez Immobilarum, parlant au nom de l'homme d'affaires Murray Couture Jr., propriétaire du terrain. «Pour l'instant, on garde l'actif. On va prendre soin du terrain [en espérant des tournois corporatifs]. Tout est sur la glace pour voir s'il y a des demandes [...] On attend la bonne offre», a-t-elle ajouté.

Difficile de dire à quel point le terrain sera maintenu en bonne condition. Au passage du Soleil la semaine dernière, les allées, les verts et autres fosses de sable étaient pratiquement laissés à l'abandon. Qui plus est, la douzaine d'employés syndiqués du club, dont ceux responsables de l'entretien des installations, recevront sous peu un avis de licenciement collectif.

Problèmes financiers

Selon Mme Dennie, de mauvais résultats financiers ont poussé la direction à remettre en question l'avenir du club. «On est en perte financière d'année en année», a-t-elle admis, avant de souligner les profonds défis avec lesquels l'industrie doit composer. «Les baby-boomers ne jouent plus [autant], les jeunes ne sont pas intéressés. La mode est aux 12 trous et non aux 18 trous. L'industrie est à changer, même aux États-Unis», a-t-elle énuméré.

Le zonage en vigueur pour le terrain de golf restreint par ailleurs les options pour une éventuelle reconversion. Tout autour, les terres sont protégées par la Commission de protection du territoire agricole. Le parcours est quant à lui considéré comme zone verte.

Il ne peut donc y avoir de développement immobilier, nous a signifié la direction générale de la municipalité de Saint-Laurent-de-L'Île-d'Orléans. Deux choix se présentent : soit que le terrain pourrait être repris par des investisseurs pour y conserver des activités de golf ou, à plus long terme, servir de nouveau à l'agriculture.

Charny sur la fin

Outre celui de Saint-Laurent, Murray Couture Jr. et ses associés possèdent le Club de golf Charny, sur la Rive-Sud. Selon Nancy Dennie, son avenir est lui aussi compromis, bien que le parcours accueillera des golfeurs cet été. «Charny, c'est peut-être son dernier été ou son avant-dernier», a-t-elle laissé tomber.

Une demande de changement de zonage a d'ailleurs déjà été faite à la Ville de Lévis afin que le terrain soit classé «industriel» plutôt qu'à usage récréatif. «C'est presque fait», a assuré Mme Dennie.

Cette volonté de modifier le zonage vient directement des propriétaires du club de Charny, laissant ainsi peu de doutes sur leurs intentions. Le terrain se trouve sur l'avenue de la Rotonde, en plein parc industriel. Sa future vocation reste à déterminer.

Trois années pour se réinventer

Golfeurs volatiles et infidèles, terrains trop difficiles, trop laids ou trop loin, parties trop longues pour joueurs pressés, relève peu assidue et vétérans puristes; les directeurs de clubs de golf sont sur la corde raide pour satisfaire une clientèle toujours plus exigeante qui ne veut pas nécessairement payer le gros prix pour aller «tapocher» la balle.

Jacques Bédard, président régional de Golf Québec pour la Capitale-Nationale, est sans appel. «Dans l'ensemble des clubs, s'ils passent les deux ou trois prochaines années, ils sont corrects», a-t-il déclaré lorsque joint par Le Soleil.

Selon lui, toute l'industrie traverse un creux marqué par le retrait progressif des baby-boomers, de moins en moins nombreux sur les allées verdoyantes. Fidèles abonnés à l'horaire flexible de par leur statut de retraités - dans la majorité des cas -, les 55 ans et plus ont assuré une certaine stabilité aux clubs de golf par le passé. Stabilité qui s'effrite aujourd'hui peu à peu.

Résultat : il est trop tard pour crier «fore!». Le modèle d'affaires est à renouveler et les survivants seront ceux qui auront su s'ajuster.

Bernard Vaillancourt, président de l'Association des directeurs généraux de terrains de golf du Québec, expose une importante différence entre les vétérans golfeurs et ceux de la nouvelle génération. «Nos jeunes, les 25 à 50 ans [ce sont des jeunes au sens du marché], jouent beaucoup moins que leurs prédécesseurs. Ils jouent de 8 à 10 parties par année, alors que la même personne du même âge, il y a 20 ans, jouait 8 à 10 parties par mois.» Le nombre de golfeurs actifs, à 1,1 million de têtes de pipe, n'est selon lui pas un problème. Le nerf de la guerre se situe plutôt sur le nombre de parties jouées.

Lui-même directeur général du golf Le Parcours du Cerf, dans la région de Montréal, M. Vaillancourt n'hésite pas à briser les tendances établies par le sport. Il exploite depuis quelque temps un terrain de 12 trous, question de raccourcir les parties pour attirer une clientèle - jeunes professionnels - qui n'a pas le temps de passer une demi-journée dans les allées. Une autre partie du domaine est réservée aux inconditionnels des 18 trous.

M. Vaillancourt tient un discours foncièrement optimiste de l'industrie dans laquelle il gravite et remet constamment en question les normes. «On est en mutation. Dans n'importe quelle industrie, on se rend compte qu'il faut s'ajuster aux nouveaux besoins de nos clients.»

Par exemple, pour lui, la difficulté des parcours et du golf en général est un frein au développement de la relève. «Il faut les aider à apprendre le jeu. Si tu ne joues pas, tu trouves ça difficile», a-t-il insisté.

«Avant, plus le terrain était long, plus c'était un beau terrain. Entre 1990 et 2005, la tendance était à allonger les parcours, on est dans le phénomène inverse.» Certains directeurs généraux construisent maintenant de nouveaux tertres de départ pour diminuer la distance à parcourir et ainsi faciliter le travail des débutants.

En visite récemment aux États-Unis, M. Vaillancourt a participé à un tournoi amical sur un terrain où le diamètre des coupes a été agrandi pour améliorer le jeu des golfeurs sur les verts. L'expérience a été suffisamment concluante pour songer à faire de même au Québec. Rien de tel n'a encore été réalisé, mais l'idée mérite d'être explorée, au dire de Bernard Vaillancourt, qui invite tous ses homologues à se réinventer.

Des situations délicates

Des terrains sont venus bien près de fermer leurs portes dans la région de Québec ces dernières années. C'est le cas du Club de golf Alpin de Sainte-Brigitte-de-Laval, pas plus tard qu'il y a deux ans. «Il y a eu une situation...», a mentionné Claude Harvey, directeur général du Alpin, pour faire part des problèmes financiers qu'a connus le club qu'il dirige depuis seulement 14 mois.

«On a fait un comité de relance. Les membres ont réinvesti dans le club.» Une somme d'argent a été demandée à tous les membres pour maintenir le terrain en vie. «On a formé une compagnie prêteuse [avec les fonds des abonnés].»

Le plan de relance, lancé en 2014, est bon pour trois ans, soit jusqu'en 2016. Après quoi la direction du Alpin devra de nouveau s'asseoir avec ses membres et voir si les efforts ont porté leurs fruits. Une décision sera encore à prendre à ce moment. «Si on perd encore des sous, un moment donné, pourquoi on réinvestirait?»

En attendant, tout le monde travaille fort pour séduire les joueurs. M. Harvey veut notamment mettre en place des académies de golf pour les jeunes. «On a oublié de prendre soin de notre relève», croit-il. Des tarifs familiaux sont aussi à venir pour permettre aux enfants de suivre leurs parents sur le terrain. M. Harvey est convaincu qu'il est possible pour les vétérans golfeurs de cohabiter avec les nouvelles clientèles.

29 %
des golfeurs actifs disent ne pas jouer davantage par manque de temps
65 %
des golfeurs actifs sont des débutants ou des joueurs occasionnels, et jouent 16 % de toutes les parties
22 %
des golfeurs actifs considérés «accros» ou «puristes» jouent 52 % de toutes les parties par saison
120 $
Dépenses moyennes pour un duo pour une journée de golf
90 %
Taux de satisfaction globale de l'offre au Québec chez les golfeurs actifs

Source : Analyse du potentiel du marché du golf au Québec, Ipsos Marketing, données de 2012

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