Les ingénieurs appelés à faire le ménage

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Dans un rapport «strictement confidentiel» remis fin janvier, l'Ordre des ingénieurs du Québec se fait notamment conseiller d'adopter «une stratégie de communication destinée à améliorer les relations et le lien de confiance avec le public et les membres».

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<p>Michel Corbeil</p>

(Québec) L'Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) doit nettoyer un «climat de travail pourri» à l'interne et changer la mentalité des membres. Après des décennies de querelles autour du montant des cotisations, l'Ordre «doit passer à autre chose» et vraisemblablement infliger une forte hausse.

Ces recommandations sont formulées par les deux personnalités appelées en renfort pour redresser la situation, Yves Lamontagne, ex-président du Collège des médecins, et Pierre Pilote, un avocat qui a été négociateur en chef pour le gouvernement Charest.

Dans un rapport «strictement confidentiel» remis le 30 janvier, ils jettent un oeil très critique sur l'organisme qui s'est enlisé dans une crise opposant les adhérents, les administrateurs et les permanents. Une place centrale y est accordée à la nécessité de recentrer l'OIQ sur sa mission première de protection du public.

Ils citent un sondage avançant qu'une trop faible proportion (67 %) des membres croit qu'il s'agit de la mission fondamentale de l'organisation. Une plus faible partie (10 %) estime que «l'éthique, la compétence des membres et le respect du Code de déontologie sont prioritaires».

Coffres à renflouer

De nombreuses observations portent sur les finances de l'organisation - et la nécessité de les renflouer. Elles mettent un accent particulier sur les contributions que doivent verser les adhérents.

L'élément déclencheur de la crise a été le rejet d'une cotisation supplémentaire de 90 $ par une assemblée générale houleuse, en juin 2014, rappellent les auteurs. Lors de rencontres avec une vingtaine de permanents ou d'administrateurs, ils se sont fait dire que, inscrite dans la culture de l'Ordre, la consigne non écrite est «de ne pas écoeurer les membres [...] et garder le plus de membres possible même s'ils ne sont pas tous bons».

Le document signale qu'à compter de 1990, un gel de la cotisation à moins de 200 $ a prévalu pendant 14 ans, suivi de modestes hausses variant entre 5 $ et 15 $ annuellement. En 2013-2014, ce montant atteignait 310 $.

C'est deux fois moins que les comptables, trois fois moins que les avocats et quatre fois moins que les médecins pour appartenir à un ordre professionnel. Les ingénieurs sont au moins trois fois plus nombreux que les professionnels des trois autres domaines. En revanche, l'OIQ est de loin l'organisation qui dépense le moins par membre. Le rapport préconise en ce sens de pousser sur la formation continue.

Devant l'incapacité de l'Ordre à «faire progresser le montant de la cotisation», il est mis de l'avant que le CA soit seul responsable de la fixer. Les mandataires ne décrètent aucun montant. Mais ils ne peuvent concevoir que l'Ordre puisse éviter de lourds déficits sans relever les contributions des membres.

Cordonnier mal chaussé

Les besoins qui réclament des investissements ne manquent pas. Pour une profession où on se serait attendu au contraire, les signataires indiquent «que les technologies de l'information requièrent une mise à jour en raison de leur désuétude et du risque auquel l'Ordre est exposé».

La Commission Charbonneau sur la collusion dans le secteur de la construction a fait mal paraître des firmes d'ingénierie. Si la vaste majorité des ingénieurs n'a rien à se reprocher, il s'est produit «une avalanche de plaintes» à l'Ordre, écrivent les auteurs. À leur avis, il faut tripler le nombre d'inspections de la profession et donner les ressources nécessaires au syndic pour l'examen rapide des plaintes.

Autre investissement, l'OIQ doit avoir un président à temps plein et revoir la rémunération de son personnel «pour retenir les talents et l'expertise nécessaires», notamment pour le syndic. Il doit aussi se doter d'une politique pour mobiliser ses employés.

«Il est évident que le seul enjeu des dernières années a été le montant de la cotisation. Cette question a occasionné le dénigrement des permanents à grande échelle par des membres. Il faut que l'Ordre passe maintenant à autre chose.»

MM. Lamontagne et Pilote se sont fait confier que «certains membres du conseil d'administration ont craché sur l'Ordre dans les réseaux sociaux» pendant des séances. Ce comportement va à l'encontre du Code d'éthique, disent-ils.

Départs au sein de la direction

Par ailleurs, ils se disent aussi surpris par le nombre important de départs au sein de la direction, «en raison du climat pourri».

L'Ordre se fait conseiller d'adopter «une stratégie de communication destinée à améliorer les relations et le lien de confiance avec le public et les membres». Ce qui ne sera pas facile, prédit-on, puisque «la poignée d'individus» impliqués dans les scandales de corruption fait «un tort immense [à la réputation de la profession], particulièrement pour l'Ordre».

Les mandataires prennent soin de signaler que le climat est plus serein qu'à leur arrivée, à l'automne. Mais il reste «beaucoup de travail à faire pour changer les mentalités et obliger les ingénieurs à rendre leur Ordre professionnel plus respectable et respecté». Ils terminent en soulignant qu'en dépit de la bonne volonté de dirigeants et d'administrateurs, «la résistance de certains membres risque d'être un obstacle à la mise en place des changements nécessaires et à une hausse de cotisation».

Coup de barre exigé par Québec

Le gouvernement exige de l'Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) un «plan de redressement» pour mettre un terme à une crise interne qui s'éternise. Faute d'avoir pu mener les consultations nécessaires, l'Ordre rendra à la fin du mois de mai la «feuille de route» qui était attendue pour demain.

Le président de l'Office des professions, Jean-Paul Dutrisac, signe une lettre à cet effet en date du 23 mars. Il mentionne que la ministre de la Justice Stéphanie Vallée «souscrit entièrement aux recommandations» de deux mandataires qui ont été chargés de trouver des voies de sortie de crise.

Ces «accompagnateurs», Yves Lamontagne et Pierre Pilote, plaident qu'il faut ramener un climat de respect au sein de la direction, casser une culture établie dans le monde de l'ingénierie et y aller d'une hausse des cotisations.

«Leurs recommandations constituent, à n'en pas douter, une véritable feuille de route qui devrait permettre à l'Ordre de se relancer sur de nouvelles bases, d'assainir sa gouvernance et d'adapter sa gestion en fonction de sa mission première de protection du public», écrit M. Dutrisac.

En s'alignant sur les avis, l'OIQ «pourra remplir sa part du contrat social qui le lie à l'État et aux citoyens [...] et assumer son devoir de contrôler l'exercice de la profession par ses membres, obtenir leur respect et surtout regagner la confiance du public», ajoute-t-il.

Jean-Paul Dutrisac ordonne la constitution d'un comité pour élaborer les lignes de force du redressement qualifié d'«inéluctable». Le groupe comprendra un représentant de l'Office des professions. «Tous les coûts afférents à la réalisation du plan sont à la charge de l'Ordre.»

S'adressant à un conseil d'administration divisé, il soumet que «la solidarité des membres du CA et leur soutien loyal et non équivoque est une condition essentielle au succès de cette démarche».

Balises à suivre

Le comité devra suivre certaines balises. L'Ordre devra recevoir «les ressources financières et humaines nécessaires» pour moderniser sa gestion. Le plan devra prévoir un budget assurant «la santé financière de l'Ordre», entre autres, pour «l'exécution efficace de sa mission de protection du public».

Si l'OIQ se montre «incapable de compléter ce virage essentiel et de procéder aux réformes requises», l'Office menace de recourir à des «moyens exceptionnels». La loi prévoit que la ministre peut enquêter «sur tout ordre qui présente une situation financière déficitaire ou dont les revenus sont insuffisants», ce qui peut aller à la tutelle.

L'Office des professions se refuse à tout commentaire sur cette éventualité. Il se contente de mentionner être «en mode accompagnement» et réitère qu'il a toute confiance en l'Ordre pour rétablir la situation. L'Ordre des ingénieurs a insisté sur «le climat d'étroite collaboration» avec l'Office pour en arriver «au meilleur suivi possible».

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