Desjardins: le mandat de Monique F. Leroux pourrait être prolongé de six mois

Élue à la tête du Mouvement Desjardins en... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

Agrandir

Élue à la tête du Mouvement Desjardins en mars 2008 puis réélue pour un deuxième et dernier mandat de quatre ans en 2012, Monique F. Leroux devait normalement quitter ses fonctions à la fin du mois de mars 2016.

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Le mandat de la présidente du conseil et chef de la direction du Mouvement des caisses Desjardins, Monique F. Leroux, pourrait être prolongé de six mois, le temps d'assurer une transition harmonieuse avec celle ou celui qui lui succédera aux commandes du premier groupe financier coopératif au Canada.

Le Soleil a appris que les délégués des caisses, à l'occasion de l'assemblée générale annuelle qui se tiendra les 27 et 28 mars, se prononceront sur une proposition unanime adoptée par le conseil d'administration de la Fédération des caisses Desjardins du Québec instaurant une période de transition de six mois entre l'élection d'un nouveau président et le départ de celui en exercice.

Élue à la tête du Mouvement Desjardins en mars 2008 puis réélue pour un deuxième et dernier mandat de quatre ans en 2012, Monique F. Leroux devait normalement quitter ses fonctions à la fin du mois de mars 2016.

Si les amendements au règlement de régie interne sont adoptés par l'assemblée générale,

Mme Leroux demeurerait en poste durant les six mois suivants pour assurer la transition.

Son successeur entreprendrait alors officiellement son mandat de quatre ans au début d'octobre 2016. 

Quant à la période de dépôt des candidatures en vue de l'élection d'un nouveau président et chef de la direction, elle sera ouverte en janvier 2016 et l'élection aura lieu, comme prévu, en mars 2016.

Bonnes pratiques de gouvernance

Dans une note obtenue par Le Soleil, il est mentionné que la recommandation pour l'instauration d'une période de transition de six mois était le «fruit d'une réflexion approfondie» menée au cours des derniers mois et qu'elle avait obtenu, par la suite, la bénédiction du comité de direction du Mouvement Desjardins.

«Contrairement à la pratique dans la plupart des grandes institutions financières, le président et chef de la direction de Desjardins est choisi à la suite d'un processus électoral. Il est impossible, dès lors, de déterminer qui assumera la relève et de préparer cette personne en conséquence avant qu'elle ne soit choisie», souligne-t-on.

«L'instauration d'une période transitoire formelle permettrait d'assurer la continuité dans la direction stratégique et accorderait à la personne élue le temps d'intégrer ses fonctions en profitant d'un accompagnement structuré.»

On peut aussi lire que «dans sa réflexion, le conseil d'administration a été motivé et inspiré par l'évolution des bonnes pratiques de gouvernance, qui exigent que l'on prépare soigneusement la transition, les attentes des autorités réglementaires sur la continuité et les compétences à la haute direction ainsi que les attentes des partenaires stratégiques du Mouvement.»

Pas trop long

En entrevue, le porte-parole du Mouvement Desjardins, André Chapleau, signale que depuis la crise de 2008, les institutions financières sont soumises à une réglementation beaucoup plus stricte, notamment en matière de probité et de compétence des dirigeants et des administrateurs.

Identifié, en juin 2013, par l'Autorité des marchés financiers (AMF) comme une institution financière d'importance «systémique» pour le Québec en vertu des critères définis par le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire, le Mouvement Desjardins doit faire face à des exigences rigoureuses en matière de capitalisation et de divulgation et répondre à une intensification des opérations de surveillance.

«L'AMF a notamment émis des lignes directrices prévoyant l'adoption de politiques relatives à la planification de la relève. Nous n'avons pas encore formalisé la période de transition», mentionne M. Chapleau.

Ce dernier a tenu à préciser que la période de transition ne durera que six mois.

«Ça se passera après la tenue de l'assemblée générale annuelle - c'est toujours une période plus calme - et en même temps que la période estivale. Six mois, ce n'est pas trop long pour assurer le passage des pouvoirs. Il y a tant de choses à apprendre : la gouvernance, la gestion des conseils d'administration, la préparation de la planification stratégique, etc.»

Durant la période de transition, Mme Leroux assurera la direction des affaires courantes de Desjardins.

«Dès qu'il y aura des décisions engageant l'avenir du groupe - des acquisitions ou des partenariats -, la nouvelle personne élue sera évidemment impliquée dans la prise de décision.»

Quant à la rémunération de la dirigeante sortante et du dirigeant nouvellement élu pendant les six mois de cohabitation, le porte-parole affirme «que le conseil d'administration va s'assurer qu'elle va refléter les responsabilités des deux personnes». En 2013,

Mme Leroux a touché une rémunération totale de 3,5 millions $.

En 2014, le Mouvement Desjardins (45 000 employés) a enregistré une croissance de 4,1 % de ses profits. Les excédents avant ristournes aux membres sont passés de 1,530 à 1,593 milliard $. L'actif total de Desjardins est en hausse de 8,2 % pour afficher tout près de 230 milliards $.

Claude Béland a été président de Desjardins de... (Photothèque Le Soleil) - image 2.0

Agrandir

Claude Béland a été président de Desjardins de 1987 à 2000.  

Photothèque Le Soleil

«C'est rétrograde», dit Claude Béland

Claude Béland déplore le fait que le prochain président de Desjardins sera en quelque sorte muselé pendant les six premiers mois suivant son élection par les membres. «Je trouve ça contraire à l'esprit coopératif. À mon point de vue, c'est rétrograde.»

Claude Béland a été président de Desjardins de 1987 à 2000. Avant d'accéder à ce poste, il avait occupé les fonctions d'adjoint de Raymond Blais qui avait été le grand patron de Desjardins de 1981 à 1986 avant de démissionner pour des raisons de maladie.

«Je me suis inscrit dans la continuité. Je n'ai pas eu besoin de

M. Blais pendant six mois après mon arrivée à la présidence pour me faire dire comment ça fonctionnait chez Desjardins.»

Pas plus qu'il n'a eu à faire l'«éducation» de son successeur, Alban D'Amours, qui avait lui aussi préalablement fait ses classes chez Desjardins.

Il s'interroge à savoir si le recours à une période de transition de six mois n'est pas un signe que l'organisation n'a pas fait tous les efforts pour dénicher des dauphins parmi ses hauts dirigeants et qu'elle doive maintenant regarder à l'extérieur. Ce qui justifierait la nécessité d'instaurer une période transitoire de passage des pouvoirs. «Il y a quelqu'un qui a manqué à ses devoirs et qui n'a pas préparé assez de candidats à l'intérieur de Desjardins pour accéder à la présidence.»

M. Béland s'indigne aussi du fait que la volonté des membres de la base pourrait ne pas être respectée.

Nouvellement élu et avec un mandat fort des membres entre les mains, le nouveau président «ne pourra rien faire pendant six mois». Et encore moins d'apporter des changements significatifs, si c'était le désir des membres qui l'ont élu.

Claude Béland ne nie pas qu'un resserrement des lignes réglementaires s'imposait à la suite de la crise financière de 2008. Toutefois, il signale que l'on oublie trop souvent que Desjardins est une coopérative et non pas une banque.

«J'ai maintenant hâte de voir comme l'assemblée générale réagira les 27 et 28 mars. Depuis quelque temps, l'assemblée générale suit religieusement les décisions du conseil d'administration qui sont présentées par la présidente. On ne conteste pas beaucoup de choses. C'est toujours oui. Et ça m'inquiète un peu», commente celui qui ne joue plus de rôle dans les instances de Desjardins. «Je ne suis même pas invité. On n'aime probablement pas mon discours.»

«Coudées franches» pour le nouvel élu

«C'est assez rare que Desjardins va chercher ses présidents à l'externe. S'il arrivait que ça soit le cas, la pertinence de la formule de transition de six mois peut se défendre», affirme Michel Nadeau, directeur général de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques (IGOPP), en reconnaissant que les anciens présidents de Desjardins n'ont pas eu besoin de cette étape pour trouver leurs marques, car ils avaient tous été préalablement bien préparés pour cette fonction.

Par contre, il croit que pour éviter toute situation de flottement, Monique F. Leroux devrait abandonner son poste de chef de la direction dès l'élection de son successeur, tout en conservant celui de présidente du conseil d'administration.

«La personne qui sera élue en mars 2016 devrait devenir pdg immédiatement et avoir les coudées franches. Il ne doit pas y avoir de confusion. L'unité de commandement doit être très claire. C'est le nouvel élu qui doit devenir le boss des opérations courantes», explique M. Nadeau en soulignant que Mme Leroux, à titre de présidente du conseil d'administration, pourra prodiguer ses bons conseils à son successeur.

Michel Nadeau soumet qu'en général, l'IGOPP favorise l'établissement d'une distance entre les postes de pdg et de président du conseil d'administration, mais dans le cas de Desjardins, le cumul des tâches est acceptable étant donné que le grand patron est élu démocratiquement par les membres. 

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer