Yvon Charest: la discipline fait homme

À l'approche de la soixantaine, Yvon Charest ne... (Photo Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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À l'approche de la soixantaine, Yvon Charest ne voit pas le jour où il quittera son emploi. Il prend les années «une à la fois».

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(Québec) Les journées d'Yvon Charest commencent toujours tôt. «J'ai une règle personnelle : interdiction de me lever avant 5h.» Dès le saut du lit, il est devant son ordi à éplucher ses courriels et à lire les quotidiens. Deux heures plus tard, on le retrouve au siège social de l'Industrielle Alliance, dans le majestueux immeuble de la compagnie, près du Bois-de-Coulonge.

Yvon Charest est sans doute le plus bel exemple voulant que l'avenir appartienne à ceux qui ne traînent pas au lit. Depuis son arrivée à l'Industrielle Alliance, il y a 35 ans, son seul employeur à vie, il n'a cessé de grimper les échelons pour arriver à la tête d'une compagnie plus que centenaire, comptant 109,5 milliards $ d'actifs et plus de 5000 employés à Québec, à Montréal, à Toronto, à Vancouver et à Waco, au Texas.

En ce lundi glacial de février, le longiligne patron de 58 ans accueille Le Soleil avec un entrain étonnant. À l'heure où tout le monde arrive au travail, il a déjà abattu une demi-journée de boulot. Une forme physique impeccable n'est pas étrangère à ce dynamisme.

L'homme d'affaires est un grand amateur de randonnées pédestres. Et, les fins de semaine d'hiver, ne lui enlevez surtout pas ses avant-midi de ski de fond, à son chalet du Mont-Sainte-Anne. «J'ai besoin de ce temps pour être seul, pour recharger les batteries. Ensuite, je suis d'une flexibilité totale pour le reste de la journée.»

Discipline, savoir-être, détermination : trois mots-clés dans le dictionnaire personnel d'Yvon Charest. Issu d'une famille «moyenne et modeste» - père fonctionnaire et mère qui ne travaillait pas, puisqu'elle avait trop d'ouvrage, pour reprendre l'expression consacrée d'Yvon Deschamps... -, il fréquente dès son plus jeune âge le Patro de Charlesbourg, «sa deuxième famille, une base solide pour partir dans la vie».

Au milieu des années 70, le jeune Yvon, «un gars sérieux, obéissant et travaillant», entre au Cégep Limoilou où il se découvre une passion pour les mathématiques. Tellement fou de maths qu'il fait circuler une pétition réclamant davantage de cours. «Des maths, j'en mangeais. Les chiffres, c'était naturel pour moi. Je pouvais passer des heures à essayer de résoudre un problème. Chaque samedi, dans Le Soleil, c'était l'Énigme du professeur Jissé. En secondaire 4, je m'étais donné le défi de terminer mes examens le plus rapidement possible. Disons que j'ai fait quelques erreurs...» glisse-t-il, dans un éclat de rire.

C'est à cette époque qu'il entend parler pour la première fois d'actuariat. Dès lors, il sait ce qu'il fera de sa vie. Il entre à l'Université Laval, qui possède «l'une des trois meilleures écoles d'actuariat au Canada».

D'ailleurs, fait-il remarquer, l'Industrielle Alliance possède des liens très forts avec son alma mater. «À la blague, je dis toujours que les compagnies d'assurances de Québec sont des filiales de l'Université Laval. Les 10 principaux dirigeants et 25 % des employés de notre siège social sont des diplômés de Laval.»

Assises solides à Québec

À l'exception d'un séjour de deux ans à Toronto, en 1988, pour s'occuper de la gestion d'une nouvelle acquisition, Yvon Charest a toujours habité Québec, avec sa femme et ses trois enfants. Et ce qu'il voit de l'économie de la capitale l'emballe au plus haut point. Trente pour cent de l'économie régionale repose sur le gouvernement et les services financiers, explique-t-il, ce qui contribue à de solides assises.

En revanche, Québec, comme le reste de la province, est aux prises avec un vieillissement de sa population et une faible croissance démographique. Le seul groupe en augmentation se trouve chez les 65 ans et plus. «On a de moins en moins de travailleurs. À l'Industrielle Alliance, c'est 50 départs à la retraite chaque année. Il faut que les employeurs trouvent de nouvelles façons de recruter, c'est devenu incontournable. Pour nous, ça va assez bien. Nous avons embauché 80 informaticiens venus d'Europe.»

Non à la politique

Comme toute personnalité du monde des affaires, Yvon Charest avoue du bout des lèvres avoir été courtisé par des partis politiques, mais la passion pour son travail et sa famille l'ont emporté. «Ça s'est déjà discuté... Il y a 20 ans, ma femme m'a dit que si je décidais d'aller en politique, cette journée-là, elle allait me quitter», lance-t-il, rieur. «Ceci étant dit, j'ai énormément de respect pour les politiciens. Ils ont une tâche excessivement difficile et les attentes à leur égard sont très grandes.»

À l'approche de la soixantaine, Yvon Charest ne voit pas le jour où il quittera son emploi. Il prend les années «une à la fois», conscient aussi du devoir de «préparer la relève», histoire de «faire ce qu'il y a de mieux» pour la compagnie et son conseil d'administration. «Je dis souvent à mes employés que s'ils lisent un jour un communiqué disant que je change d'entreprise et que je suis content, vous saurez que ce n'est pas vrai...»

Pour la suite des choses, il se verrait bien, plus tard, donner des cours de management à... l'Université Laval. «Il y a un temps pour tout. Un temps pour diriger et un temps pour autre chose.»

Un lecteur boulimique

La lecture occupe une grande place dans la vie d'Yvon Charest. Surtout des essais et des biographies. Impossible pour lui de restreindre ses choix à un seul auteur. C'est plutôt une feuille recto verso contenant une soixantaine d'ouvrages qu'il tend au journaliste du Soleil, à la suite d'une question portant sur ses préférences littéraires.

Des «auteurs-clés» (Lucien Auger, Jean Monbourquette...), des «livres phares» (Comment se faire des amis de Dale Carnegie; Good to Great de Jim Collins...), des «penseurs» (Jacques Attali, Jean-François Revel...), des «auteurs de l'Antiquité» (Confucius, Aristote, Platon...), des «coups de coeur» (The March of Folly de Barbara W. Tuchman; Endurance: Shackleton's Incredible Voyage d'Alfred Lansing...), des «sujets-clés» (Le temps de Jean-Louis S. Schreiber; Comportements humains d'Alberoni; L'art de penser de Jean Guitton...).

«Lire me permet de mettre le moteur en marche. Je ne suis pas capable de penser dans le vide, ça me prend de la matière brute, il faut que ce soit utile. Je m'efforce comme discipline de faire des résumés de chaque livre et de les relire souvent. J'achète trop de livres que je n'ai pas le temps de lire. Ce sera mon projet de retraite...»

La philanthropie, un art de vivre

Deux fois coprésident de la campagne de financement de Centraide, Yvon Charest a fait de la philanthropie un second travail. «Ça vient de ma mère. Elle était impliquée partout. Elle a fait énormément de bénévolat.»

Plus jeune, il se souvient du sous-sol de la maison familiale remplie de boîtes de vêtements usagés servant à dépanner des familles du quartier. Fort de son statut de grand patron de l'Industrielle Alliance, il se fait maintenant un devoir de rappeler aux hommes et aux femmes d'affaires de Québec, «ceux qui ont des sous», de donner aux plus démunis. En cela, il n'est pas peu fier d'avoir vu le nombre de grands donateurs (plus de 2500 $ à titre personnel) passer de 16 à 375 en quelques années. Il ne compte pas s'arrêter en si bon chemin.

«Il faudrait en arriver à doubler ce nombre, pour atteindre environ 800. À ce moment-là, on pourrait dire que le Québec est aussi généreux que le Canada anglais» en matière de philanthropie. Et le prétexte de ne pas donner en évoquant le fait que les impôts et les taxes plus élevés au Québec servent justement aux plus nécessiteux, très peu pour lui. «Au contraire, plaide-t-il, plus une société se prend en main, moins elle a besoin des services du gouvernement. La philanthropie, c'est la façon la plus rentable de s'occuper d'une société, bien plus que des programmes mur à mur.»  

En rafale

Un homme politique

J'ai été assez impressionné par Robert Bourassa, même s'il n'a pas toujours été le type le plus populaire en ville. Il était comme un roseau : il pliait, mais ne cassait jamais. Il a bien réussi à naviguer entre les forces nationalistes et fédéralistes. Il a réalisé des choses pas mal solides. Il a donné confiance aux Québécois en matière d'expertise en hydroélectricité.

Une personnalité

Chez les gens d'affaires, Raymond Royer, qui a connu du succès à la fois chez Bombardier et Domtar, deux industries très différentes, chapeau! Des humanistes m'ont aussi influencé, quelqu'un comme Victor Frankl (1905-1997), par exemple, qui a survécu aux camps de concentration et fondé une école de psychologie. Un exemple de détermination comme lui, honnêtement, ça m'impressionne.

Un réalisateur

Woody Allen. Il se donne le droit d'être différent. Il a tellement un humour brillant et déconcertant. J'ai bien aimé Balle de match (Match Point) qui montre que dans la vie, tout peut dépendre d'une demi-seconde ou d'un hasard.

Une peinture

Malheureusement, je suis daltonien, alors moi, les couleurs... C'est pourquoi j'adore cette peinture de Joan Pagé (en pointant une toile représentant un village en bordure du Saint-Laurent, accrochée au mur de son bureau). Moi, le brun et le vert foncé, c'est la même chose, toutes les teintes de bleu se ressemblent. C'est pourquoi je porte toujours des chemises blanches pour ne pas me casser la tête...

Un musée

Le musée Rodin, parce que je préfère les sculptures aux toiles, vu mon daltonisme. Le musée d'Orsay aussi. Je suis fasciné par La porte de l'enfer, de Dante.

Un compositeur

Quand je suis seul, j'écoute essentiellement du classique. J'ai 800 heures de musique sur mon iPod qui me suit partout. J'adore Glenn Gould et ses Variations Goldberg. J'aime bien le pianiste Joseph Horovitz, ainsi que le jeune violoniste canadien James Ehnes.

Une ville

Les villes que l'on peut découvrir à pied, comme Paris, qu'on n'a jamais fini de visiter. La ville compte 4200 rues et chacune a son histoire. Je suis allé à Prague une fois et j'ai aussi beaucoup aimé.  

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