Les entrepreneurs Y, de drôles de moineaux

Les cofondateurs de Gosoumissions.com, Jacob Gagnon et Luc... (Le Soleil, Caroline Grégoire)

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Les cofondateurs de Gosoumissions.com, Jacob Gagnon et Luc Tremblay

Le Soleil, Caroline Grégoire

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(Québec) «En affaires, les Y sont comme des entrepreneurs de la génération X à grande vitesse dont l'estime de soi est gonflée aux stéroïdes. Ils ont peu à perdre : pas d'hypothèque, pas de famille et peu d'obligations pour le moment. Ils sont prêts à créer une entreprise à partir de rien, puisant leur force dans leur rêve.»

Dans une étude publiée lundi pour le compte de la Caisse de dépôt et placement du Québec, la Chaire en entrepreneuriat et innovation de la Faculté des sciences de l'administration (FSA) de l'Université Laval trace un portrait des trois générations d'entrepreneurs au Québec - les baby-boomers, les X et les Y - pour en distinguer leurs traits caractéristiques respectifs.

Et de l'avis des deux auteurs de l'étude, Maripier Tremblay et Yvon Gasse, les entrepreneurs appartenant à la génération Y - ces jeunes gens âgés de 21 à 37 ans - sont de curieux moineaux.

Un monde sépare les baby-boomers (âgés de 48 à 68 ans) et les Y. Un constat qui ne surprendra personne.

Ce qui est étonnant, par contre, c'est le clivage entre les Y et les X (âgés de 38 à 47 ans). Dans les faits, ces derniers sont plus influencés par leurs aînés que par leurs cadets. «Agissant tel un agent de changement, la génération X en fut une de transition», fait remarquer Yvon Gasse, professeur retraité du Département de management de la FSA.

Si les baby-boomers et les X se lançaient en affaires pour créer leur emploi ou pour suivre les traces de papa ou maman, l'entrepreneuriat pour les Y est «un levier pour accéder à un mode de vie», précise Maripier Tremblay, professeure agrégée au Département de management de la FSA et titulaire de la Chaire en entrepreneuriat et innovation.

Les chercheurs ont d'abord constaté que la nouvelle génération d'entrepreneurs est «nettement» plus scolarisée.  En effet, 63 % des Y ont un baccalauréat ou plus en poche. Ces pourcentages sont de 44 % et de 45 % pour les X et les baby-boomers. «Tout un changement en un quart de siècle alors que les entrepreneurs étaient souvent identifiés comme des décrocheurs, des gens incapables de se trouver un emploi et qui devaient se lancer en affaires pour gagner leur vie», fait remarquer Yvon Gasse.

Non seulement les Y sont plus scolarisés, ils sont plus nombreux à avoir une formation en gestion ou un MBA.

Les Y sont aussi plus précoces. En moyenne, ils démarrent leur entreprise à l'âge de 26 ans. Les X l'ont fait à 31 ans. Les baby-boomers à 35 ans. Rien de bien surprenant, fait remarquer Maripier Tremblay, en signalant que, sur le campus de l'Université Laval, pas moins de 15 % des étudiants sont déjà des patrons d'entreprise.

Autre fait intéressant à signaler, 32 % des entrepreneurs Y et X sont à la tête de plus d'une entreprise. «Il faut savoir que le jeune entrepreneur ne crée pas nécessairement une entreprise avec un début et une fin. Il démarre un ou des projets incluant de multiples embranchements», note Maripier Tremblay en rappelant que les Y, notamment, sont des adeptes du multitâche et «qu'ils s'adaptent parfaitement à la complexité et à la simultanéité des activités».

50 heures pour tous

Ce qui distingue les Y et les X de leurs aînés, c'est leur choix de se lancer en affaires en duo ou en groupe plutôt que seul.

Les travaux de Maripier Tremblay et d'Yvon Gasse montrent que 86 % des Y et des X interrogés avaient choisi de s'associer avec d'autres partenaires dans une seule ou plusieurs entreprises, tandis que 14 % ont préféré être propriétaires uniques. Du côté des baby-boomers, les chercheurs ont recensé 27 % d'entre eux portant le statut de propriétaires uniques.

«Dès la petite école, les jeunes apprennent à travailler en équipe. Ça peut expliquer pourquoi ils ne tiennent pas nécessairement à être les seuls maîtres à bord de leur entreprise», explique Yvon Gasse.

En ce qui a trait aux heures de travail, c'est la semaine de 50 heures qui prédomine. Peu importe la génération.

Des semaines de travail de sept jours, ça demeure l'apanage des vieux. En effet, 22 % des baby-boomers interrogés affirment qu'ils travaillent du lundi au dimanche. Un pourcentage moindre chez les X (18 %) et les Y (11 %).

Une seule peur, perdre son divan!

«Le pire qui pourrait m'arriver, ça serait de perdre mon divan!»

La peur de l'échec n'effraie pas Luc Tremblay.

«Moi, je ne suis pas à l'argent. Je ne fais pas ça pour l'argent. Mon objectif, c'est de bâtir une business», confie le jeune entrepreneur de 25 ans qui sait très bien, par contre, que l'entreprise doit générer des revenus si elle veut continuer de progresser.

Avec son ami Jacob Gagnon, 23 ans, Luc Tremblay a fondé, il y a un peu plus d'un an, GoSoumissions.com, un outil sur le Web qui permet aux consommateurs de trouver en un tournemain un entrepreneur qualifié pour effectuer des travaux d'entretien et de rénovation.

De toute évidence, les deux jeunes hommes natifs de Matane s'amusent comme des petits fous avec Gosoumissions.com.

«Il n'y a jamais de routine. Tous les jours, nous faisons des choses différentes. Et nous ne cessons de rencontrer des personnes inspirantes qui croient en nous et qui veulent nous aider, car nous sommes jeunes et sérieux et que nous voulons faire notre place au soleil. Ce qui nous passionne le plus, c'est d'innover. C'est d'amener un secteur traditionnel de l'activité économique - la rénovation résidentielle - sur le Web. Le défi est de taille.»  

Luc Tremblay et Jacob Gagnon ont fondé leur entreprise dès la fin de leurs études. Le premier est détenteur d'un baccalauréat en administration, option finances, de l'Université Laval. Il poursuit des études de deuxième cycle en commerce électronique. Jacob Gagnon, pour sa part, possède du DEC en gestion de commerce. Il y a quelques années, il avait mis sur pied une petite entreprise d'entretien paysager qu'il a vendue avant de s'associer à Luc Tremblay.

Pour financer le démarrage de leur entreprise, Luc et Jacob ont cogné à toutes les portes (CLD et BDC) et ont participé à des concours comme le Concours québécois en entrepreneuriat. Luc Tremblay a investi dans Gosoumissions.com le prix de 15 000 $ qu'il avait gagné à l'émission Faites-moi confiance diffusée à TVA.

«Nous nous attendons à ce que Gosoumissions soit rentable en 2015 au terme de sa deuxième année d'existence», affirme Luc Tremblay qui dit travailler 60 heures par semaine.

Dans son cas, et celui de Jacob Gagnon, on devrait plutôt dire qu'ils s'amusent 60 heures par semaine!

L'étude de Maripier Tremblay et d'Yvon Gasse montre... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 3.0

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L'étude de Maripier Tremblay et d'Yvon Gasse montre que les entrepreneurs de la génération Y ont davantage recours aux centres locaux de développement et aux sociétés d'aide au développement des communautés pour financer leur entreprise. Ils sont également moins frileux à recourir à un mentor.

Le Soleil, Patrice Laroche

Encore trop peu d'aide au démarrage

Dans leur étude, Maripier Tremblay et Yvon Gasse signalent que les entrepreneurs de la génération Y ont eu davantage recours à l'argent provenant des centres locaux de développement (CLD), des sociétés d'aide au développement des communautés (SADC) et des fonds spéciaux mis sur pied par les gouvernements pour financer le démarrage de leur entreprise.

Dans le cas des X, l'autofinancement et le financement traditionnel ont été les principales sources de financement au départ de leur aventure entrepreneuriale.

La vaste enquête menée par la Chaire en entrepreneuriat et innovation de l'Université Laval montre aussi que les Y utilisent plus que leurs aînés les réseaux de services-conseils.

Populaire mentorat

«Le mentorat est très populaire auprès des Y. Près d'un entrepreneur sur deux comptes sur un mentor pour l'appuyer, alors que seulement 32 % des X et 12 % des baby-boomers ont recours à un tel service», indique Maripier Tremblay. «Jadis, on disait qu'un entrepreneur qui faisait appel à de l'aide était un loser et qu'il ne savait pas comment s'y prendre pour mener sa barque à bon port. Ce n'est plus le cas. Les jeunes envisagent leur métier d'entrepreneur différemment.»

Or, dans l'enquête menée auprès de 300 entrepreneurs de tous âges, il appert qu'il y a encore du travail à faire pour améliorer l'aide aux entreprises, et ce, tant en matière de financement que de soutien aux gens d'affaires.

«C'est particulièrement le cas pour le financement d'amorçage», identifie Yvon Gasse. «Contrairement à nos voisins de l'Ontario, le secteur privé est absent à ce chapitre. Ici, l'aide vient du public. Les CLD en faisaient avec des petits montants de 5000 $ à 6000 $», mentionne M. Gasse en rappelant que depuis la cessation des activités du CLD de Québec, le 31 décembre, plus personne n'occupe ce créneau dans la capitale.

De l'avis des entrepreneurs, il y aurait lieu de faire un ménage dans les nombreux organismes d'aide aux entreprises. «Une meilleure harmonisation est souhaitable. Il y a beaucoup d'intervenants en entrepreneuriat qui se font concurrence plutôt que de se compléter», rend compte M. Gasse.

Trois générations au travail

Les baby-boomers

Ils ont entre 48 et 68 ans.

Ils sont nés entre 1947 et 1966.

«Ils sont des optimistes, des idéalistes et des motivés portés par un rêve. Ils sont d'ailleurs à l'origine de la Révolution tranquille comme ils ont ouvert la voie au féminisme, aux mouvements syndicaux et à la création d'une identité nationale qui a mené à deux référendums.»

Les X

Ils ont entre 38 et 47 ans.

Ils sont nés entre 1967 et 1976.

«Enfants des baby-boomers, ils ont grandi auprès de parents très actifs sur le marché du travail et, parfois, séparés ou divorcés. Souvent seuls à la maison, ils ont su développer leur débrouillardise et, à terme, leur indépendance. Ils sont de nature sceptique, frileux à offrir une pleine loyauté et réticents à s'investir sans bénéfices de retour.»

Les Y

Ils ont entre 21 et 37 ans.

Ils sont nés entre 1977 et 1993.

«Socialement actifs, ils possèdent une grande estime d'eux-mêmes. Leurs parents se sont dévoués à leur éducation et à leur épanouissement. Ayant une relation privilégiée avec leurs parents "amis"», ils recherchent constamment leur feedback. Ils préfèrent les projets avec des échéanciers précis, mais une liberté de gérer eux-mêmes leurs tâches. Ils sont plus loyaux à leur style de vie qu'à leur travail.»

Quelques constats...

  • 49 % des entrepreneurs des générations X et Y affirment travailler pendant une semaine classique de cinq jours. À cela s'ajoutent 41 % des répondants qui empiètent sur leur fin de semaine, dont 15 % besognent sept jours sur sept. À ce sujet, les baby-boomers sont plus nombreux à travailler les week-ends si l'on compare avec les jeunes entrepreneurs.
  • 52 % des entrepreneurs des générations X et Y disent travailler selon des horaires réguliers, soit de 9h à 17h. Ils sont cependant 26 % à ne s'activer, selon cet horaire régulier, qu'occasionnellement, voire jamais.
  • La quasi-totalité des entrepreneurs des générations X et Y est adepte du télétravail. Quant aux baby-boomers, 17 % n'ont jamais travaillé à partir de la maison. Pour 62 % des Y, le télétravail est devenu leur mode de vie.
  • Environ 30 % des Y et des X songent à démarrer une nouvelle entreprise au cours des cinq prochaines années.
  • 41 % des entrepreneurs des générations Y et X estiment qu'il est réaliste de cumuler des fonds suffisants pour une retraite confortable avant l'âge de 45 ans.
  • Seulement 10 % des entrepreneurs des générations Y et X envisagent faire de leur entreprise un joueur de classe mondiale.
Source: Étude sur les entrepreneurs et les repreneurs québécois de générations X et Y, Chaire en recherche et innovation de la Faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval

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