Développer la fibre entrepreneuriale auprès des jeunes

Au printemps 2013, Marie-Laure Filion et sa soeur Chloé,... (Photo Le Soleil, Yan Doublet)

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Au printemps 2013, Marie-Laure Filion et sa soeur Chloé, alors âgées de 14 et 12 ans, ont inscrit leur projet d'entreprise Filion et Filles sur le site de financement participatif La Ruche. Depuis un peu plus d'un an, elles s'occupaient de quelques ruches sur le grand terrain de la maison familiale dans Charlesbourg.

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(Québec) Depuis le début de l'année, le thème de l'entrepreneuriat semble surgir comme une vague de fond. Au-dessus des grondements sur la pénurie de main-d'oeuvre dans certains secteurs d'emploi, la relève se ferait rare chez les dirigeants d'entreprise alors que les appels à la création de projets se multiplient.

Il y a un peu d'inquiétude dans l'air. La plupart des associations d'entrepreneurs et les regroupements de différents secteurs des affaires le répètent année après année : la courbe démographique non seulement le vieillissement de la population, mais elle fait poindre la pénurie dans certains types d'emploi. En plus, il faudra de la relève pour diriger toutes ces entreprises créées par les Québécois pour éviter la disparition des fleurons de l'industrie, sans oublier la pression de la mondialisation, les fusions, les prises de contrôle par des intérêts étrangers ou les revers financiers.

Dans les prévisions de la Fondation de l'entrepreneurship, on estime que 38 000 entrepreneurs seront prêts pour la retraite ou effectuer le transfert de leur entreprise d'ici 2020.

Or, depuis des années, le Québec traîne la patte par rapport au reste du Canada autant dans les intentions des jeunes à devenir entrepreneur que dans la création d'entreprises.

Les statistiques de l'indice entrepreneurial québécois de 2014 montrent que 19,1 % des jeunes Québécois ont l'intention de devenir entrepreneurs, alors que la proportion est de 27,6 % pour le reste du Canada. Pour ce qui est des démarches pour le faire, le pourcentage est de 9,1 % au Québec contre 13,9 % dans les autres provinces.

«Il nous reste encore pas mal de croûtes à manger pour que l'entrepreneuriat soit au même niveau que la moyenne canadienne», soutient Rina Marchand, directrice principale, contenus et innovation à la Fondation de l'entrepreneurship. Cependant, elle note une amélioration dans les statistiques depuis quelques années.

Selon elle, le point de bascule est apparu en 2004 alors que des efforts sont mis par diverses organisations et les instances gouvernementales pour réveiller la fibre entrepreneuriale chez les jeunes Québécois, même sur les bancs d'école, au primaire comme au secondaire, depuis la fin de 1988.

Par contre, le principal frein concernant la reprise d'une entreprise existante ou pour assumer la relève vient du financement dans 9 cas sur 10.

Le Concours québécois en entrepreneuriat (concours-entrepreneur.org) né en 1998 a pris la relève des concours existant avec le volet des écoles et des universités en ajoutant la reconnaissance et les bourses pour la création d'entreprises afin de stimuler et encourager l'entrepreneuriat partout en province avec ses volets régionaux et sa finale nationale.

Pratiquement toutes les polyvalentes, tous les cégeps et toutes les universités ont leur concours d'entrepreneuriat.

Certains établissements poussent plus loin comme l'Espace Entreprendre du Cégep Garneau ou Entrepreneuriat Laval à l'université du même nom d'où sont sortis des lauréats du concours national d'entrepreneuriat alors que d'autres projets ont vu le jour sans avoir été honoré, mais parce que leurs fondateurs ont pris les moyens pour les réaliser.

Gérer une entreprise à 14 et 16 ans

«Il faut travailler fort pour réussir, pour obtenir des résultats», lance Marie Filion pendant que sa soeur Chloé acquiesce. «Il faut organiser les horaires entre le travail avec les ruches, l'école, le sport et les autres activités», continue Chloé, qui pratique la natation et le soccer, comme sa soeur.

Au printemps 2013, Marie-Laure, 14 ans, et sa soeur Chloé, 12 ans, ont inscrit leur projet d'entreprise Filion et Filles sur le site de financement participatif La Ruche. Depuis un peu plus d'un an, elles s'occupaient de quelques ruches sur le grand terrain de la maison familiale dans Charlesbourg.

Avec leur parent, elles venaient de fonder une petite entreprise familiale qui s'est mise à croître plus rapidement que prévu. Elles allaient apprendre tout ce que pouvaient représenter l'entrepreneuriat et la responsabilité d'une entreprise dès son démarrage.

Trois ou quatre ruches, c'est du loisir ou presque. À 14 ruches, les apicultrices urbaines du Trait-Carré de Charlesbourg n'ont pas eu le temps de se tourner les pouces.

«Au début, nous étions bombardées», avoue Marie-Laure. Il fallait prendre les affaires en mains, trouver de l'équipement, penser à la mise en marché, à une image de marque. Plus question de faire du porte-à-porte pour vendre quelques pots de miel dans le voisinage. Il fallait des revendeurs et s'occuper du projet de financement participatif, de la promotion.

Avec cette demande de financement du public, elles se lançaient corps et âme dans une expérience d'entrepreneuriat qui allait modifier leur perception du monde du travail. Avant, elles s'amusaient tout en travaillant comme apicultrices amateurs. Avec le projet rendu public, ça devenait du sérieux. Et lorsque ce projet a été le deuxième du premier lot du site de La Ruche à obtenir son financement, tout s'est bousculé.

«Nous avions besoin d'aide», se souviennent les deux soeurs qui ont aujourd'hui 16 et 14 ans. Des 25 kilos de miel de la première année, avant le financement public, la production est passée à 1100 kilos l'an dernier. Une tonne de miel à mettre dans les petits pots... et à mettre en marché.

Elles ont eu de l'aide, de leur père et de leur mère, Bernard et Anne, certes, mais aussi des mentors de La Ruche, et d'un allié important qui s'y connaissait dans le miel : le Musée de l'abeille de la Côte-de-Beaupré. Puis arrive la cousine de maman, Sonia Delisle. Elle travaille pour l'agence LG2. Les filles verront le côté marketing du monde des affaires et la naissance de leur image de marque.

Or, en 2015, les deux jeunes filles, avec l'aide de leur père Bernard, ont déniché des revendeurs, comme des boulangeries (Paillard, Boule Miche, Fournil), et même le IGA de Boischatel vendra leurs petits pots de miel... Il fallait aussi un code à barres, qui constitue une autre démarche, car dans une épicerie, ça fait partie des exigences.

Maintenant, une certaine routine s'est installée, mais il faut toujours travailler pour obtenir les résultats, rappelle Marie-Laure. Il y a le soin des abeilles, les reines à surveiller, les finances à équilibrer entre la rentabilité et le réinvestissement, les bons de commande, les livraisons...

Après la création de sa page Facebook (goo.gl/rxEHDX), maintenant, la famille Filion et Filles veut son site Web et peut-être un volet transactionnel, ajoute le père.

Chose certaine, Marie-Laure et Chloé n'ont pas l'intention d'abandonner leurs ruches ni le miel, même pendant les études, car le cégep et l'université s'en viennent. Si les ruches produisent bien, le miel pourrait être une source de revenus intéressante pour payer les études supérieures! D'autant plus que les apicultrices savent qu'il faut des efforts pour obtenir des résultats.

*****

Un constat : «Notre produit est un produit de niche. Il se vend bien dans les commerces, comme les boulangeries, qui offrent elles aussi un produit de niche.»

Un apprentissage : «C'est le fun d'être son propre patron, de prendre les décisions, de ne pas se faire imposer des échéances autres que celles que nous avons choisies.»

Un rêve : avoir un jour leur propre entreprise

Une réalité : continuer aussi longtemps que possible les opérations de Filion et Filles!

Un camp pour les entrepreneurs en devenir

Dans la grande région de Québec, pour une deuxième année, la Ville de Québec et l'École d'entrepreneurship de Beauce (EEB) tiennent un camp d'été d'une semaine, le Camp entrepreneurs en devenir (CEED). Ainsi 18 jeunes de 15 et plus de la 4e et de la 5e secondaire, de l'éducation aux adultes ou de la formation professionnelle pourront vivre une expérience entrepreneuriale d'une semaine, comme la formation Élite de l'École d'entrepreneurship.

Le camp se déroule en deux sessions sur deux ans (www.eebeauce.com/programmes/ceed). Une quarantaine de jeunes de l'agglomération de Québec pourront participer à ce camp et, par son concours, la Ville offre une bourse de 5000 $ à 18 gagnants.

Transfert d'expertise

«Comme notre mission consiste au transfert d'expertise des entrepreneurs aguerris à d'autres entrepreneurs, nous utilisons le même mode de fonctionnement pour le camp d'été», précise Isabelle Le Ber, directrice par intérim de l'École. «Ce sont les finissants de la formation Élite qui iront parler avec les jeunes de leur expérience d'entrepreneur de manière à éveiller leur fibre entrepreneuriale.»

À son avis, les efforts de cette école unique de formation à l'entrepreneuriat donnent des résultats. Les gens sont de plus en plus fiers de dire qu'ils sont des entrepreneurs. Les entrepreneurs apprennent auprès de gens d'expérience et développent des réflexes avec des exercices pratiques. «C'est dans l'action que les entrepreneurs prennent conscience de leur potentiel et accroissent leurs capacités de relever les défis qu'ils auront dans leur entreprise», ajoute Mme Le Ber. «Nous voulons donner un élan pour que la roue des compétences et des savoirs continue de tourner.»

Or, ce que les plus âgés ont appris dans leur formation, ils le transmettront à leur façon dans les camps d'été.

Rina Marchand, directrice principale, contenus et innovation à... (Photothèque Le Soleil) - image 4.0

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Rina Marchand, directrice principale, contenus et innovation à la Fondation de l'entrepreneurship

Photothèque Le Soleil

Des efforts à poursuivre

«Il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus», paraphrase Rina Marchand, directrice principale, contenus et innovation à la Fondation de l'entrepreneurship, «mais nous devons constamment faire des efforts pour alimenter le pipeline de création de projets pour que la relève entrepreneuriale fasse son chemin».

La fondation a donc entrepris de former des mentors pour donner des conférences dans des écoles, des témoignages qui pourraient éveiller la fibre entrepreneuriale chez les jeunes.

Il y a actuellement 42 mentors certifiés «jeunesse» dans 14 régions administratives du Québec, mais il reste à trouver des volontaires pour le Bas-Saint-Laurent, la Mauricie, l'Outaouais et le Nord-du-Québec.

Le programme des mentors à l'école porte le nom «Entreprendre, ça te branche?» D'une durée de trois ans, il se fait avec la participation d'Hydro-Québec comme partenaire majeur.

La certification jeunesse fait en sorte que, dans leurs témoignages, les mentions tiennent compte des réalités du milieu scolaire et qu'ils soient conformes aux valeurs et aux standards du Réseau des mentors, explique Mme Marchand.

En même temps, la fondation a lancé en 2013 Moovjee Qc, inspirée du  Moovjee France. Il s'agit d'une «communauté exclusive permettant aux entrepreneurs, en phase de prédémarrage et démarrage, d'enrichir leur expérience, de poursuivre le développement de leur plein potentiel et de s'ouvrir à un réseau soucieux de leurs préoccupations et aspirations», explique-t-on.

De bonnes nouvelles

  • L'indice entrepreneurial du Québec a évolué positivement en ce qui a trait au transfert d'entreprise. L'intérêt est plus marqué pour les jeunes du Québec que ceux du reste du Canada. Deux fois plus de jeunes Québécois souhaitent prendre la relève de l'entreprise où ils travaillent, qu'il s'agisse ou non d'une entreprise familiale dans des proportions de 9,3 % contre 4,6 % ailleurs au Canada.
  • L'évolution du côté des intentions de créer une entreprise est à 33,6 % en 2014 contre 25,0 % en 2013. Il y a aussi une amélioration en ce qui a trait aux démarches de création avec 12,0 % en 2014 contre 7,4 % en 2013 comme le démontrent les statistiques.
  • Le Mouvement Desjardins renouvelle son engagement comme partenaire présentateur pour les trois prochaines présentations du Concours québécois en entrepreneuriat.
  • «En encourageant les leaders de demain à réaliser leurs rêves, Desjardins contribue au développement d'une culture entrepreneuriale québécoise forte et dynamique. C'est tout Desjardins qui alimente la fibre entrepreneuriale des Québécois», a affirmé la présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins, Monique F. Leroux.
  • Avec la contribution additionnelle de 25 millions $ du gouvernement du Québec annoncé cette semaine, le fonds Anges Québec Capital compte maintenant sur un total de 85 millions $ pour financer le démarrage d'entreprises en innovation sur l'ensemble du territoire québécois. Cela permettra désormais «d'avoir un impact beaucoup plus significatif dans le développement de nouvelles entreprises», souligne François Gilbert, président-directeur général d'Anges Québec et d'Anges Québec Capital. 

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