Le «Buy American» dérange l'industrie de l'acier

Les patrons et syndicats de l'industrie de l'acier... (Photo Le Soleil, Erick Labbé)

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Les patrons et syndicats de l'industrie de l'acier ont tenu une conférence de presse mardi.

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La Presse Canadienne
Montréal

L'industrie de l'acier demande aux différents paliers de gouvernement d'intervenir pour contrer le protectionnisme américain et soutenir l'achat d'acier local dans leurs projets d'infrastructures.

Depuis 2012, 30 États américains ont introduit des mesures de type «Buy American», qui empêchent les fournisseurs canadiens de soumissionner sur leurs projets, ce que déplorent vivement les acteurs de l'industrie. Ces mesures sont permises en dépit de l'Accord de libre-échange nord-américain parce que celui-ci vise les décisions au niveau fédéral.

Pendant ce temps, les fournisseurs américains, eux, ont un accès sans restriction au marché canadien.

«Le libre-échange doit être un échange équitable», a déclaré le président de l'Institut canadien de la construction en acier (ICCA), Ed Whalen, hier, en conférence de presse à Montréal.

«Nous n'avons pas de libre-échange; nous avons des échanges ouverts et ils sont ouverts à sens unique», a-t-il déploré.

Les représentants de l'industrie ont notamment demandé aux gouvernements municipaux, provinciaux et fédéral d'adopter des mesures de réciprocité, c'est-à-dire de n'accepter pour leurs projets que les soumissions d'entreprises situées dans des États qui acceptent aussi les soumissionnaires canadiens.

Leurs craintes sont par ailleurs exacerbées par la possible adoption d'une nouvelle législation protectionniste, qui est présentement à l'étude au Congrès américain, et qui, selon eux, ne ferait qu'ajouter de nouveaux bâtons dans les roues d'une industrie qui voit poindre la lumière au bout d'un long tunnel.

«Nous sommes dans une situation extraordinaire au Québec, a fait valoir le président de Manufacturiers et exportateurs du Québec, Éric Tétrault. Nous avons une baisse de la devise canadienne à 85 ¢, une réduction des coûts de l'énergie avec le prix du baril de pétrole qui est à la baisse et une reprise aux États-Unis. Nous sommes dans un cycle vertueux pour les entreprises québécoises vers les États-Unis. Il ne faudrait pas qu'une législation protectionniste vienne casser cet élan.»

Le lobby de l'acier demande également au gouvernement fédéral d'agir dans ce dossier comme il l'a fait dans celui du bois d'oeuvre, c'est-à-dire de mener le combat légal contre le protectionnisme devant les instances régissant le commerce international.

Ses représentants ont par ailleurs demandé aux décideurs politiques d'adopter des mesures visant à favoriser l'achat local. À titre d'exemple, ils ont vigoureusement dénoncé le fait que le mégaprojet de remplacement du pont Champlain - qui n'est pas soumis aux accords commerciaux - ne comprenne pas de critère d'approvisionnement local.

«Dans les devis et les spécifications [du pont Champlain], il n'y a aucune restriction aux soumissionnaires d'assurer qu'il y ait un contenu canadien. À notre avis, c'est inacceptable pour un projet fédéral qui est en dehors des ententes internationales», a soutenu la directrice régionale de l'ICCA au Québec, Hellen Chistodoulou.

Bien que leurs propos visaient principalement à réclamer des mesures pour contrer le protectionnisme américain, les porte-parole en ont également profité pour dénoncer le dumping d'acier sur le marché canadien par certains pays, qu'ils se sont bien gardés d'identifier. Cette pratique vient ajouter aux difficultés de l'industrie qui, en plus de se voir restreindre l'accès à son plus important marché, subit une concurrence qu'elle estime déloyale sur son propre territoire.

Devant les pressions venant de toutes parts, les différents acteurs de l'industrie de l'acier ont créé un lobby unifié afin de faire pression auprès des gouvernements, sous l'appellation de Partenaires de l'ICCA (PICCA).

L'industrie emploie environ 110 000 personnes au Canada, dont 17 000 au Québec, et génère des revenus de plus de 14 milliards $ annuellement.

Selon l'ICCA, toutefois, de 2002 à 2011, l'effet combiné des mesures protectionnistes et du dumping a vu le Canada passer de 1,4 milliard $ d'exportations nettes d'acier de charpente à un déficit de 600 millions $.

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