Le rideau tombe pour les centres locaux de développement

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Pour Martin Lamontagne, vice- président de division et directeur de l'unité d'affaires Creaform d'Ametek, l'entreprise vient de vivre sa meilleure année de sa jeune histoire.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Le glas s'apprête à sonner pour les centres locaux de développement (CLD) de Québec et de Lévis. À minuit, ce soir, ils seront déjà de l'histoire ancienne.

Du coup, une soixantaine de travailleurs se retrouveront sans emploi. Du groupe, de nombreux conseillers en développement local qui ont oeuvré, au cours des 15 dernières années, auprès de chercheurs d'emploi - des jeunes, des femmes et des immigrants pour la plupart - afin de les épauler dans l'aboutissement de leur rêve, celui de fonder leur entreprise. C'est à leur tour, maintenant, à ces conseillers en développement local et à leurs collègues de travail, de repartir à zéro et de se reconstruire un avenir.

Au Québec, le développement économique régional passe, lui aussi, dans le hachoir de l'austérité. En s'entendant avec les municipalités sur un pacte fiscal transitoire - qui oblige ces dernières à réduire leurs dépenses de 300 millions -, le gouvernement du Québec a notamment réduit de 72 à 32 millions $ sa part au financement annuel des CLD. 

Il confie également aux villes et aux MRC la responsabilité du développement économique local sur leur territoire. À elles de décider du sort de leur CLD. Québec et Lévis ont tranché. Les deux CLD cesseront leurs activités le 31 décembre. Le 31 décembre, c'est aujourd'hui. Les deux villes assumeront dorénavant les fonctions de développement économique local et de soutien à l'entrepreneuriat.

Comment?

Ça reste à définir. Québec et Lévis annonceront leurs couleurs dans les prochaines semaines.

Chose certaine, ça se fera avec moins de monde et moins d'argent. Le maire de Québec, Régis Labeaume, disait, en novembre dernier, que le CLD de Québec, «ça ne fonctionne pas, c'est beaucoup de monde, ça coûte énormément cher en administration».

Remaniement

Les grands fonds gérés par les défunts CLD - notamment le Fonds local d'investissement (FLI), le Fonds jeunes promoteurs (FJP) ou le Fonds local de solidarité (FLS) - ne disparaîtront pas.

Qui décidera qu'un tel projet d'un tel promoteur pourra recevoir de l'aide? Ça demeure un mystère. À ce jour, tant au CLD de Québec et qu'à la Société de développement économique de Lévis, cette délicate intervention était l'apanage d'un comité indépendant composé majoritairement d'entrepreneurs chevronnés qui sont en mesure d'identifier les bons projets.

En ce jour de deuil pour les CLD de Québec et de Lévis, Le Soleil présente deux entreprises - Creaform et Productions 10e ave - qui, un jour, ont profité d'un coup de pouce de leur CLD local. Pour elles, ce jour fut le début d'une belle histoire.

Creaform: douze ans plus tard, l'élan ne se brise pas

Martin Lamontagne fait le décompte des employés de Creaform. Trente en France. Trente en Allemagne. Trente en Chine. Dix au Japon. Cinq en Inde. D'autres aux États-Unis et dans le reste du Canada. Et ce n'est que la pointe de l'iceberg. En tout, ils sont près de 400. La majorité d'entre eux s'active à Lévis.

«Notre démarrage s'est fait en coup de canon et nous avons toujours l'impression, 12 ans plus tard, que nous n'avons jamais perdu l'élan de départ», explique le patron de Creaform.

Vendue, en octobre 2013, pour la somme d'environ 120 millions $US à la société américaine Ametek, un chef de file mondial de la fabrication d'instruments électroniques et d'appareils électromécaniques, Creaform vient de connaître la meilleure année de sa jeune histoire, informe Martin Lamontagne sans toutefois révéler le chiffre d'affaires de l'entreprise spécialisée dans la conception, la fabrication et la commercialisation de scanneurs portables et de scanneurs montés sur des robots industriels qui permettent de faire l'inspection de pièces dans les secteurs de l'aérospatiale, de l'automobile et des produits de consommation, entre autres.

Avec ses collègues Charles Mony et Gilles Bernigaud, Martin Lamontagne rêvait à l'idée de se lancer en affaires. Ils travaillaient, tous les trois, pour un même employeur, Modelex, qui, un jour, a été acheté par la Société de développement du magnésium. Dans la révision du modèle d'affaires de sa récente acquisition, la Société de développement du magnésium a décidé d'abandonner sa division de rétro-ingénierie industrielle pour laquelle travaillaient MM. Mony, Bernigaud et Lamontagne.

L'occasion était alors belle, pour eux, de voler de leurs propres ailes.

Voler de ses propres ailes

«Le défi de toute nouvelle entreprise est d'obtenir les premiers capitaux. La première institution qui a cru en nous, ce fut la Société de développement économique de Lévis. Elle nous a consenti un prêt de 50 000 $ qui nous a permis d'attacher un financement avec notre caisse et de démarrer Creaform en 2002», raconte Martin Lamontagne en ajoutant que les fondateurs avaient également investi beaucoup. «Pendant de nombreuses années, nous ne nous sommes pas versés de salaire. Nous réinvestissons le fruit de nos ventes dans l'entreprise.

«Non pas que les banques et les caisses ne veulent pas prendre de risques avec des jeunes pousses. Parmi tous les entrepreneurs qui cognent à leurs portes, elles cherchent à identifier les projets qui présentent les meilleures chances de réussite. Quand un CLD, par exemple, épluche un plan d'affaires, quand il questionne à fond les promoteurs et qu'il décide d'approuver le versement d'un prêt ou d'une garantie de prêt, ça rassure les institutions prêteuses.»

C'est avec l'idée bien ancrée dans sa tête... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 3.0

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C'est avec l'idée bien ancrée dans sa tête de faire des films d'animation à Québec que Nancy Florence Savard a cogné à la porte du CLD.

Le Soleil, Erick Labbé

Productions 10e Ave: une «poussée d'hormones» bénéfique

En cette période des Fêtes, le Cinéma Cartier présente Le Coq de St-Victor, un film d'animation réalisé à 98 % à Québec. À l'affiche, aussi, Le film Lego et Les Tortues Ninja.

«Mon entreprise, Productions 10e Ave, est devenue le chef de file canadien du long métrage d'animation», affirme Nancy Florence Savard. Après La légende de Sarila et Le Coq de St-Victor, la fondatrice, productrice et réalisatrice de Productions 10e Ave prépare le lancement d'un troisième film d'animation pour 2015. Les grands studios américains n'ont qu'à bien se tenir!

C'est avec l'idée bien ancrée dans sa tête qu'il était possible de faire du film d'animation à partir de Québec que Nancy Florence Savard a cogné à la porte du CLD de Québec au début de 2000. Son banquier lui avait suggéré d'aller chercher une garantie de prêt. «Il m'avait dit que ça pourrait aider à faire avancer les choses», raconte-t-elle.

Mme Savard se souvient encore de sa première rencontre avec la chargée du projet du CLD. «J'avais un bébé de quelques mois dans les bras et j'étais enceinte de ma deuxième fille. Et mon plan d'affaires, c'était du solide. Je vous le dis, j'étais en pleine poussée d'hormones!»

Sa garantie de prêt d'environ 50 000 $, Nancy Savard l'a finalement obtenue. «À l'époque, ce n'était pas évident. L'industrie du film d'animation au Québec était sens dessus dessous avec l'effondrement du géant Cinar.» Par la suite, Productions 10e Avenue a décroché deux prêts de 150 000 $ chacun pour la production de La légende de Sarila et du Coq de St-Victor. Des prêts remboursés rubis sur l'ongle.

Au-delà du coup de pouce financier indispensable pour une entreprise en démarrage, l'apport du CLD a permis à Nancy Florence Savard d'aller chercher les outils nécessaires pour devenir une entrepreneure. «Avec mon plan d'affaires, j'avais bien fait mes devoirs. Il me restait à développer mes réflexes de dirigeante d'entreprise.»

Les professionnels du CLD ont notamment encouragé Nancy Florence Savard à courir les concours d'entrepreneuriat. Productions 10e Ave a triomphé à l'une de ces compétitions et a pu ainsi se rendre en Europe pour faire de la prospection auprès de clients éventuels, et finalement décrocher un premier contrat de diffusion d'un conte de Noël sur la chaîne TF1. Évoluant aussi dans les univers du documentaire, de la télévision, des applications mobiles et des jeux, le bébé de Nancy Florence Savard est un créateur d'emplois à Québec. En 2011-2012, pas moins de 575 personnes ont travaillé à la production de La légende de Sarila.

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