Finances publiques: Québec va trop vite, selon Pierre Fortin

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L'économiste Pierre Fortin estime que la situation budgétaire actuelle du Québec ne justifie aucunement la panique.

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(Québec) S'il comprend que le gouvernement de Philippe Couillard est pressé d'en finir avec les «mauvaises nouvelles» et qu'il tient à faire avaler la pilule de l'austérité aux contribuables quelques années avant que ceux-ci se rendent aux urnes et oublient, peut-être, les gestes posés par leurs gouvernants, l'économiste Pierre Fortin estime que la situation budgétaire actuelle ne justifie aucunement la panique.

«De la rigueur, oui, mais sans précipitation.» Pour lui, il vaudrait mieux comprimer les dépenses de 1 milliard $ par année pendant quatre ans plutôt que 4 milliards $ en un an.

«La priorité des priorités devrait être la réforme de fond en comble du système de santé qui écrase de plus en plus les autres missions de l'État», suggère-t-il.

Conférencier invité, jeudi, au colloque Retraites et Placements organisé par le Cercle finance du Québec et l'Association des conseillers financiers (CFA) de Québec, le réputé économiste de l'UQAM a prévenu que l'idée de vouloir s'attaquer avec précipitation au déficit budgétaire comportait son lot de dangers.

«En retirant 4 milliards $ de l'économie québécoise, le gouvernement peut provoquer une récession en 2016. Cet empressement peut aussi être la source d'une dure confrontation politique avec les secteurs qui ont déjà subi de fortes restrictions par le passé. Elle peut aussi causer d'autres risques, par exemple, en fonçant dans le tas avec des commissions externes - celle sur la fiscalité et l'autre sur la révision permanente des programmes - à qui on demande d'évaluer en six mois un budget qui se chiffre tout même à 95 milliards $, en oubliant de s'attaquer à l'éléphant dans la pièce que constitue le monde de la santé et en achevant de démoraliser l'administration publique québécoise qui risque de perdre ses meilleurs éléments.»

Pour contrôler son budget, «le gouvernement est parti pour appliquer la solution américaine, c'est-à-dire de continuer à écraser toutes les missions gouvernementales autres que la santé», a poursuivi Pierre Fortin.

Il a expliqué que le déficit budgétaire avait le dos large et qu'il n'était pas le seul bouc émissaire de l'accroissement de la dette.

«Le déficit budgétaire doit atteindre 1 milliard $, mais, au total, la dette doit augmenter de 8,7 milliards $ pour atteindre 206,8 milliards $ au 31 mars 2015. D'autres choses comme les immobilisations nettes [5,5 milliards $] et les placements, les prêts et les avances [1,8 milliard $] font aussi augmenter la dette.»

Il a signalé que le Québec et l'Ontario affichaient des déficits budgétaires depuis 2009. «La situation est pire en Ontario qu'ici», a-t-il tenu à mentionner.

En raison d'une économie vacillante, les revenus fiscaux n'ont pas augmenté au même rythme que les dépenses gouvernementales. «Mais, d'un secteur à l'autre, la progression des dépenses a été extrêmement inégale», fait remarquer M. Fortin. Alors que le PIB enregistrait une croissance cumulative de 25 % depuis 2006, celle du secteur de la santé atteignait 40 %.

L'économiste se demande où s'arrêtera la spirale des coûts en santé. L'enjeu est de taille étant donné que le Québec vieillit et les Québécois continueront de vivre de plus en plus longtemps.

«Mamelles de l'État»

Abordant les thèmes de la croissance et de la productivité, Pierre Fortin a signalé que la capacité des Québécois de 15 à 64 ans de créer de la richesse est meilleure qu'en Ontario et aussi bonne que chez nos voisins du sud en raison principalement «de l'essor plus marqué de leur taux d'emploi». Pour le moment, il ne faut pas compter sur la productivité ni sur les investissements pour enrichir le Québec. «Dans les deux cas, ce n'est pas fort, fort.»

Une ombre apparaît toutefois au tableau : la population des 15 à 64 ans a augmenté beaucoup moins dans la Belle Province qu'en Ontario ou aux États-Unis. Évidemment, cet implacable constat fait en sorte que la croissance économique québécoise a «sensiblement» ralenti ces dernières années.

Selon Pierre Fortin, l'Amérique du Nord est en «panne de croissance» depuis 2007. La récession de 2008-2009, la lenteur de la reprise et l'espèce d'épuisement du potentiel de croissance de la productivité en Amérique du Nord et en Europe sont pointées du doigt. En plus, au Québec, il faut ajouter le déclin démographique.

«Notre productivité a néanmoins du jeu pour croître plus vite, car elle est plus faible que celle des États-Unis et de l'Ontario.»

Pour l'économiste, le Québec tout entier doit se réveiller et prendre le virage de la productivité. À ce chapitre, il a qualifié la performance du Québec de «déprimante.»

La liste des choses à faire pour rendre le Québec plus productif est longue : encourager les ententes de libre-échange et le développement de multinationales québécoises, favoriser les carrières scientifiques et techniques, développer le talent managérial, etc.

À ses yeux, le plus important est que les Québécois cessent de s'accrocher aux «mamelles de l'État» et prennent leurs responsabilités pour devenir plus productifs.

****

Décrochage universitaire : un «scandale collectif majeur»

Pierre Fortin parle d'un «scandale collectif majeur».

Selon l'économiste, ce n'est pas un problème d'accessibilité qui frappe le réseau québécois universitaire, mais bien de persévérance. Les jeunes d'ici accèdent plus facilement aux universités, mais ils en sortent trop souvent sans aucun diplôme.

S'inspirant de données du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport, de Statistique Canada et de l'OCDE, Pierre Fortin constate que le taux de décrochage des jeunes Québécois qui entreprennent un baccalauréat universitaire est de 30 %. Il est de 12 % en Ontario et de seulement 5 % en Suède.

Pourtant, c'est au Québec où le pourcentage (44 %) de jeunes qui entreprennent un baccalauréat universitaire est le plus élevé. Il est de 41 % en Ontario et de 34 % en Suède.

«Que se passe-t-il? Est-ce que nos universités accueillent trop d'élèves?» pose M. Fortin en rappelant que le financement que reçoit chaque établissement universitaire de l'État est établi en fonction du nombre d'étudiants.

Ce problème de persévérance cause une foule de problèmes qui nuisent à la croissance du Québec, dont celui de l'arrivée plus tardive des jeunes sur le marché du travail.

Ce qu'il a dit

«En retirant 4 milliards $ de l'économie québécoise, le gouvernement peut provoquer une récession en 2016.»

«Le gouvernement est parti pour appliquer la solution américaine, c'est-à-dire de continuer à écraser toutes les missions gouvernementales autres que la santé.»

«La priorité des priorités devrait être la réforme de fond en comble du système de santé qui écrase de plus en plus les autres missions de l'État.»

- L'économiste Pierre Fortin

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