Montréal, boulet ou locomotive?

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(Québec) À l'autre bout de la 20, pendant que la locomotive montréalaise s'embourbait, la comète Québec filait à fière allure. La capitale a-t-elle profité de la torpeur dans laquelle s'enfonçait la métropole pour devenir une sorte d'irréductible village gaulois propulsé par une économie roulant au quart de tour? Le malheur de l'un a-t-il fait le bonheur de l'autre?

«Ça n'a pas rapport», tranche l'ancien ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand. «La région de Québec ne se porte pas bien aujourd'hui parce que Montréal file un mauvais coton depuis quelques années. Un affaiblissement de Montréal n'est pas une bonne nouvelle pour la capitale ni pour l'ensemble du Québec. Je suis même persuadé que la région de Québec aurait fait encore meilleure figure si Montréal avait connu une croissance économique égale à la moyenne canadienne.»

Raymond Bachand préside l'Institut du Québec, un groupe de recherche né d'une initiative du Conference Board et de HEC Montréal.

Plus tôt cette semaine, l'Institut du Québec publiait une étude intitulée Montréal: boulet ou locomotive? démontrant l'importance de la métropole - incluant Laval et Longueuil - pour l'économie du Québec.

Le constat est implacable. «Montréal est une puissante locomotive, mais elle sous-performe au détriment de tout le Québec.»

«Si l'importance de Montréal demeure indéniable pour l'économie du Québec, sa contribution est toutefois en baisse depuis 15 ans. La comparaison de Montréal avec d'autres grandes villes n'est plus reluisante. Elle traîne de la patte quand on la compare à ses homologues du reste du pays», observait l'étude en faisant remarquer qu'en raison «de sa contribution au PIB du Québec, des impôts payés, de sa force d'innovation ou des investissements qu'elle attire, Montréal - et ses 3,9 millions d'habitants, soit 48,9 % de la population du Québec - jouait un rôle central et incontournable dans l'économie québécoise.»

«Dans une étude datant de 2016, le Conference Board avait calculé que dans sept provinces, plus de 40 % de l'activité économique était attribuable à une ou deux régions métropolitaines. En 2013, cette réalité valait pour neuf des dix provinces du pays incluant le Québec, où la RMR de Montréal contribue à 53 % du PIB de la province.»

Le succès appelle le succès

Pour Raymond Bachand, les investisseurs ne choisiront pas Québec tout simplement parce que l'économie tourne au ralenti à Montréal. Leur choix se basera plutôt sur la proximité avec leurs clients et la disponibilité de main-d'oeuvre.

Selon lui, la concurrence pour attirer les capitaux ne se fait pas entre Montréal et Québec, mais entre Montréal et les autres grandes agglomérations de l'Amérique du Nord.

«La relation entre Montréal et Québec est plus complémentaire que concurrentielle», fait remarquer l'ancien ministre libéral. «Avec l'Institut national d'optique, le Parc technologique et l'Université Laval, Québec a su diversifier son économie, se construire un microsystème lui assurant une certaine autonomie et développer un entrepreneurship régional dynamique.»

Le succès de Québec, il ne faut pas le chercher dans les misères économiques de Montréal, soutiennent les économistes Joëlle Noreau (Desjardins) et Louis Gagnon (Québec International) qui reconnaissent qu'il est possible de briller à l'ombre de Montréal.

«La prospérité des régions n'est pas essentiellement attribuable à celle de la région de Montréal. C'est vrai, par contre, que la prospérité du Québec en général est liée à celle de la métropole», souligne Mme Noreau.

Selon eux, Montréal a davantage souffert du déclin du secteur manufacturier que la capitale. L'éclatement de la bulle technologique y a fait également plus de ravages.

«Québec a l'avantage de pouvoir compter sur des entreprises de plus petite taille - de moins de 250 employés - qui peuvent réagir plus rapidement lorsque des coups durs se manifestent», signale Louis Gagnon.

Évidemment, la présence de la fonction publique est un facteur de stabilité. «Elle représente 16 % du PIB à Québec comparativement à 6 % pour Montréal et 11 % des emplois totaux par rapport à 4 % à Montréal», souligne M. Gagnon en ajoutant que le secteur des assurances avait connu un essor phénoménal et qu'il avait été épargné par la récession de 2009.

«Et il y a le succès qui appelle le succès», affirme Joëlle Noreau. Des gens sont venus s'installer dans la région parce qu'il y avait de l'emploi et des entreprises y ont ouvert leurs portes parce qu'il y avait un marché en croissance.

Intérêts convergents

Les intérêts économiques de Montréal et du reste du Québec ne s'opposent pas, insiste Raymond Bachand.

«Combien de fois ai-je entendu qu'il ne fallait pas aider Montréal pour ne pas faire des jaloux ailleurs. Je suis tanné de ce discours-là ! D'ailleurs, j'entends de plus en plus souvent les confidences d'entrepreneurs de Québec qui affichent de sérieuses inquiétudes à l'égard de la santé de la métropole. Ils craignent les répercussions pour leurs entreprises.»

Pour lui, Montréal n'est pas une cause perdue. «Des villes comme Pittsburgh ont connu une chute encore plus dramatique de leur secteur manufacturier et elles ont su se relever».

Il sent d'ailleurs une volonté du milieu des affaires montréalais d'imposer un vent de changement. «Les entrepreneurs doivent se prendre en main et ne pas compter sur le gouvernement qui, de son côté, a le devoir d'aider dans la mesure de ses moyens et surtout ne pas nuire aux initiatives.»

Lundi se tiendra l'événement Je vois Montréal qui réunira plus d'un millier de citoyens qui discuteront d'une centaine de projets destinés à donner un coup de fouet à la métropole. Le premier ministre Philippe Couillard y assistera.

***

Boulet

- Au cours de la dernière décennie, l'économie de la région de Montréal a connu une croissance de 1,5 % par année en moyenne, soit le plus faible taux de croissance parmi les principales villes canadiennes. Dans la même veine, le niveau de revenu disponible des Montréalais était inférieur à celui des habitants des autres Canadiens des grandes agglomérations urbaines.

- La région de Montréal enregistrait en 2013, le deuxième taux de chômage (8,1 %) le plus élevé des régions métropolitaines de recensement au Canada, tout juste derrière Toronto (8,2 %).

- Si la métropole se taille la part du lion en matière d'innovation technologique au Québec, elle partage la dernière place avec Calgary au chapitre du nombre de brevets enregistrés par habitant au Canada.

- La population de diplômés à Montréal est plus faible que celles des autres grandes villes universitaires du Canada.

- Avec une croissance démographique moyenne de 1 % par année depuis dix ans, la croissance de la région de Montréal dépasse à peine celle du Québec pour la même période (0,9 %), et ce, en dépit du fait que Montréal accueille chaque année plus de 75 % des immigrants au Québec.

- Montréal a perdu près de 30 % de ses sièges sociaux entre 1999 et 2012.

Source: Institut du Québec

***

Locomotive

- La contribution économique de la région de Montréal (incluant Longueuil et Laval) dépasse son poids démographique. Elle a généré plus de 53 % du produit intérieur brut alors qu'elle représente 49 % de la population québécoise.

- La région de Montréal a payé plus de 50 % des impôts sur le revenu des particuliers de la province en 2013. En matière d'impôts payés par habitant, la région de Montréal n'a jamais contribué pour moins que 102 % de son poids démographique.

- Pas moins de 366 des 490 brevets enregistrés par le Québec entre 2008 et 2012, Montréal constitue le pôle scientifique et technologique incontesté du Québec.

- Montréal a attiré en moyenne 53 % des investissements étrangers au Québec de 1999 à 2013.

Source: Institut du Québec

****

Des milliards de dollars en moins

Si Montréal avait connu, en 2013, une croissance économique égale à la moyenne canadienne au cours du dernier quart de siècle, tout le Québec serait aujourd'hui plus riche de plusieurs milliards de billets verts.

Le produit intérieur brut par habitant serait plus élevé de 3450 $. C'est ce que l'on appelle un effet de locomotive.

Dans son étude, l'Institut du Québec a cherché à déterminer l'impact que pourrait avoir une économie montréalaise «plus vigoureuse» sur l'économie du Québec. Il s'est inspiré d'une simulation effectuée par le Conference Board qui présume une croissance annuelle moyenne de 1,3 % pour la région de Montréal, ce qui correspond à la croissance économique moyenne des régions métropolitaines canadiennes entre 1987 et 2013.

De 1987 à 2013, la croissance annuelle de l'économie montréalaise n'a été que de 1 % en moyenne. Durant cette période, le PIB réel par habitant de Montréal est passé de 36 868 $ à 41 112 $. Dans les régions non urbaines du Québec, le PIB réel par habitant est passé de 27 547 $ à 32 414 $.

«Considérant que la performance économique de Montréal a été généralement inférieure à celle des autres grandes villes du Canada au cours des dernières années, la métropole n'a pas donné sa pleine contribution à l'économie du reste du Québec», tranche l'Institut du Québec.

***

Taux de croissance annuelle moyen du PIB entre 2003 et 2013

 Edmonton: 4,1 %

 Québec: 1,9 %

 Montréal: 1,3 %

--

Croissance de l'investissement résidentiel entre 2003 et 2013

 Calgary: 202 %

 Québec: 138 %

 Montréal: 94 %

--

Taux de croissance annuelle moyen de l'emploi entre  2008 et 2013

 Edmonton: 2,2 %

 Québec: 1,4 %

 Montréal: 1,2 %

Sources: Conference Board et Québec International

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