Brasser des affaires malgré l'Ebola

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Une délégation camerounaise est venue récemment au Québec et a notamment visité l'entreprise Charbon de bois Feuille d'érable.

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(Québec) Dans la foulée de l'épidémie d'Ebola qui affecte l'Afrique de l'Ouest depuis des mois, Le Soleil a voulu savoir si des entreprises de Québec ont pris des dispositions particulières. Trois d'entre elles qui font affaire ou envisagent en faire avec ce coin du globe ont réagi différemment à la menace.

Simon Langlois, président de Charbon de bois Feuille d'érable, vient tout juste de signer une entente de transfert technologique avec le Cameroun. Sa compagnie de Sainte-Christine-d'Auvergne prendra part à une PPP, une participation publique-privée, sur la valorisation de la biomasse forestière là-bas.

«J'y vais au début décembre.» Un voyage en Afrique qui ne l'inquiète aucunement et même au contraire. «Je trouve que le fait qu'on en parle beaucoup de l'Ebola, ça augmente le niveau de sécurité un peu partout, même dans les aéroports.» Il rappelle que le Cameroun n'est pas touché. Le niveau de salubrité n'est pas du tout le même qu'au Liberia, par exemple. 

M. Langlois a rencontré une délégation camerounaise récemment à Montréal. Et un dignitaire a raconté cette histoire.

Un père et son fils vont au marché avec un âne. Le premier jour, le père est sur leur vieil âne et le fils suit à pied. Les gens du village s'écrient : «Mais quel mauvais père qui oblige son fils à marcher.»

Le lendemain au tour du fils d'être sur l'âne et le père marche à côté. Les gens du village s'écrient alors : «Quel fils indigne de faire marcher son père!»

Le troisième jour, ils portent eux-mêmes leurs affaires, l'âne trottinant derrière. Cette fois, les villageois s'écrient : «Voilà qu'ils portent leurs bagages maintenant! C'est le monde à l'envers!»

La morale de cette histoire, a retenu M. Langlois, peu importe la situation, il y a toujours des raisons qui font en sorte qu'on peut critiquer. Qu'en Afrique, on ne devrait pas y aller.

«Si on va au-delà des critiques et des peurs, il y a des opportunités là-bas. Il y a une démographie, la moyenne d'âge est de 26 ans. Dans notre ligne de produit, la biomasse forestière du Cameroun a un potentiel incroyable, ils ont besoin d'aide au niveau de la gestion. Les Canadiens, on est accueillis à bras ouverts. Le Cameroun fait partie du Commonwealth, de l'Organisation internationale de la francophonie, donc...»

M. Langlois conclut en soulevant la question : ici, combien de personnes vont mourir de la grippe dans quelques mois?

La firme lévisienne Absolute NDE est spécialisée dans... (Photo fournie par Absolute NDE) - image 2.0

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La firme lévisienne Absolute NDE est spécialisée dans l'inspection en essai non destructif de pipeline pendant la construction. Ici, une photo d'un nouveau chantier au Congo.

Photo fournie par Absolute NDE

Absolute NDE: mesures de sécurité accrues

La firme de Saint-Romuald Absolute NDE travaille sur des projets de construction de pipeline de pétrole en mer partout à travers le monde, notamment en Afrique. Son président, Frédéric Jacques, indique avoir pris des mesures de sécurité supplémentaires avec l'épidémie d'Ebola.

«On a un programme de santé et sécurité qui est très en ligne avec celui des compagnies pétrolières pour lesquelles on travaille. La sécurité fait partie de nos valeurs.» Plus précisément, quand Ebola est sorti, il dit avoir reçu de certains de ses clients leurs programmes Health, Safety and Environment (HSE) qu'il a mis en place et adaptés à Absolute NDE. «On a un plan de sensibilisation envers les employés pour qu'ils soient bien informés de ce qu'est l'Ebola, quoi faire et comment faire pour diminuer les risques.»

À l'interne, Frédéric Jacques a ajouté une précaution additionnelle à ce qui est demandé par les pétrolières. «Les travailleurs qui ressortent d'un projet dans un pays qui pourrait être touché, on s'assure qu'ils passent minimum 30 jours dans leur pays d'origine avant de considérer les ramener ici à Québec pour préparer un autre chantier.»

Personnel multiculturel

Le président souligne que 80 % du personnel d'Absolute NDE vient de l'extérieur, de Malaisie, d'Europe, de Roumanie, d'Indonésie.

Actuellement, la compagnie participe en Afrique au projet Litchendjili qui démarre sur un bateau au Congo. «Le seul moment où les travailleurs passent au Congo, c'est à l'aéroport. Ils atterrissent à Pointe-Noire et prennent l'hélicoptère pour aller sur le bateau.»

Absolute NDE travaille assez régulièrement au Nigeria, mais pas en ce moment. Frédéric Jacques rappelle toutefois que ce pays est désormais déclaré exempt de transmission du virus Ebola.

Peu d'information, peu de questions

Les gens d'affaires interrogés par Le Soleil n'ont reçu aucune information, restriction ou recommandation relatives à leurs déplacements en Afrique de la part des autorités canadiennes. Par ailleurs, ils n'en ont pas demandé. 

Le Soleil a cherché à savoir si le ministère de l'Économie, de l'Innovation et des Exportations du Québec avait pris des mesures pour informer ou rassurer sa clientèle faisant affaire en Afrique concernant l'épidémie d'Ebola. Voici la réponse écrite : «Lorsque Export Québec planifie des missions en Afrique, il établit des communications avec le gouvernement fédéral pour s'assurer que les pays visés sont sécuritaires.» 

La prochaine mission début décembre aura lieu dans un pays d'Afrique de l'Ouest, le Sénégal, qui ne fait plus partie de la liste officielle de l'OMS des pays affectés, car aucun  cas d'Ebola n'y a été déclaré depuis 42 jours. «Nous demandons aux entreprises qui s'inscrivent de se conformer aux exigences de santé dans les pays où des missions ont lieu.» 

Quant aux demandes d'information des compagnies, Export Québec fait systématiquement référence au site du gouvernement du Canada qui est une source d'information officielle et qui fait régulièrement le point sur la situation : voyage.gc.ca/voyager/avertissements. On y trouve des conseils et des avertissements par pays et aussi cette mention : vous êtes le seul responsable de votre sécurité.

Par ailleurs, comme le ministère des Relations internationales et de la Francophonie n'a pas de bureaux en Afrique, les entreprises québécoises sont référées aux consulats et aux ambassades canadiennes pour le soutien local.

Éconeau: frein aux projets

Pour la compagnie Éconeau qui conçoit des systèmes de récupération de l'eau de pluie, les pays d'Afrique de l'Ouest sont un marché potentiel. «Ils reçoivent beaucoup de pluie, mais ils manquent d'eau parce que les infrastructures ne sont pas adaptées. On amènerait une très bonne solution», indique Marie-Claude Chevrette, qui a fondé l'entreprise avec son père en 2010.

L'équipe d'Éconeau, dont le siège social est à Québec, devait se rendre au Cameroun en décembre pour aller visiter l'exposition Promote, une foire commerciale internationale. «Avec nos partenaires, on avait entamé des démarches pour aller à cette exposition et faire des rencontres dans certains pays ciblés de l'Afrique de l'Ouest.» Elle rappelle que les autres régions du continent sont souvent trop sèches et désertiques pour permettre la récupération de l'eau de pluie.

Le projet de voyage et d'exportation a toutefois été mis sur la glace, indique Mme Chevrette. «Finalement, autant dans les pays là-bas, il y a un ralentissement. On n'a pas vraiment beaucoup de suivi et de développement pour passer à l'action. Avec l'Ebola, ç'a mis un frein, définitivement. On aime mieux ne pas prendre de chance en allant dans un grand rassemblement avec autant de gens.»

Mme Chevrette, qui a eu des ennuis de santé cette année, ne veut prendre aucun risque pour elle-même, ses employés et ses partenaires. «On ne ferme pas les portes du tout! Pour cette année, on va seulement laisser passer le ralentissement économique et la crise épidémique.»

***

=> L'épidémie en bref

  • 10 141 : cas déclarés dans huit pays depuis le début de l'épidémie, selon le bilan établi au 23 octobre par l'Organisation mondiale de la santé
  • 4922 : décès recensés, dont plus de la moitié au Liberia
  • 2 :pays désormais déclarés exempts de transmission du virus Ebola : le Sénégal et le Nigeria
  • 2 à 21 jours : période d'incubation, c'est-à-dire temps écoulé entre l'infection et l'apparition des symptômes
  • 90 % : risque d'entraîner la mort chez les personnes ayant contracté le virus
  • 1976 : année de la première apparition de la maladie à virus Ebola

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