Lise Watier: «Prove them wrong!»

Généreuse, drôle, encolure de perles et basquets noirs,... (Photo Amélie Lapointe, fournie par Femmessor)

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Généreuse, drôle, encolure de perles et basquets noirs, Lise Watier a raconté son histoire devant 300 femmes d'affaires mercredi. Attachante, elle rassure une auditrice dont le téléphone cellulaire a sonné. «Ce n'est pas grave, ce n'est pas de ta faute si quelqu'un a appelé.»

Photo Amélie Lapointe, fournie par Femmessor

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(Québec) On aurait pu entendre une mouche voler dans la grande salle de l'hôtel Château Laurier mercredi. Quelque 300 femmes d'affaires étaient suspendues aux lèvres roses de Lise Watier, venue donner une conférence à l'occasion du colloque Entreprendre façon femme, organisé par Femmessor.

Qu'est-ce qui a motivé la grande dame des cosmétiques toute sa vie? Deux choses. Toutes les femmes qui l'ont encouragée au fil des ans. Et surtout, tous ceux qui ne croyaient pas en ses projets. «Prove them wrong! Prouvez-leur qu'ils ont tort!» a-t-elle martelé durant une bonne heure, avec un sourire malicieux.

Généreuse, drôle, encolure de perles et basquets noirs étoilés, Lise Watier a raconté son histoire. Dans la salle, son mari et complice en affaires, Serge Rocheleau, avec qui elle vit «le parfait bonheur depuis 32 ans». Et son petit chien Folie. Si bien nommé.

À l'assistance ce jour-là, Lise Watier a annoncé sa «dernière folie», la vodka Quartz qu'elle a élaborée en partenariat avec le Domaine Pinnacle, à partir de l'eau pure laine Eska. Une belle bouteille hexagonale au chic qu'on lui connaît, et qui sera officiellement lancée le 3 novembre.

Mais outre cette incursion alcoolisée - elle qui n'a jamais bu -, elle a voué tout le reste de sa vie aux cosmétiques et au bien-être des femmes. Envers et contre tous.

Née en 1942, Lise Watier est une petite fille d'un quartier très modeste de Montréal, Hochelaga-Maisonneuve. Elle a fait sa première communion en noir, comme sa famille n'avait pas de sous pour acheter une robe blanche. 

Bonne à l'école, «un talent du bon Dieu», elle se faisait dire que les premiers de classe ne réussissent jamais dans la vie... «Prove them wrong!»

Quand elle évoque sa mère qui lui a appris «à aimer la qualité plutôt que la quantité», elle parle d'une source d'inspiration. «Je l'accompagnais, elle était acheteuse pour la boutique de sa soeur à Trois-Rivières. On allait dans le gros et LÀ, j'ai appris à négocier. Elle avait toujours le dernier mot.»

Le grand déclic est venu à 17,

18 ans. Elle se décrit comme une jeune fille maigre, «confiante en dedans, mais pas en dehors». Jusqu'au jour où sa mère l'amène suivre un cours de maquillage. «Je me suis vue autrement, ça a déclenché en moi un sentiment de confiance.»

Sa vocation a été confirmée à la lecture de l'autobiographie d'Helena Rubinstein, fondatrice d'une société cosmétique. «Je n'aimais pas la personne, mais j'ai aimé sa dévotion pour les femmes.»

Puis son chemin l'a menée à la télévision, qui lui a permis d'être au quotidien dans les maisons du Québec. «Là, j'ai appris à connaître les femmes, leurs besoins, leurs inspirations, leurs inquiétudes.» Lise Watier raconte qu'elle recevait des poches de lettres d'auditrices qui lui posaient des questions sur l'amour, sur l'éducation, sur la maladie... Et du haut de ses 20 ans, elle allait chercher des réponses auprès de spécialistes. Il n'y avait pas Internet à cette époque, rappelle-t-elle.

Un jour, un réalisateur lui a dit : «Tu sais Lise, c'est grâce à moi si tu as le succès que tu as.» De sa tribune, elle lance un regard bleu assassin. «Non, c'est grâce à moi. J'ai dit bye-bye à la télé et j'ai ouvert mon premier institut Lise Watier en 1968, par désir d'indépendance et pour poursuivre ma mission d'aider les femmes.»

À la main, elle a écrit un cours qu'elle a voulu faire approuver par le ministère de l'Éducation. Une fois certifié, gros succès. «Il s'est avéré répondre à un très, très grand besoin.»

Quand elle a ensuite lancé sa gamme de produits Lise Watier Cosmétiques, les compétiteurs ne lui donnaient pas six mois. Une étudiante lui avait aussi proposé de faire une étude de marché, dont les résultats se sont révélés désastreux. «Personne n'aurait acheté de produits Lise Watier. Et j'ai aimé ça. Prove them wrong! Quarante-deux ans plus tard, on est toujours là.»

Comme une missionnaire, elle dit avoir converti les femmes une par une pour qu'elles achètent ses produits plutôt que les marques américaines et françaises.

L'épreuve de l'incendie

Puis après tant d'effort, un incendie a détruit tous ses locaux à L'Île-des-Soeurs en 1990. «Un cauchemar. Une date butoir.» Mais il en fallait plus à la femme d'affaires pour rendre les armes. Au contraire, elle dit avoir retroussé ses manches et voulu recommencer sur le champ.

Les années qui ont suivi l'incendie n'ont toutefois pas été faciles. «Des fois, on nage sous l'eau, avec une paille», lance Lise Watier aux entrepreneures venues l'écouter. Puis parfois, un rêve peut nous sauver. Elle s'est réveillée un jour avec en tête un produit venu du ciel : le parfum Neiges.

Mais l'idée a été accueillie... froidement. Ni son mari, ni ses filles, ni ses collègues, ni son directeur général n'aimaient l'idée d'appeler un parfum Neiges. Tout le monde déteste l'hiver. Sauf Lise Watier. «Pour moi la neige est festive, blanche, pure, joyeuse.» Le nom serait maintenu.

Le jour du lancement, le 29 novembre 1993, avec un budget de 25 000 $ et des «drinks avec du lait», pour faire honneur au commanditaire, le «bon Dieu est venu» à son invitation. «Sur le toit de verre de la bâtisse, il neigeait, mais il neigeait! Ç'a créé le moment de chair de poule.»

L'inventaire pour le parfum Neiges était prévu pour six mois. «Le 15 décembre, il n'y avait plus rien dans les magasins. Mes fournisseurs ont réussi à en avoir pour le 20 décembre et depuis, le succès ne s'est jamais démenti.»

Neiges est le parfum numéro 1 au Québec depuis 21 ans et il figure parmi les cinq plus gros vendeurs au Canada.

«Dans la vie, tout peut arriver. Le monde nous appartient. Au Québec, on n'est pas né pour un petit pain.»

Lise Watier en 1969. Plus jeune, elle se... (Photothèque Le Soleil) - image 2.0

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Lise Watier en 1969. Plus jeune, elle se décrivait comme une jeune fille maigre, «confiante en dedans, mais pas en dehors».

Photothèque Le Soleil

«Il faut avoir la foi!»

«Je crois au destin», dit Lise Watier en racontant une anecdote. Un jour de canicule, alors que l'air conditionné ne fonctionnait pas, elle s'est retrouvée en réunion dans sa voiture, bien au frais, en compagnie d'une collègue et d'un représentant du parfum Neiges. Ils finissent par faire un détour à Brossard et se retrouvent à manger aux Ailes de la Mode. 

Sur place, Paul Roberge, le propriétaire, lui annonce que des acheteurs du Printemps de la mode à Paris sont chez lui à la recherche de produits d'ici pour un événement en décembre, Noël au Canada. Lise Watier se rend à son comptoir de cosmétiques, ramasse entre autres le parfum Neiges et tente sa chance. 

«Je me fais recevoir par une Française qui me dit : "Eh bien Madame, c'est bien la dernière chose que nous souhaitons, un parfum canadien. Vous savez à Paris, nous avons tous les parfums!"» L'humiliation totale, se rappelle-t-elle.

Mais le mari de Lise Watier connaissait le directeur commercial de l'ambassade canadienne à Paris, qui commandite Noël au Canada. À trois jours de l'événement, elle a obtenu son petit kiosque «en bois rustique». 

La beauté de la chose est que le produit le plus vendu allait être référencé au Printemps de la mode. Parmi les statues inuites, les biscuits à l'érable et les bières de Charlebois, quel est le produit qui a fait un tabac au Noël au Canada? Neiges. «Il faut avoir la foi!»

Mais le plus drôle, poursuit Lise Watier, est qu'une fois installée au Printemps, un homme demande à la rencontrer. Il s'agit de Monsieur Sephora France qui lui demande de lui raconter son histoire. Elle tente de faire court et lui parle de l'incendie. «Il me regarde : Vous aussi? Et ç'a créé un lien spécial.»

Il lui a dit vouloir son parfum Neiges dans tous ses magasins en France. «Mais vous devez sortir du Printemps de la mode.» Lise Watier en rit encore en racontant que son mari, «qui est un homme courageux», a pris rendez-vous avec la dame du Printemps pour lui annoncer la «bonne» nouvelle.

***

Conciliation travail-famille

Durant 14 ans, Lise Watier a pu compter sur une femme qui l'a secondée à la maison. «Une aide extraordinaire. Elle est au ciel maintenant, je la prie parmi mes anges.» Ce qui n'a pas empêché la femme d'affaires de mettre ses filles issues de son premier mariage, Marie-Lise et Nathalie, à la première place dans sa vie. «J'ai toujours été présente. J'ai fait les devoirs avec elles jusqu'à l'université. Nos familles, nos valeurs sont importantes. Il ne faut jamais les laisser de côté.» 

Gloss Lumière d'Espoir

Quand vous allez manger chez une amie, plutôt que d'offrir des bougies ou des serviettes comme cadeau d'hôtesse, Lise Watier suggère de donner son gloss Lumière d'Espoir, dont l'applicateur s'illumine dès l'ouverture. La totalité de ses ventes est remise à la Fondation Lise Watier, qui vient en aide aux femmes en difficulté. «La mission est d'essayer d'aider les femmes à reprendre possession de l'autonomie de leur vie», dit la fondatrice qui s'implique au YWCA de Québec.

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