Prévention du suicide au travail: tous n'ont pas les bras croisés

À la boulangerie Multi-Marques de Laval, la prévention... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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À la boulangerie Multi-Marques de Laval, la prévention du suicide en milieu de travail est un bel exemple de collaboration entre le patronat et le syndicat. Dans l'ordre, Robert Couture, Pascal René de Cotret et Martin Campeau.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Québec) Deux suicides en moins de deux ans. «Les collègues de travail de la boulangerie de Laval étaient désemparés. Il fallait absolument faire quelque chose», se souvient Pascal René de Cotret, président du Syndicat des employés de Multi-Marques.

Ce «quelque chose» a été la création d'un réseau de sentinelles. Ils sont 16 aidants à garder l'oeil ouvert pour dépister les premiers symptômes de détresse chez leurs 131 camarades de travail et à leur venir en aide.

«Les salariés constatent les résultats. Ils se sentent appuyés. Ils savent que la confidentialité est respectée. Grâce à l'ouverture de l'employeur, nous avons créé une nouvelle culture à l'intérieur de la boulangerie qui fait en sorte que tout le monde se sent un peu responsable de son collègue. Dans les faits, nous sommes pratiquement 131 sentinelles à l'intérieur de l'usine!» fait remarquer le chef syndical.

«Avant que la marmite n'explose, les gens ont pris l'habitude de ventiler leurs émotions», témoigne Martin Campeau, responsable du comité d'entraide Multi-Marques, en rappelant que la boulangerie de Laval est un environnement très majoritairement masculin. Et c'est connu, les hommes ne sont généralement pas portés à témoigner de leur mal de vivre. «Un gars, ça file ou ça ne file pas. Point à la ligne!» témoigne Bruno Turbide, agent d'aide et de référence à Rio Tinto Alcan à Jonquière.

Mardi, à l'occasion du forum de la prévention du suicide organisé par l'Association québécoise de prévention du suicide, l'attention était portée sur des entreprises comme Multi-Marques, Rio Tinto Alcan et Gaz Métro qui s'efforcent à transformer leur milieu de travail en un lieu de protection contre la détresse psychologique et le suicide. Un sondage réalisé par la Chaire en gestion de la santé et de la sécurité du travail de l'Université Laval révèle que 3 Québécois sur 10 ont été confrontés, au cours de la dernière année, à un suicide dans leur entourage. Pour 28 % de ces personnes, il s'agissait d'un camarade de travail. Et dans 16 % des cas, le passage à l'acte s'est déroulé au travail.

Déposer les armes

Alors que de nombreux participants ont mentionné que les employeurs - notamment dans le secteur de la santé - demeuraient les bras croisés devant le fléau de détresse suicidaire dans les milieux de travail, le cas de Multi-Marques, entre autres, illustre bien le fait qu'un syndicat et un employeur peuvent, à l'occasion, déposer les armes et s'occuper de la santé de leur monde. «Nous répétons aux organisations que, plutôt que de faire de la gestion des ressources humaines, elles devraient faire une gestion plus humaine de leurs ressources», a lancé le directeur de la Chaire en gestion de la santé et de la sécurité au travail, Jean-Pierre Brun.

Multi-Marques est l'un des rares employeurs au Québec - ils ne seraient qu'une poignée selon les représentants de la CSN et de la FTQ présents au forum - à avoir inscrit dans la convention collective l'existence d'un comité d'entraide dont la mission est de prévenir la répétition des gestes tragiques qui ont secoué l'entreprise il y a quelques années. Des libérations syndicales sont prévues. Les coûts de fonctionnement du comité sont partagés à parts égales entre le patron et le syndicat.

«Nous souhaitions mettre sur pied une structure flexible nous permettant d'intervenir rapidement», indique Robert Couture, superviseur senior. «Les employés qui agissent à titre de sentinelles connaissent bien leur rôle et reçoivent une formation continue. Chaque année, le comité d'entraide se fixe des objectifs et organise des activités de sensibilisation», expose M. Couture en ajoutant qu'il n'était pas toujours évident pour un employeur, qui doit jongler avec des défis d'efficacité et de productivité, de porter aussi le chapeau d'aidant. «Il faut savoir quand c'est le temps de remettre un avis disciplinaire et quand c'est [le temps] de libérer une sentinelle pour aider un travailleur à passer à travers une période difficile de sa vie.»

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